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vendredi 22 octobre 2021

QUE LA CHASSE COMMENCE ! (Ernest R. Dickerson, 1994)



QUE LA CHASSE COMMENCE !
(Ernest R. Dickerson, 1994)


Mason (Ice-T), un SDF au bout du rouleau ayant perdu femme et enfant, est sur le point de se suicider. Il est sauvé par un homme lui proposant une belle somme d’argent pour servir de guide en pleine nature à son groupe de chasseurs et lui. Une fois sur place, bien entendu, il va découvrir qu’il fera plutôt office de gibier ! 
Sorti un an après le CHASSE A L'HOMME de John Woo, l'injustement méconnu SURVIVING THE GAME (titre original) pouvait laisser pressentir un simple copié-collé. Il n’en est rien, même si certains éléments se retrouvent dans les deux films. 

Les chasseurs (presque) au complet, broliqués
jusqu'aux dents.

Les personnages des traqueurs et leur déviance sont plus travaillés qu’à l’accoutumée dans le sous-genre auquel il appartient, à savoir le film de chasse à l'homme. A la tête de leur bande, un riche homme d’affaires (Rutger Hauer) qui se dévoile au héros avant de l’embaucher : « J’ai passé beaucoup de temps dans les pays du Tiers-monde vous savez, ça a changé ma vision de la réalité, la vie ne vaut pas cher. » Sauf que ce constat ne l’a pas rendu altruiste, bien au contraire ! Tout est également question de double-sens lors du dîner précédent la partie de chasse, durant lequel Mason ignore tout de ce qui l’attend. Il écoute chacun des chasseurs s’exprimer, le plus gratiné étant celui incarné par Gary Busey, psychiatre à la CIA, qui après un long monologue révélant un moment… assez spécial de son enfance, conclut en disant que la chasse est une thérapie. 
C’est en effet le cas pour l’un d’eux ayant perdu sa fille, projetant sur Mason tout ce ressentiment qui le ronge. Pour d’autres, notamment le jeune fils candide d’un habitué, c’est l’occasion de développer un instinct combattif qu’il n’a pas. Le père le rassure en lui expliquant que leur proie n’est pas vraiment un être humain mais un sans-abri, une ordure, un moins que rien... 

Refrain connu; la proie se révèle aussi dangereuse
que ses traqueurs.

Une fois les présentations faites, Dickerson lâche les chevaux et ne déçoit pas : poursuites en quad, fusillades, combats à mains nues, explosions en tout genre et corps soufflé par la déflagration d’un véhicule piégé, rien ne manque à cet actionner typique des années 90 ! Le réalisateur n’oublie pas de faire évoluer ses personnages quand, du chasseur et de la proie, il ne reste face à face que deux pères de famille éplorés, le premier ayant sombré dans la haine de soi tandis que le deuxième, dans la haine de l’autre.

QUE LA CHASSE COMMENCE ! est l’un des meilleurs représentants des films de traques, bien écrit, bien mis en scène et porté par un casting jubilatoire, qui mériterait une sortie blu-ray à sa mesure. Cerise sur le gâteau : la salle des trophées de la fine équipe, un gros clin d’oeil très appréciable aux CHASSES DU COMTE ZAROFF !

- Arthur Cauras.


Gary Busey dans un rôle calme et mesuré comme il les aime.

nb : ce sujet est issu de mon article "Proies et chasseurs : les films de chasse à l'homme", présent dans le livret collector de l'édition limitée de la VHS box CHASSE A L'HOMME éditée chez ESC éditions à 1000 exemplaires, aujourd'hui épuisée.


Trailer VF :


https://www.youtube.com/watch?v=Ez02UoG5Kz8

dimanche 26 janvier 2020

TOP CINE 2010's : THE DIVIDE



THE DIVIDE
(Xavier Gens - 2011)

Après une frappe nucléaire, une poignée de rescapés part s'abriter dans un sous-sol aménagé par Mickey (Michael Biehn), le gardien de l'immeuble ancien pompier. L'isolation, la faim et le désespoir font lentement sombrer tout ce petit monde dans la déchéance.





Après FRONTIERE(s), le survival dans lequel des jeunes de cité étaient confrontés à des Néo-nazis cannibales (!) et HITMAN, film de commande envoyant la sauce niveau action, il était difficile d'imaginer se prendre un tel OVNI en pleine tête à l’occasion du 3ème film de Xavier Gens.


NAISSANCE DANS LE CHAOS

Au départ lui aussi prévu comme un survival, avec kill-count opéré par une créature lors de scènes d'action horrifiques, THE DIVIDE va être tué dans l’oeuf quand ses financiers initiaux lâcheront le film au moment de la préparation. Il renaîtra dans la foulée et dans la douleur, par le biais d’une nouvelle production arrivée pour sauver tout le travail déjà effectué sur les décors et les costumes.
Le tournage en est repoussé et le casting initial drastiquement modifié : exit Melissa George en Eva et Robert Patrick en Mickey, remplacés par Lauren German (MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE) et Michael Biehn (TERMINATOR).
L'équipe change partiellement, le budget se resserre, mais le réalisateur Xavier Gens et ses acolytes sont plus que jamais motivés, surmontant cet obstacle en le transcendant : les mécènes salvateurs ne sont en effet pas regardant sur le ton employé ni sur ce qui sera vraiment narré…

Gens et ses scénaristes se lancent alors dans un véritable nettoyage de printemps ; ils peuvent remanier intégralement le scénario sans risque de censure de la part de la production, le faisant passer du simple slasher se déroulant dans un réseau de caves à... une description aussi juste et sans concession de l'espèce humaine quand elle se retrouve acculée dans une situation sans issue.
Exit la morale bien pensante, le fun ou la préoccupation de ne pas trop secouer le public : le propos de survivance est poussé au bout de son concept, et le portrait sociologique et psychologique qui en resort est d’une noirceur rarement vue sur un écran. 


Le vernis social ne va pas tarder à s'écailler...

Les nouveaux comédiens sont directement mis dans le bain quand Xavier Gens leur donne à voir comme référence SALO OU LES 120 JOURNEES DE SODOME... Ils apportent eux aussi énormément au projet, et s’approprient totalement le script qui est ré-écrit au jour-le-jour.
Recevant les nouvelles pages du scénario la veille de chaque journée de tournage, ils se regroupent, vivent ensemble comme les personnages en suivant la Méthode, et profitent du fait que l’histoire soit filmée dans l’ordre chronologique - fait rare dans l’industrie du cinéma. Perte de poids et sous-nutrition sont de mise pour retranscrire la lente déchéance de cette collectivité de survivants, pour leur donner une véritable densité.


DU DESESPOIR NAÎT LE MAL

Une fois arrivés dans ce sanctuaire inespéré, les personnages voient leurs profils assez lisses et conventionnels voler rapidement en éclats. Les cartes sont redistribuées, et la désespérance va révéler les véritables personnalités : sociopathes sans foi ni loi pour certains, lâches évitant à tout prix les problèmes pour d’autres… Jusque dans sa fin, durant laquelle THE DIVIDE traite de cette thématique de la médiocrité humaine, sous couvert de la volonté de survivre.
Parmi les personnages traumatisant, difficile de ne pas être affecté par Marilyn (Rosana Arquette), la mère de famille privée de son enfant, qui essaye d’atténuer la souffrance de son deuil en cherchant un semblant d’amour auprès de Bobby, homme plus proche du pleutre (voir l’attaque des militaires) que du super-héros… Effet boule de neige ; ça enclenche chez lui la volonté de devenir mâle alpha, lui qui d’autre part se perd sexuellement (maquillage grossier, port de robe montrant également sa domination totale sur la personne à qui elle appartient). 


La déchéance de Bobby (Michael Eklund) l'amenant
sur le terrain très malsain de la domination de groupe.

THE DIVIDE aligne donc aussi des gentils, des soumis, des suiveurs, des empathiques et des dociles… qui sont les premiers à souffrir et/ou à passer à la casserole : la loi du plus fort - du plus sale et sans pitié surtout, même lorsqu’il n’y a plus de lendemain, prédomine. Le groupe est pourtant, quoi qu’on en pense, constitué de battants et de battantes : personne ne cherche jamais à se suicider, quand bien même le contexte est atroce.
Marilyn connait ce rapport dominé/dominant, et cherche à l’expliquer à Eva lors d’un moment de lucidité alors qu’elle est aux prises avec Bobby : « Tu connais les hommes… tu sais ce qui va se passer… ce qui est en train de se passer. »
Les personnalités trop effacées, ne voulant pas le conflit, sont fatalement écrasées, finissant par en mourir. Voir le compagnon d’Eva, Sam, qui devient rapidement une des têtes de turc, littéralement rabaissé au niveau de chien par le duo des Alphas, et qui subit également le délitement de son couple. Eva sent qu’il n’est pas au niveau pour survivre dans cet univers ? Qu’il est trop gentil, tendre et conciliant, d’où la décision de son abandon final ? Très certainement.

« Les autres sont au fond ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes », dira Sartre en préambule à l'enregistrement phonographique de sa fameuse pièce HUIS CLOS en 1965.
Ce qui pourrait également être celui de THE DIVIDE… Et ce qu’on voit est vraiment peu reluisant. Le dernier geste de Bobby envers son « frère » Josh est lourd de signification.





UNIVERS DÉSOLÉ… UN PEU FAMILIER

Devant THE DIVIDE, on se rappelle MALEVIL (1981); même si le film de Christian de Chalonge fait sortir ses rescapés de leur abri… pour retomber dans les clivages bellicistes primaires que l’homme connait depuis ses origines.

Avec ses airs de dégât collatéral - comme si on s’intéressait à un des minuscules groupes de survivants faisant parti d’une vaste catastrophe, THE DIVIDE fait également penser aux chapitres façon « faits divers » du roman-fleuve LE FLÉAU (1978) de Stephen King.
Ces passages aussi inattendus que choquant, lorsque l'écrivain nous dépeint le sort de « figurants » de la vie courante : une vierge effarouchée, un petit garçon de 5 ans, un fervent catholique ayant perdu ses 12 enfants, etc, tous mangeant la gamelle absolument sans aucune pitié, minuscules au sein d’une tragédie d’une ampleur colossale…
Parce que c’est aussi ça, la vie, nous fait comprendre King. Le couperet tombe, sans se soucier sur qui et pourquoi. Ca tombe. Et personne n’en saura d’ailleurs jamais rien ; le cycle continue. De la même manière qu’on ne se soucie pas de la fourmi qui là, dehors, vient de se faire écraser sans raison par une chaussure. Tragédie pour elle, mais grand rien dans l’absolu.




Enfin, difficile de ne pas évoquer la bande-dessinée de Corben / Ennis, PUNISHER - LA FIN (2011), très voisine dans la cruauté, le désespoir et l’absence de concession qui l’habitent, montrant les responsables de la fin du monde, terrés comme des pleutres privilégiés dans leur bunker souterrain, être débusqués par le célèbre justicier extrémiste, en route pour son ultime mission.
Une préquelle / suite de ce goût se prêterait d’ailleurs tellement bien à THE DIVIDE, dans l’optique d’un univers étendu !


LE MIROIR

L’une des séquences les plus marquantes du film est celle où Bobby se fait tondre le crâne en plan séquence. Un moment anodin de prime abord, sur le papier… Sauf que l’excellent acteur Michael Eklund parvient à faire passer l’idée que sa dernière parcelle d'humanité se désagrège en même temps que ses cheveux tombent, appuyé par une musique des plus mélancoliques.
La suite enfonce le clou, bien entendu, lorsque le duo nuisible s’observe dans le miroir : "Look at us... We are the same." (« Regarde-nous… On est pareils »). En nous fixant bien,  nous spectateurs, directement au travers de l’objectif de la caméra.


Une scène aussi déprimante que glaçante.

THE DIVIDE fait réfléchir et met profondément mal à l'aise, implacable, impossible à contredire dans son propos nihiliste. Voir ces individus tomber toujours plus bas moralement ou physiquement (perte de dents, de cheveux) ne peut laisser indifférent. Assister au funeste destin de ceux qui étaient bons et altruistes - qui ont certes au moins la faible compensation d'avoir leur conscience pour eux, est également dévastateur. Le tout dans un endroit qui aurait du leur apporter la sérénité d'une mort retardée et apaisée, à défaut de les sauver ad vitam aeternam...

Revoir le début du film, et ainsi retrouver tous les protagonistes normaux et en bonne santé fuyant instinctivement le feu nucléaire, appuie également le sentiment désespérant de l'entreprise : nul doute que si ces personnages pouvaient voir ce qu'ils sont sur le point de devenir et de subir, ils préféreraient certainement rester périr à la surface... Y compris les abominables Josh et Bobby.




Passant à première vue pour une série B de divertissement, le film de Xavier Gens est aussi captivant que vraiment rude, un huis-clos qui agit insidieusement, infusant le moral du spectateur.

Mais se prendre ponctuellement un coup de barre à mine en plein museau, se faire dresser un miroir disgracieux mais réaliste devant soi, est toujours un mal nécessaire.


- Look at us... Look at us. We're the same.


Arthur Cauras.









mardi 9 mai 2017

TOP CINE 2010's : LE TERRITOIRE DES LOUPS (2011)

LE TERRITOIRE DES LOUPS (2011) :
ET LA MORT N’AURA PAS D’EMPIRE.

par Arthur Cauras, 10.05.2017


Après le crash de leur petit avion en pleine forêt d'Alaska, isolée de tout, une bande de rescapés va tâcher de survivre dans cette nature enneigée autant splendide qu'hostile envers les hommes civilisés. 



Survival violent et sans fioritures, LE TERRITOIRE DES LOUPS est avant tout une véritable réflexion sur la Grande Faucheuse, qui nous attend inexorablement, et comment chacun y fait face.
Solennellement et crédiblement, le film assène la mort sans logique particulière, de manière sordide ou sereine à ses personnages affaiblis, nous laissant y assister objectivement ou depuis le point de vue du mourant qui la subit. La scène du père se remémorant sa fillette aux longs cheveux tandis que des loups le massacre est à ce titre aussi poétique que tétanisante.

La mort est brutale, et arrache à la vie tel le héros extirpé de ses songes réconfortants (un moment suspendu dans le temps, sous les draps blancs avec sa femme) par l’accident soudain frappant le petit avion.
Le film nous flagelle de séquences à glacer le sang (la survivante tremblante au loin en contre-jour… qui est en fait un cadavre en train d’être dévoré par un loup hors de la vue du personnage voulant se porter à son secours), des pics de stress qui nous malmènent en nous sortant de l’état contemplatif dans lequel l’entreprise baigne.

Dans THE GREY, les loups sont très anxiogènes,
et c'est peu de le dire.


La magnifique musique accompagne les personnages sur leur styx neigeux, d’un rythme calme, apaisant, bienveillant, symbolisant tantôt un espoir, tantôt un effort, une pause, un arrêt définitif, un accompagnement plus ou moins violent dans l’au-delà. Le travail de Marc Streitenfeld (habitué du rôle de compositeur chez Ridley Scott, qui est ici producteur) entérine une mélancolie de tous les instants.

On ne juge pas, dans LE TERRITOIRE DES LOUPS. On observe. On peut tout d’abord souhaiter du mal à celui qui est présenté comme le salaud du groupe, puis on se ravise. Chacun a ses failles. Les masques sociaux tombent. Les personnages s’ouvrent durant une accalmie entre deux attaques, entre deux avatars. On parle des choses qui ont compté dans la vie. On se prend d’empathie. On se rend compte que, dans l’absolu, personne ne mérite vraiment de périr. Mais pourtant la vie, ou plutôt la Nature doit poursuivre inlassablement son cycle, que ça plaise ou non, que ça paraisse juste ou non, que ça détruise moralement ou pas, que ça ait des séquelles sur les familles par la suite, ou pas. C’est cette impartialité qui nourrit sa noblesse, c’est ce qui la rend inexorablement fascinante. 

Ce qui fait de nous des hommes pour le réalisateur Joe Carnahan, déjà auteur de l'excellent NARC, c'est de toujours se battre jusqu'au dernier souffle tout en acceptant cette fatalité qu'au bout du chemin, ce soit la même fin qui nous attende tous.
"Vivre et mourir en ce jour…"
Lors de cette histoire quasi-métaphysique où la mort peut frapper à tout instant, l'homme est montré sous son jour le plus viril (combattre des loups avec des armes de fortune, résister à la faim, faire face à la mort) mais également le plus sensible (l'entraide, les réconfortants souvenirs avec les proches, la peur de mourir).
Lier la nostalgie et la survie, tout en proposant un spectacle haletant et immersif au sein de décors grandioses ; voilà l'objectif escompté et atteint par ce transcendantal TERRITOIRE DES LOUPS.

Tout est une question d'instinct, même pour un personnage
aux pulsions suicidaires.


« La peur n’évite pas le danger » dit-on… Ici, la peur n’empêche pas la mort. Parfois, après avoir tout donné, il s’agit tout simplement de la prendre dans ses bras comme une vieille amie.


Arthur Cauras.

ps: une partie de cet article avait été à la base publiée dans le magazine FIGHTSPORT n°101, dans une rubrique où les gens de la communauté des Arts Martiaux pouvaient parler de leurs films préférés. J’y avais participé en tant que réalisateur et monteur dans le milieu des Arts Martiaux.


ps2: Pour ceux qui ne sauraient pas, une très courte séquence survient après le générique de fin... Pas grand chose à voir avec les teasings Marvel, autant vous le dire tout de suite.


Trailer VOST:


Fiche technique 
Réalisateur : Joe Carnahan
Scénario : Joe Carnahan & Ian Mackenzie Jeffers
Avec : Liam Neeson, Frank Grillo, Dermot Mulroney
Année : 2011



dimanche 21 août 2016

VAN DAMME : LE POING SUR SA CARRIÈRE



VAN DAMME : 
LE POING SUR SA CARRIERE

par Arthur Cauras, 22.08.2016

Résumer Jean-Claude Van Damme en quelques mots, d’un point de vue français?
Karatéka. Sympathique. Farfelu. Belge. Rêve américain. Drogue. Télévision française. Philosophie barrée mais pas non-sensique. Renaissance. Acteur. Drôle. Imparfait. Nature. Honnête.

Image issue de la série "Jean-Claude Van Johnson",
produite par Ridley Scott (2016).


La carrière de Jean-Claude a connu des (très) hauts et des (très) bas, tout comme sa vie personnelle, ce qui n'empêche pas le belge le plus célèbre d'Hollywood de jouir d'un public de fans toujours aussi nombreux.

A l'heure où les réseaux sociaux permettent aisément de mesurer la cote de célébrité de quelqu'un, la page Facebook de Van Damme compte actuellement près de 18 millions de fans, un peu plus par exemple que Mark Wahlberg, pourtant l'un des 5 acteurs les plus rentables de 2014 (1 milliard de dollars de recette pour TRANSFORMERS 4).

Les films de Van Damme ne sortent pourtant directement plus qu'en vidéo, pour la majorité d'entre eux. 



Mais la force de Van Damme, c'est d'être "L'action-star" de laquelle émane une image d'homme simple et sympathique, imparfait mais ne cachant pas ses défauts. Un acteur et personnage public qui parle alors bien plus aux spectateurs fans d’action que les autres stars dont l’attitude promotionnelle est évidente à chacune de leurs sorties.

Dès ses débuts, il applique la même recette dans BLOODSPORT que Bruce Willis le fera dans DIE HARD (sorti un peu plus tard en 1989) : un héros plus humain pour développer plus d'empathie et donc de sympathie de la part du public.

Le duel final légendaire de KICKBOXER (David Worth, 1989)

Après un court-métrage siphonné qui le met dans la peau d'un karatéka gay (MONACO FOREVER), il décrochera son premier rôle digne de ce nom dans la co-production americano-hongkongaise KARATE TIGER, incarnant le grand méchant russe se dressant face au jeune héros.
Van Damme bouffe l'écran et vole la vedette à tout le monde, ce qui est encore le cas avec BLACK EAGLE (encore un rôle de bad guy russe !) dans lequel il écrase de son charisme le vétéran Sho Kosugi (les posters seront refaits plus tard, avec un Van Damme mis bien plus en avant que son partenaire japonais, pourtant 1er rôle du film)...





BLOODSPORT :
LE RENOUVEAU DES ARTS MARTIAUX

La carrière de Van Damme commence véritablement avec le film-culte BLOODSPORT (1988).
Ce script qui raconte la soit-disante histoire vraie d'un combattant américain prenant part à un tournoi clandestin à Hong Kong, le producteur Menahem Golan ne mise pas grand chose dessus. Aucune star n'est prévue pour jouer le rôle principal de ce projet, et c'est le sympathique cascadeur Jeff Pruit qui est initialement prévu (dixit l'intéressé). Mais celui-ci, blessé à la cheville, est forcé de décliner l'offre.

Entre temps un jeune étranger nommé Van Damme (clandestin dormant à l'époque dans sa voiture, selon ses propres dires) passe son temps à camper devant le bureau du-dit producteur, et de clamer qu'il sera une star. Comme le veut la légende, à force d'abnégation, le jeune Van Damme fini par décrocher un entretien avec le nabab (déjà producteur d'une vingtaine de films) qu'il impressionne avec son fameux grand-écart et quelques coups de pieds sautés le décoiffant.
Se disant qu'il faut bien finir par tourner ce scénario au budget dérisoire, et peut-être ayant encore en tête la frustration d'avoir laissé filé quelques temps plus tôt un inconnu au nom imprononçable qui lui tenait le même discours (un certain Arnold Schwarzenegger), Golan valide Van Damme dans le rôle.
L'énergie et la détermination de Van Damme ont payé, le tournage à Hong Kong débute, durant lequel il s'inspire beaucoup de son maître à penser Bruce Lee dans sa façon de se figer après un coup spectaculaire, mettant en avant ses qualités techniques, éclipsant un manque d'expérience en matière de comédie.
Séquences d'entraînement hardcores, présentation de combattants internationaux aux styles de combats variés, bad-guy bien méchant... Au final du tournage, BLOODSPORT s'annonce vraiment bien.
Malheureusement le film, dans sa première mouture, est mou, peu intéressant et déçoit Golan qui décide de le sortir uniquement en vidéo (ce qui à l'époque est vu comme un échec complet).
Van Damme, stressé, le convainc de le laisser remonter lui-même le film avec l'aide de son ami Sheldon Lettish (co-scénariste). Et c'est sur cette volonté d'optimiser les choses, cette mentalité de ne rien lâcher, que sans le savoir, Jean-Claude va lancer sa carrière et se faire un nom.


Le déclencheur de la carrière de Van Damme a failli rester
dans l'anonymat (BLOODSPORT, Newt Arnold, 1988)


En effet lors de ce remaniement, Van Damme créé un rythme et un style de montage qui seront sa marque pour la décennie à venir. Il fait en sorte que lors des joutes, les coups soient lisibles et spectaculaires, et pour ça il ne se sert non pas du meilleur des axes de caméra, mais les enchaîne tous les uns après les autres à des vitesses différentes. L'action décuplée ainsi s'en voit magnifiée et surtout, contrairement à la majorité des autres films d'arts martiaux de l'époque, elle est également intelligible pour les néophytes. 
Le montage de BLOODSPORT deviendra sa pierre angulaire et lui servira de référence pour la dizaine de films qui suivra dans sa carrière (et donnera naissance à une flopée d'acteurs de seconde zone singeant ce style). Le long-métrage a maintenant son identité et c'est un Golan charmé qui le sort alors en salles. Le triomphe est inattendu et planétaire, notamment en France, ce qui fait dire au belge encore aujourd'hui que ce sont « les français qui l'ont fait ». 

Encore de nos jours, BLOODSPORT reste un film-culte, l’avénement du MMA et ses confrontations d’athlètes venus de différents horizons martiaux contribuant à faire perdurer le charme de l’entreprise. Echange de bons procédés : beaucoup de combattants citent ce film et OPERATION DRAGON comme étant les principaux déclencheurs de leurs vocation pugilistique !


LA MACHINE EST LANCEE

Les gens accrochent au style flamboyant de Van Damme, mais aussi à la candeur qu'il dégage, ce côté « enfant dans un corps d'adulte », à cette image de type droit dans ses bottes et de bonne volonté, lié d'une manière ou d'une autre aux arts martiaux grâce auxquels il éprouve ses personnages.

Durant cette première période, Van Damme va régulièrement jouer la carte du héros mutique à la Alain Delon (autre icône cinématographique qu'il admire), tout en y ajoutant quelques faiblesses ; ses personnages ne sont pas invincibles, pas parfaits mais travaillent sans relâche pour le devenir.

A ce titre, ses films le montrent presque toujours se faire martyriser par ses opposants, avant de revenir plus fort après avoir repris confiance en soi, avec ou sans l'aide de ses proches.

La formule est très efficace et conquiert le public, un parterre de fans qui ne se tarira jamais vraiment.

Van Damme marche sur les traces de Mad Max
dans CYBORG (Albert Pyun, 1989)

Les succès internationaux s'enchaînent.
CYBORG surfe sur la renommée de MAD MAX, proposant une chasse à l'homme trépidante aussi avare en dialogue que généreuse en fight en tout genre. Là encore, Van Damme retravaille le montage des combats du film, les rendant tantôt plus vifs et stressant (coups de couteau et lame sortant d'une chaussure frôlant les corps), tantôt plus épiques (la confrontation finale sous la pluie dans un Atlanta en ruines).
La récente projection du film à la Cinémathèque française a prouvé que le film jouissait encore de nos jours d'un petit statut de film culte, avec son public totalement entraîné dans l'action de cet univers en déliquescence.
"Pour faire un bon film il faut un excellent méchant", disait Hitchcock : la recette est appliquée dans CYBORG avec son cannibale anarchiste au regard d'acier, mais aussi dans le film suivant, KICKBOXER, avec le fameux Tong Po via sa scène de présentation où il égraine un pilier avec son seul tibia. Cette espèce de reboot de BLOODSPORT connaît un grand succès public, exalté devant les prouesses du jeune héros naïf qui se transcende dans la douleur à l'entraînement afin de venger son frère paralysé.

FULL CONTACT est une relecture du BAGARREUR avec Charles Bronson, dans lequel Van Damme déboite un par un les opposants de combats clandestins (une idée récurrente de son début de filmographie, qui reviendra plus tard dans IN HELL), afin de gagner l'argent nécessaire à la survie de la famille de son frère fraîchement décédé.

Il change de registre en s'essayant au thriller carcéral avec COUPS POUR COUPS, le temps de traquer le serial-killer, dévoiler un trafic d'organes et de rosser un malandrin à coups d'haltère, avant de s'attaquer à DOUBLE IMPACT où il joue des frères jumeaux à la personnalité différente défiant de vilains mafieux, parsemant le film de touches d'humour.
Tous ces films mettent bien évidemment en valeur les caractéristiques martiales de Van Damme, sa générosité en terme d'action, et marquent les esprits. Sa réputation croit à travers le monde, il est clairement la nouvelle star du cinéma d'action, au même niveau qu'un Stallone et qu'un Schwarzegger devenus ses amis, ce qui ne sera pas le cas avec le monolithique Steven Seagal qui lui tirera la bourre au box-office.



Une constante dans ses films : Van Damme se fait toujours molester
avant de reprendre la main. Ici dans FULL CONTACT (Sheldon Lettich, 1990)

Son premier film en tant que « simple » acteur, Van Damme le livre à son public via CAVALE SANS ISSUE, choix de carrière assez osé (quasiment pas d'action) qu'il peut se permettre après le carton de son premier film de studio, UNIVERSAL SOLDIER, dont il partage l'affiche avec Dolph Lundgren.
Il va débaucher le réalisateur talentueux du polar culte THE HITCHER, Robert Harmon, pour se faire diriger dans ce drame épuré également mené par Rosanna Arquette. Succès à la clé, confirmant à Jean-Claude qu'il peut varier ses projets et se mettre en danger artistiquement, sans perdre ses fans.

Le firmament de sa carrière est atteint en 1993 et 1994 avec l'actionner CHASSE A L'HOMME, qui permet au père de A TOUTE EPREUVE et de THE KILLER, John Woo, de faire son premier film américain. Rixes, fusillades, poursuites menées tambour battant assurent à cette relecture des CHASSES DU COMTE ZAROFF un énorme succès à sa sortie, qui sera suivi par celui encore plus grand de TIMECOP, inégalé à ce jour dans la carrière de Van Damme.

Qui dit succès dit argent, qui dit argent dit contrat, et Jean-Claude va alors faire l'une des plus grandes erreurs de son parcours, comme il l'avoue lui-même de nos jours.

CHASSE A L'HOMME : l'un des plus grands succès internationaux du belge,
sous la houlette du virtuose John Woo (1993)




STREET FIGHTER :
LE FILM DU DECLIN

Quand le studio Universal propose par téléphone un véritable pont en or à Van Damme (12 millions pour 3 films), celui-ci répond froidement qu'il en veut 20, comme Jim Carrey (une des plus grosses stars Hollywoodiennes de l'époque). Ce à quoi son interlocuteur lui aurait répondu «Amusez-vous bien Monsieur Van Damme…», avant de raccrocher… Tout le monde dans son entourage fait des bonds de 10 mètres en apprenant la nouvelle.
Mais de l'argent, on lui en propose un bon paquet pour tenir le rôle de Guile, personnage emblématique du jeu vidéo mondialement connu « Street Fighter II », et Jean-Claude saute sur cette occasion financièrement très intéressante.
Au contraire du grand public, ses fans ne vont pas accrocher à cette adaptation certes divertissante mais avec trop peu de rapports avec ce qu'il faisait jusqu'à présent et ils vont lui faire payer : c'est le pivot de sa carrière, qui ne sera plus jamais comme avant.

De l'action sans trop de violence, vantait Van Damme à l'époque: STREET FIGHTER
glanera les foules mais brisera un lien entre le belge et ses fans,
ce qui enclenchera le déclin progressif de sa carrière.



DEUXIEME PARTIE DE CARRIERE :
LA QUALITE ET LES DTV

Van Damme redouble pourtant d'efforts, ne cessant de débaucher des réalisateurs de renom pour le pousser dans ses retranchements de comédien et d’athlète.
Il livre ainsi une très belle prestation de héros tourmenté découvrant le passé de son jumeau décédé dans le polar âpre et violent RISQUE MAXIMUM, après avoir monté son ambitieux projet en tant que réalisateur/acteur : faire un « BEN-HUR version arts-martiaux » avec LE GRAND TOURNOI.
Mais les succès très relatifs et les échecs commerciaux commencent forcément à laisser des traces, le moral est bas, et Van Damme sombre dans une période de cocaïne. Ses passages à la TV française faisant le beurre des émissions de divertissement.

Paradoxalement c'est à cette époque qu'il livre certains des films les plus intéressants de sa carrière.

DOUBLE TEAM peut être considéré comme un des meilleurs films d'action des 90's, chatoyant et déjanté, préfigurant même quelque part les films-comics à venir : dirigé par le génie du cinéma asiatique Tsui Hark (IL ETAIT UNE FOIS EN CHINE), Van Damme y incarne une sorte d'agent secret sauce arts martiaux, évoluant dans un monde dégénéré dominé par un père vengeur (Mickey Rourke) détruit par la mort accidentelle de son fils.
L'action y est à son paroxysme, on voyage d'un pays à l'autre façon James Bond, il y a 1000 idées à la minute, jouant sur la thématique du caché et du faux-semblant (une lame dissimulée sous un pied nu, un étui à guitare-mitrailleuse, un couffin-bombe, etc), multipliant les hommages aux références du genre (LE PRISONNIER), dont l'apothéose se déroule dans le Colisée de Rome avec Van Damme, Rourke, Denis Rodman... Et un tigre. 
Résultat : un gros four au box-office, qui n'empêchera pas la même équipe d'aller encore plus loin dans le concept avec la peloche joyeusement fêlée PIEGE A HONG-KONG, dotée d'un scénario aussi jouissif qu'imbitable écrit par Steven de Sousa (DIE HARD mais aussi… STREET FIGHTER), dans lequel Van Damme combat des cuistots karatékas, participe à une course de pousse-pousse durant laquelle il se fait fouetter le fondement avec une anguille, tente de maîtriser un hors-bord projeté dans les airs par des explosions vertes (!), affronte un méchant russe contrebandier dont les verres de lunettes sont des lames... Un fourre-tout bordélique pas possible, qui ne débande jamais et propose un spectacle hautement réjouissant et drôle... Qui laissera à nouveau le public de marbre.

Image tirée de DOUBLE TEAM : un des films les plus déjantés
de sa génération (Tsui Hark, 1997)

LEGIONNAIRE, relecture de IL ETAIT UNE FOIS LA LEGION, permet là encore à Jean-Claude de montrer son évolution en tant que comédien, dans une histoire dramatique, portée par une musique mélancolique animant des scènes de guerre spectaculaires se déroulant dans des décors splendides. Le film connaîtra une sortie salles et un succès mineurs, le poussant à honorer le contrat le liant à la saga UNIVERSAL SOLDIER dont le premier opus reste l'un de ses plus gros cartons en salles.

Avec UNIVERSAL SOLDIER : LE COMBAT ABSOLU (1999), il signe donc ce qui doit être le dernier représentant des films d'action typés pré-années 2000: un scénario totalement occulté par une action omniprésente, montrant son personnage de super-soldat Luc Devreaux combattre d'autres militaires améliorés scientifiquement, afin de retrouver sa fillette.
Cette séquelle honnête dans son concept simpliste (vous voulez de l'action, on vous en donne) ne fonctionne là encore pas en salles, ce qui amène Jean-Claude a céder au chant des sirènes du monde du DTV (Direct-to-video, soit les films ne connaissant pas de sorties cinéma).


C'est ainsi qu'il joue dans le western-métaphysique complètement barré INFERNO, mis en scène par le réalisateur de ROCKY, racontant l'histoire d'un type suicidaire en pleine expiation arrivant dans une bourgade paumée, montant deux gangs l'un contre l'autre, façon YOJIMBO / POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS, à cause d'une histoire de bécane volée (!).
Doté d'un humour assez spécial et de séquences "What the fuck" (Jean-Claude cul nu devant une demoiselle "voulant le remercier", Jean-Claude en marcel faisant de la moto à côté d'un coyote en plein désert, etc), le film est un OVNI parfaitement fascinant, provoquant toutefois les sarcasmes des téléspectateurs (ne parlons même pas de la critique), qui arguent alors que sa carrière est bel et bien terminée.



VAN DAMME
OU LE CHEMIN DE LA REDEMPTION

Mais Van Damme est difficilement calculable et va au contraire continuer à pousser sa carrière vers la qualité, la marquant des thématiques du rachat et de la rédemption.
Il est facilement imaginable que l’écroulement de son confort de super-star et la déchéance connue via la drogue y sont certainement pour beaucoup. Il multiplie alors les projets bien plus personnels dans lesquels ses personnages sont meurtris, déboussolés, tourmentés, brisés ou au bout du rouleau, cherchant à renaître de leurs cendres.


Van Damme dans l'un de ses meilleurs rôles : celui du clone
ingénu dans REPLICANT (Ringo Lam, 2001)

REPLICANT, sorti au cinéma et réalisé par Ringo Lam, est de cette trempe. Affectionnant les rôles de doubles/jumeaux, il interprète un tueur en série sadique qui se voit cloné par le gouvernement pour mieux lui mettre la main dessus.
Le clone est certainement l'une des meilleures performances du belge, totalement investi dans ce rôle. Rien d’étonnant pour quelqu’un désormais obsédé par cette thématique de la rédemption; quoi de plus galvanisant que d’incarner un être « ré-accouché », totalement pur, un véritable nouveau-né dans un corps d’adulte?
Le clone, candide et inoffensif dans un premier temps, apprend en vitesse accélérée à marcher, manger, comprendre le monde, et se heurte à la violence des hommes, lors de séquences aussi simples que poignantes, notamment quand il se fait injustement battre comme un chien par le policier ayant sa garde, qu'il découvre son environnement (la pluie, le verre) ou encore lors de son premier rapport sexuel.
REPLICANT est à n'en pas douter l'une des preuves les plus parlantes du talent de sa vedette, qui se détache définitivement des acteurs mono-expressifs des autres films d'action et d'arts martiaux.




Il continuera dans cette démarche avec l'excellent IN HELL, après un quelconque THE ORDER et un POINT D'IMPACT de sinistre mémoire.
Dans ce film de prison hardcore, signé là-encore Ringo Lam, Van Damme livre l'une de ses meilleures prestations, jouant un honnête citoyen jeté dans une prison russe où les combats clandestins permettent à des geôliers sadiques de se divertir.
Littéralement traîné dans la boue, se laissant mourir de faim, dans un état physique lamentable, mis au mitard où s'écoulent les déjections des détenus (!), l'homme parvient à se rebâtir dans la douleur, mutant bientôt en bête fauve livrant des combats ultra-violents, avant de connaître diverses phases mentales lui permettant d'accepter la disparition de sa femme. IN HELL, injustement sorti directement en vidéo, est clairement l'une des plus grandes réussites de Jean-Claude, à tous points de vue, et peut être vu comme un film très personnel - autant voir plus que le JCVD à venir. En effet, on peut y voir la prison comme une représentation d'Hollywood, avec un Van Damme candide y entrant et s'y faisant concasser, avant de revenir du fond du trou (littéralement) pour s'en échapper. 


Van Damme retrouve le réalisateur Ringo Lam pour une nouvelle
collaboration de qualité, avec l'excellent et masochiste IN HELL (2003)

Il poursuit ses efforts avec une nouvelle composition de héros dépressif dans L'EMPREINTE DE LA MORT (sorti en salles française, réalisé en petite partie par Ringo Lam, encore lui), qui noie son chagrin dans l'alcool avant d'aller dérouiller les mafieux à l'origine du meurtre de sa famille, et se met en danger dans JUSQU'A LA MORT (DTV), dans lequel il campe un personnage de flic pourri qui se dégoûte lui-même, trompant sans conviction sa femme entre deux affaires miteuses, avant de tout faire pour mourir avec les honneurs.
Ces choix de héros particulièrement tristes, donnent l'impression que Jean-Claude cherche à ouvrir une voie "film d'action auteurisant" à sa filmographie.

Et justement, la consécration de ses talents de comédien, Van Damme la connaîtra avec le très bon JCVD, un faux-vrai film sur sa vie, mêlant véritables et fausses anecdotes sur son quotidien (procès, cachetonage dans des DTV, relation avec les fans…), alors qu'il est pris dans le braquage de la Poste de Bruxelles, opéré par une équipe de bras cassés. 
Rien que le faux-trailer sorti à l'époque, montrant un simili-casting pour le rôle de Van Damme durant lequel celui-ci débarque à l'improviste, annonce quelque chose de fort, drôle et original.
Ce film sorti au cinéma, fortement inspiré d’UNE APRES-MIDI DE CHIEN, brille par son équilibre entre humour et drame et séduit à la fois le public et la critique, qui découvrent le belge sous un jour inattendu. 
La scène dite du confessionnal où face-caméra, Jean-Claude revient sur tous ses travers passés en plan-séquence, fera à juste titre parler d'elle et servira en plus de remise des compteurs à zéro concernant les sarcasmes des médias français à son sujet.
Dans JCVD, Van Damme démontre s'il en était encore besoin qu'il est un véritable comédien.


Un Jean-Claude à nu et 100% comédien dans JCVD
(Mabrouk el Mechri, 2008)

Même lorsqu'il poursuit son contrat de séquelles DTV à UNIVERSAL SOLDIER, il reste dans cette optique de livrer des prestations premier degré. Sa rencontre avec le fils de Peter Hyams (OUTLAND), John, est certainement l'une des meilleures choses qui lui arrive.

John Hyams vient des Beaux-Arts et du documentaire, est passionné par le MMA (son docu THE SMASHING MACHINE est l'un des meilleurs du genre), par les films de John Carpenter et David Cronenberg, il a une vision du genre très âpre, qu'il applique à UNIVERSAL SOLDIER 3 : REGENERATION.
Doté d'un petit budget, tourné dans les pays de l'est, le film se voit optimisé par une équipe se démenant (c'est papa Peter à la lumière, et Dolph Lundgren revient très motivé au casting), montrant un Luc Devreaux (Van Damme) en dépression, saturé de drogues, pantin du gouvernement forcé d’aller au carton. La froideur de l'ensemble, la musique sourde et la rudesse des rixes donnent un côté déprimant inattendu pour une production de ce type.
Les 25 dernières minutes sont totalement hypnotisantes, avec force plans séquences de massacres, dans lesquels évolue un Van Damme totalement habité par son rôle de mort-vivant, face auquel un opposant préfère la défenestration plutôt que l’affrontement ! 


John Hyams est l'un des meilleurs réalisateurs avec lequel
Van Damme ait collaboré (ici sur le tournage de DRAGON EYES)

Van Damme continue ses DTV plus impersonnels (SIX BULLETS, ASSASSINATION GAMES) , et après un retour au cinéma via KUNG FU PANDA 2 et surtout THE EXPENDABLES 2 (dans lequel il est l'un des rares à composer un personnage et non à faire des clins d'oeil au public nostalgique des 80’s), il retrouve John Hyams le temps de DRAGON EYES, où il n'a qu'un rôle secondaire de taulard repenti (la rédemption, encore et toujours). Là-encore le duo accouche d'un DTV original, racé et rafraîchissant, rappelant les jeux vidéos comme DEF JAM avec ses batailles entre gangs. 


Le quatrième volet de la saga UNIVERSAL SOLDIER est un des plus brillants
films de Science-Fiction et d'action de ces quinze dernières années.

Mais c'est avec UNIVERSAL SOLDIER : LE JOUR DU JUGEMENT que les deux hommes livrent un des meilleurs films d'action / fantastique des quinze dernières années.
Qui aurait misé un kopeck sur le 4ème volet d'une saga intitulée UNIVERSAL SOLDIER ?
Et pourtant… Mêlant l'univers de Philip K. Dick (et sa thématique de la paranoïa, du doute concernant l'assurance d'être bien ce qu'on croit être) avec celui de Cronenberg (avec ces personnages malsains défigurés, ces troubles liés aux expérimentations sur le cerveau), en bardant son film d'une tonne de moments de bravoure, de plans-séquences spectaculaires, de combats âpres inspirés du MMA, de poursuites en voiture bien méchantes et de fusillades où chaque balle fait très mal, Hyams optimise au maximum et transcende même son budget.
Il permet à nouveau à Van Damme de briller au-delà des frontières du film d'action, malgré le rôle secondaire (sur le papier) qu'a celui-ci. 
Jouant une sorte de Colonel Kurtz désespéré version Science-Fiction, Van Damme, chauve et peinturluré façon tête de mort tribale, traîne son spleen dans les rangs de sa minuscule armée d'insurgés, jouant les objecteurs de conscience via une drogue destinée à rallier les autres super-soldats manipulés par un gouvernement pourri.
La présence de Jean-Claude est prégnante et le film se taille à juste titre une excellente réputation de perle de série B, qui aurait méritée une sortie cinéma (sous le seul titre "Le jour du jugement"?).
Sincèrement, on donnerait cher pour avoir une nouvelle suite de ce calibre-là !




RETOUR DERRIERE LA CAMERA


Si Van Damme répète sans relâche qu'il est heureux de sa carrière d'acteur et d'avoir la famille qu'il a, il se morfond d'un autre côté de "n'avoir rien apporté d'important ni de révolutionnaire sur Terre".
L'apport dont il rêve : un film universel.

Germe alors depuis des années l'envie de revenir à la réalisation, plus de 10 ans après LE GRAND TOURNOI. Il sera question d'un film métaphysique, d'un parcours durant lequel le héros se rachètera de mauvaises actions, le tout entrecoupé de plans de nature et d'animaux (un peu comme ce que fera plus tard Luc Besson avec LUCY). Un film d'action, mais sur l'homme, sur la vie, quelque chose de transcendant.
Ce TREE OF LIFE version coup de savate dans la bouche, Jean-Claude l'écrit et le produit seul, et le film de changer de titre de THE TOWER (référence apparemment à LE JEU DE LA MORT où Bruce Lee gravissait des étages tenus par des adversaires à battre) en FULL LOVE, avant d'être renommé THE EAGLE PATH pour le festival de Cannes en 2010, où il est projeté non terminé. 

Suite aux mauvais retours (aucun acheteur à l'horizon), Van Damme repasse au montage en Chine, simplifie l'histoire, et renomme à nouveau le projet FULL LOVE, qui reste actuellement toujours invisible.
Connaissant le personnage et sa générosité philosophique autant pertinente que régulièrement barrée, ce deuxième film en tant que réalisateur, semblant donc très personnel, donne vraiment l'envie d'être découvert.




PLUS PROCHE DE TOI PUBLIC

Alors qu'il vient de finir quelques pubs ("Coors light" vaut le détour), WELCOME TO THE JUNGLE (un DTV barje lui permettant enfin de jouer dans une comédie comme il le souhaitait depuis longtemps) et ENEMIES CLOSER (où il campe un badguy taré, écolo et végétalien !), Jean-Claude décide de monter sur pied un concours ouvert à tous ses fans.
Pour cela il se fait filmer avec des armes en plastoc sur fond vert, lançant volontairement des répliques éculées et on ne peut plus clichées du cinéma d'action des années 80, ouvrant le feu dans le vide, faisant des têtes d’hurluberlu, envoyant deux-trois coups de pieds…
Les règles du jeu sont simples ; n’importe qui peut se servir de ces images gratuites pour composer un court-métrage, à partir du moment où c'est à but non-lucratif. L'idée est maligne : en plus de donner lieu à des films courts très drôles (cherchez "Jean-Claude Van Damage" sur Youtube), Van Damme montre par le biais de ce concours couronné de succès, à quel point il veut rester proche de ses fans. 




L'honnêteté de l'acteur, s'exprimant souvent par le biais de ses tirades philosophiques dans les médias, est une de ses grandes forces qui l'a toujours lié de près à ses fans.
"Dans ma vie, j'ai perdu de l'énergie car j'étais entouré par les mauvaises personnes. Pas 'mauvaises' dans le sens 'méchantes', mais pas bonnes pour moi." Van Damme a changé de manager, d'agent, a divorcé, s'est remarié, a divorcé à nouveau, et c'est dans un environnement relationnel sain qu'il peut se transcender, il en a conscience et veut montrer tout ça au public.
Dans ce soucis de transparence finalement assez rare chez les stars, il mettra donc en chantier une real-TV de sa personne avec BEHIND CLOSED DOORS, qui montre tout son quotidien le temps de 8 épisodes de 40 minutes, lui permettant de déballer ce qu'il a sur le coeur, sans cacher son côté excentrique, en plus d'ouvrir les portes de ses propriétés au Canada et en Belgique (où il a un refuge pour animaux abandonnés). Si la forme journalistique de l’entreprise est assez putassière, le fond est bien là et représente comme il se doit le comédien; imparfait mais vrai et très attachant.

Image tirée de BEHIND CLOSED DOORS (Jared Wright, 2011)

Alors, pourquoi Van Damme a t'il donc plus de fans qu’un « Marky » Mark Wahlberg pourtant beaucoup plus exposé au cinéma?
Tout simplement parce que Van Damme fait partie de ces derniers titans du cinéma d’action, de ces stars qui faisaient se déplacer les gens. Contrairement à aujourd’hui où le public regarde les films plus pour le spectacle et les effets spéciaux que pour ses vedettes.
Comparez par exemple les résultats au box-office des films de super-héros de Robert Downey Jr avec ses autres films. Les gens vont voir Iron Man et les CGI avant tout.
Tandis qu’à l’époque et encore maintenant, les gens veulent voir Van Damme avant tout, la différence est là!

Dans l'interview donnée à l'occasion de la sortie du film JUSQU'A LA MORT, Van Damme parle du fait que tout le monde mériterait non pas une deuxième chance, mais plutôt plusieurs, afin de voir les échecs de façon plus positive.
Van Damme continue a saisir ces chances, pour proposer régulièrement des projets originaux comme s'annonce l'être son petit dernier, JEAN-CLAUDE VAN JOHNSON, une série bien barrée dans laquelle se mélange à nouveau réalité et fiction façon JCVD !

Chacun de ses nouveaux films sonne comme un nouveau début de sa carrière, après tout comme l'a prouvé récemment le succès de sa pub "Epic split" pour Volvo Trucks (près de 80 millions de vues), sa cote de popularité n’est pas prête de s’essouffler et ses fans sont toujours aux aguets.


Arthur Cauras.

(remerciements à Bertrand Coupey)