mardi 19 juillet 2022

AVENGING FORCE (Sam Firstenberg - 1986)




AVENGING FORCE
(Sam Firstenberg - 1986)

Vendu fallacieusement en France comme suite d’AMERICAN WARRIOR, l'un des fameux films de ninjas ayant fait la gloire de la Cannon, AVENGING FORCE était à la base prévu pour être une séquelle à INVASION USA avec Chuck Norris. L’autre star de la Cannon, Michael Dudikoff, reprend le flambeau dans cette histoire le mettant aux prises avec le Pentacle, un groupuscule de suprémacistes blancs chassant le chaland dans les marécages de Louisiane, entre deux attentats contre un candidat noir (Steve James !) au poste de sénateur…

Ici, on ne s’embarrasse pas des « détails » (Dudikoff cavalant comme un lapin alors qu’un carreau d’arbalète lui a transpercé la cuisse), et on va droit au but : l’action, généreusement présente tout comme le manque de finesse de cette entreprise, dans la lignée de ce que produisait les fameux cousins Menahem Golan & Yoram Globus.

                           

Le style des chasseurs très comics book d’époque n’est pas toujours très heureux, et les combats ainsi que la direction artistique accusent souvent leur âge. Mais si l’on se fade par exemple un chasseur adepte de Kendo qui ne touche pas une bille dans cette discipline, on est par ailleurs gâté par le catcheur semblant tout droit sorti de MAD MAX 2, se saisissant de Dudikoff et jouant avec lui comme si c’était un mannequin de lutte. Les techniques spectaculaires qu’il lui inflige ont d’ailleurs du laisser quelques séquelles au cascadeur lors du tournage, notamment le moment où celui-ci est balancé de toute sa hauteur les reins sur un tronc d’arbre ! Le leader du groupuscule (joué par le génial John P. Ryan) utilise quant à lui un garrot à tourniquet métallique qui n’est pas sans rappeler un passage atroce du futur CARTEL de Ridley Scott.

Le dernier acte renvoie quelque part au séminal LES CHASSES DU COMTE ZAROFF, avec son affrontement final au sein d’une demeure cosy. On y solde les ardoises façon duellistes, attendant le signal pour se rentrer dedans à coups d’armes médiévales ! Le tout se clôturant sur une fin ouverte appelant une suite qui ne verra jamais le jour.


L’ambiance pluvieuse des traques dans le bayou, assez cinégénique, évoque le SANS RETOUR de Walter Hill, et on est régulièrement surpris par le sadisme du film, avec ses massacres n’épargnant pas les enfants… le tout sur une musique rythmée pompant régulièrement celle du chef d’oeuvre POLICE FEDERALE, LOS ANGELES. Tous ces emprunts / pompages terminent d'apposer le sceau de la Cannon à cet AVENGING FORCE, tant les films de la firme étaient souvent conçus tels des créatures de Frankenstein !

Michael Dudikoff expliquera qu'il aura été rudoyé sur le tournage, notamment dans les séquences se déroulant dans les marécages, avec la pression de la faune locale (des alligators, des serpents d'eau), les joutes à mains nues qui lui coûteront un morceau de son lobe d'oreille, et par le fait de rester détrempé du petit matin au soir... Son implication se sent, et participe à faire d'
AVENGING FORCE un bis pour les nostalgiques de vidéoclub, qui n’ennuie jamais.

- Arthur Cauras.


nb : ce sujet est issu de mon article "Proies et chasseurs : les films de chasse à l'homme", présent dans le livret collector de l'édition limitée de la VHS box CHASSE A L'HOMME éditée chez ESC éditions à 1000 exemplaires, aujourd'hui épuisée.



mercredi 13 juillet 2022

MEN (Alex Garland, 2022)




MEN
(Alex Garland, 2022)


Impossible de s'imaginer, même avec le trailer, combien le nouveau film d'Alex Garland (scénariste de 28 JOURS PLUS TARD, LA PLAGE, SUNSHINE...) va aller loin, très loin, aussi loin qu'aucun film occidental sorti au cinéma ne l'a peut-être jamais été.

Tout comme de ses précédentes oeuvres (EX_MACHINA et ANNIHILATION), il resort de son nouvel effort un savant mélange entre le psychologique et la froideur clinique évoquant l'étude scientifique. Descendant d'un grand scientifique salué par un prix Nobel, et de psychologues, le constat fait sens.


Dans MEN, Garland nous fait suivre la tentative de reconstruction d'une femme qui a vu son mari se suicider après qu'elle lui ait annoncé sa volonté de divorcer. Elle part donc seule au fin fond de la campagne anglaise, dans un bled de 5 pèlerins où elle loge dans une grande demeure.

Alors qu'elle semble reprendre goût à la vie au contact de la nature, des éléments perturbants font leur apparition, dont l'un des moindres n'est pas cet homme nu totalement disgracieux qui se dresse face à elle en pleine forêt, puis la suit pour se coller aux fenêtres de sa maison, avant d'être interpellé par la police. Commence alors une succession de heurts avec le peu de population locale, de sentiment d'incompréhension et d'injustice, tandis que certains événements tendent vers le surréalisme, le grotesque puis le fantastique pur... L'héroïne rêve t'elle tout ça, est-elle à ce point à la dérive mentalement, combien est-ce ancré dans la réalité ? Pourquoi les figures masculines semblent plus ou moins avoir le même faciès ? Est-ce une métaphore de la soumission des femmes à l'homme dans notre société contemporaine ? Ou une métaphore d'une culpabilité beaucoup trop lourde à porter ?

Peut-être un mélange de tout ceci... Il est tout à fait possible et juste que 2 spectateurs y voient 2 interprétations diamétralement opposées.


Paresse ou incompétence d'écriture de la part d'Alex Garland ? Absolument pas, le scénariste / écrivain / réalisateur anglais est au contraire d'une intelligence et d'une précision rares dans son travail d'auteur, et nous enfonce dans une situation dégénérescente s'écroulant sur elle-même à mesure que le temps s'écoule façon cauchemar, se démantelant pour finir dans une apothéose chaotique et organique, recrachant le traumatisme initial... Honnêtement, on a rarement vu un équivalent sur grand écran. Il faut aller lorgner du côté de la petite lucarne des années 90, pour repenser à certaines images de la série TV THE KINGDOM de Lars Von Trier, ou de certains japanimes type Yoshiaki Kawajiri. Le réalisateur, quant à lui, avoue une référence : celle du japanime L'ATTAQUE DES TITANS, pour l'attitude, la posture et la façon dérangeantes de se mouvoir de certains personnages.

Garland parvient à nous mettre dans la peau de quelqu'un au bout du rouleau (quelqu'en soit la raison), qui n'en peut plus, mais qui est forcé d'encaisser continuellement des charges de plus en plus intenables.
En l'état, on sort de la salle complètement chamboulé. On tente de reconstituer ce qu'on vient de voir, la complexité de l'ensemble et les multiples possibilités d'interprétations, donc, et ça appelle à quelque chose qui n'existe quasiment plus depuis bien longtemps : le débat à la sortie de la salle. Ce n'est pas le moindre des tours de force de Garland, à une époque où les sentiers battus sont le chemin des films de cinéma, où les producteurs ne veulent pas prendre de risques... c'est assez incroyable et porteur d'espoir de voir un coup d'éclat tel que MEN en 2022.


Alex Garland, c'est véritablement un sans-faute. En plus d'être un storyteller de haut niveau, il a des thématiques récurrentes qui lui forgent une véritable filmographie homogène depuis ses débuts, entre la figure de la femme forte, l'attirance par la pulsion de mort, la toxicité des rapports humains, une mélancolie certaine, et ce fameux mélange psychologie / science dure qui façonne chacun de ses scénarios et films.

Il fait partie des rares réalisateurs actuels dont tout nouvel effort est à ne surtout pas rater.


- Arthur Cauras.




dimanche 22 mai 2022

LOVE + DEATH + ROBOTS, volume 3 (Tim Miller, 2022)


LOVE+DEATH+ROBOTS
volume 3
(créé par Tim Miller, 2022)

Personnellement très fan des 2 premières saisons, il me tardait de découvrir la 3ème de cette série de Tim Miller, qui ressemble finalement bien à son créateur cinéaste, quand on prend en compte ses DEADPOOL (action + humour gras) et TERMINATOR : DARK FATE (action + SF + drame).

Dans ce volume 3, certains épisodes sont moins réussis que d'autres (je passerai sous silence l'embarrassant "ALLEZ FEU!"), et c'est quelque part le jeu de toute anthologie.
Mais on retiendra surtout 2 chefs d'oeuvre et plusieurs coups d'éclat...


"LE POULS BRUTAL DE LA MACHINE", qui traite de la survie d'une cosmonaute devant trainer le cadavre de sa collègue morte sur la lune de Jupiter, est magnifique, hypnotique et transcendant, usant de certains codes de la SF, dont le flou de perception entre réalité, délire et fantasme. Le parcours de l'héroïne, un véritable chemin de croix, montre en effet son obligation d'absorber régulièrement des substances pour se maintenir en vie, substances aux effets secondaires psychotropes. 
Alors qu'elle perd espoir et qu'elle est sous pression, sous l'effort, elle s'imagine (ou pas) sa camarade converser avec elle, tandis que l'environnement autour d'elle change, illustrant les propos de la lune elle-même, mais aussi la déperdition de l'héroïne. Ce bijou rappelle aussi bien les chefs d'oeuvre SOLARIS de Tarkovski, ANNIHILATION de Garland, que la bd ludique LA PLANETE AUX 1000 PIEGES pour ses "décors organiques".


Une véritable réussite... c'est ce qu'on pense aussi de la nouvelle tuerie de Alberto Mielgo, "JIBARO", qui avait pondu le meilleur épisode de la saison 1, "THE WITNESS". On se répète et on insiste, mais ce réalisateur doué de très solides compétences dans le domaine de l'animation, est un véritable génie. 
Il connait et maîtrise tous les aspects de la narration : sa mise en scène est atypique et en même temps totalement immersive. Ici, il montre le massacre d'une unité de Conquistadores par une sirène dans un lac perdu en pleine jungle... mais l'un des soldats est sourd et muet, et une relation étrange va naître entre les 2 individus. Il y a tant à dire sur le travail de Mielgo qu'on ne saurait par où commencer : c'est vertigineux.
Le character design, la scénographie des scènes équestres et de danse de la sirène, la musique absolument superbe, le sound-design travaillé comme rarement (jouant sur le fait que le héros soit sourd), le choix des focales, la rythmique du montage, l'étalonnage et l'éclairage de certaines scènes (la nuit façon nightshot, la détérioration du capteur pour signifier la folie ou la souffrance...)... Mielgo utilise absolument tous les outils de la fiction pour nous attraper dans sa toile d'araignée, et nous narrer une nouvelle métaphore de l'amour toxique, après son excellent "THE WITNESS".
En effet, sa première incartade ne relatait rien d'autre que l'aspect anéantissant d'une relation amoureuse toxique, sous forme de boucle en 3 temps, quand la dernière flamme s'éteint et fait perdre les pédales, transformant celui qui part en nouveau futur péteur de plombs. Dans "JIBARO", on peut lire la déception amoureuse entre deux êtres qui ne cherchent au final pas la même chose, quand bien même ils se sont trouvés initialement de par leur singularité : l'un est porté sur les sentiments et le besoin d'attention tandis que l'autre capitalise sur le matériel et la nécessité d'autonomie. On peut aussi y voir une image de la femme en tant qu'objet de fascination total auquel on ne peut résister (la scène du striptease absolument hypnotisante dans "THE WITNESS" et bien entendu, les scènes de manipulation psychique via le cri de la sirène dans "JIBARO"), avec les désastreuses répercussions allant de pair.
Des messages en sous-truchement de texte autant brillants que fascinants, dans le sens où le spectacle reste total même si on ne les voit pas.
Voilà donc un auteur maîtrisant pleinement la forme et le fond, que l'on espère réellement revoir au plus vite. L'un de ses derniers animés, le très beau "THE WINDSHIELD WIPER" (là encore au sujet de l'amour), a juste gagné l'Oscar du meilleur film d'animation !


A côté du retour sympa des "TROIS ROBOTS", relatant les dérives fatales de la race humaine façon jobards accoudés au comptoir d'un PMU, et de la guerre rurale entre "LES RATS DE MASON" contre une machine en forme de scorpion (histoire qui malheureusement ne mène à rien), L+D+R nous envoie sans prévenir une autre pépite : "LA NUIT DES PETITS MORTS".
Un concept, une mise en images et une histoire aussi simples qu'efficaces. Tout est en plan large, les séquences s'enchaînent comme autant de photos animées, légèrement accélérées (voix y compris), montrant comment un couple forniquant dans un cimetière déchaîne une malédiction ramenant les morts à la vie... beaucoup d'humour dans ce traitement permettant de prendre du recul face à une catastrophe planétaire, dont le final nous remet à notre juste place.
"L'ESSAIM" et "MAUVAIS VOYAGE" sont tous les deux prenants et originaux à leur manière. Dans le premier, un scientifique entre dans une sorte d'écosystème extraterrestre millénaire, pour y observer ses forces et qualités, accompagné d'une autre scientifique déjà présente "sur les lieux". Les formes de vie tiennent de la créature sous-marine, et les héros se déplacent fluidement comme s'ils nageaient, un peu à la manière du protagoniste de GANDAHAR au sein du Métamorphe.
Dans "MAUVAIS VOYAGE", un marin fait un pacte avec une monstruosité à l'apparence de crabe géant qui massacre l'équipage. Le crabe communique avec le marin par le biais du tronc d'un mort, et demande a être débarqué sur une île en échange de lui laisser la vie. L'atmosphère est anxiogène, et on redoute tout ce qui se passe dans la cale où se retranche la créature. Il est donc très dommage, comme pour "L'ESSAIM", que les enjeux ne soient pas plus captivants, et surtout que la fin ne soit pas à la mesure de ce qui a précédé, nous faisant rester sur un léger sentiment de frustration.


Ce n'est pas le cas de "DANS L'OBSCURITE DES PROFONDEURS", qui commence comme un film de guerre avec troupe d'élite américaine à la poursuite d'ennemis ayant capturés un otage. A peine entrés dans la grotte où se sont engouffrés leurs cibles, il retrouvent l'otage totalement décharné... "Mais quelle arme peut faire ça?". Ils le découvrent rapidement, et tandis que l'escouade se fait inexorablement massacrer, ils pénètrent au plus profond de la terre, avant de tomber nez-à-nez avec le noeud de leur problème... Comme régulièrement dans l'anthologie, une histoire qui pourrait être sortie du wargame Warhammer 40,000. Sensation de grandeur, d'infini, métaphysique et fin bien méchante font de cet épisode un incontournable de la série.

Ce retour de la série SF animée de Netflix est donc une vraie réussite, méritant largement d'être vu. Et revu !


- Arthur Cauras.



Article sur les 2 premiers volumes :

TRAILER VF



vendredi 13 mai 2022

LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 (Brian Trenchard-Smith - 1982)

LES TRAQUÉS DE L’AN 2000

(Brian Trenchard-Smith - 1982)


Deux semaines avant le tournage, le budget de 3,2 millions de dollars de TURKEY SHOOT (titre original) se voit amputé de 700,000$ après le départ d’un investisseur, réduisant les 44 jours de tournage initiaux à 30. Le réalisateur Brian Trenchard-Smith (dont c’est le bijou) va tout faire pour utiliser cette pression à bon escient.

En résulte un film branque et exalté, l’un des plus beaux fleurons de l’Ozploitation, ces films d’exploitation made in Australie brassant large, dont il compile (quasiment) toutes les caractéristiques extrêmes : gore, fusillade, torture et scènes de nu racoleuses.


LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 dépeint un futur dystopique où l’on envoie les dissidents du régime dans un camp de redressement tenu d’une main de fer par le cruel… Charles Thatcher - on rappelle que le réalisateur est anglais ! 

On est face à un mélange film de prison / Science Fiction et même film de guerre, essaimé d'un humour d’une rare subtilité (on aime particulièrement s’attaquer aux parties génitales dans TURKEY SHOOT). Vous prendrez bien en plus une petite chasse à l’homme ?

A la moitié du métrage, Trenchard-Smith sort donc ses héros du camp (dont même les matons sont castrés afin d’être frustrés et donc plus méchants !) et les lâche dans la nature, pourchassés par des vilains sortis d’une bande-dessinée bon marché, dont un homme-loup pratiquant de lutte évadé d’un cirque, et grignoteur d’orteil !


Générosité à tous les niveaux, même pyrotechnique.

Immolation de détenu, agression sexuelle, corps coupé en deux au tractopelle, amputation de deux mains braquant un pistolet, corps pulvérisé à la mitrailleuse lourde, combat entre dizaines de figurants armés, aviation de guerre déployée : on en a pour notre fric, comme dirait l’autre. LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 est une joie de tous les instants, pour ceux qui savent apprécier les péloches déviantes de ce type.

Quand on a reproché à Brian Trenchard-Smith : « Comment avez-vous pu faire ça ? », il a répondu tout simplement : « Pour que mes investisseurs retrouvent leur argent. » CQFD.

Quentin Tarantino a témoigné tout son amour pour ce film lors de la première de KILL BILL, et il s’en est clairement souvenu pour camper son personnage de militaire libidineux finissant les testicules en compote (décidément !) dans PLANET TERROR… film rendant par ailleurs hommage au cinéma d’exploitation !

« La révolution commence avec les marginaux », conclue le film… En tout cas, elle se fait dans une violence putassière des plus jubilatoires.


"Chéri, ça va couper !"

Le film a été remaké en 2014, hélas de bien piètre manière. Sous le titre ELIMINATION GAME, ce DTV est en réalité plus une malheureuse relecture de RUNNING MAN, avec un Dominic Purcell en militaire piégé par ses supérieurs et plongé dans un jeu de télé-réalité, où il est poursuivit par de piteux spécialistes martiaux. Avec son montage syncopé et son action improbable, ELIMINATION GAME ne rend justice ni à l’une ni à l’autre de ses deux sources. 

LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 sort le 26 Mai 2022 chez Rimini,  en édition Blu-ray / DVD limitée, avec un nouveau master Haute définition et moult suppléments. A acquérir toutes affaires cessantes !

- Arthur Cauras.



nb : ce sujet est issu de mon article "Proies et chasseurs : les films de chasse à l'homme", présent dans le livret collector de l'édition limitée de la VHS box CHASSE A L'HOMME éditée chez ESC éditions à 1000 exemplaires, aujourd'hui épuisée.




TRAILER VO


mercredi 27 avril 2022

LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES (Luàna Bajrami, 2021)

LA COLLINE
OÙ RUGISSENT
LES LIONNES
(Luàna Bajrami, 2021)

Trois jeunes filles d'une vingtaine d'années galèrent dans un petit village au Kosovo; elles vont chercher a se faire de l'argent en commettant des larcins. Voici ce qui pourrait résumer ce premier film de Luàna Bajrami, à la base comédienne. Un film riche et nostalgique, mû par l'oisiveté de ses protagonistes et leur volonté de se battre contre un futur mal engagé.

Ce qui ressort du métrage est sa faculté a rester sur le fil du rasoir concernant de nombreux points, sans basculer dans certains travers. Les personnages sont tous désoeuvrés, tristes, avec des fardeaux plus ou moins lourds à porter : Li (Era Balaj) a la responsabilité de réussir ses futures études pour sortir sa mère et ses trois frères de la misère, Qe (Flaka Latifi) a un père violent et une mère qui ne la comprennent pas, et Jeta (Urate Shabani) se fait abuser par son oncle chez qui elle vit depuis le décès de ses parents. 
A côté de ça, les filles sont donc des galériennes : c'est l'été et il n'y a rien à faire dans ce trou perdu, elles cherchent à tuer l'ennui et volent de l'argent pour ne pas échouer comme leurs familles enfermées dans cette prison à ciel ouvert. 
Sur le papier, on pourrait s'attendre à ce que LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES sombre dans le patos ou dans l'ennui que vivent ses héroïnes, mais c'est sans compter son côté solaire prépondérant.


Parallèlement à son rythme souvent contemplatif, le film irradie sans relâche d'une énergie communicative qui retranscrit celle qui est la nôtre à nos 20 ans, lorsqu'on se sent différent ou qu'on cherche à l'être, qu'on refuse les chemins tracés pour nous à l'avance, que ce soit par la société, la famille ou le destin. 
Lorsqu'on découvre l'amour et qu'on se cherche sexuellement. Lorsqu'on fait des choses dangereuses pour se sentir toujours en vie, pour goûter à l'adrénaline.
La réalisatrice met la loupe sur des personnages coincés dans cet âge où on n'est plus un enfant mais pas encore un adulte, qui certes doivent faire face à des problèmes graves, mais continuent inconsciemment à s'amuser et agir comme les adolescents innocents qu'ils sont encore en bonne partie.
On sourit régulièrement, que ce soit par le biais de dialogues (la réponse des filles aux deux grandes qui leur font des réflexions sur leurs habits bon marché) ou leurs délires (la fausse course dans la jaguar). Et on s'évade avec elles lors de virées en voiture (volée), en boîte de nuit, ou encore à la plage où ces lionnes tuent le temps en se faisant bronzer et en s'ébrouant dans l'eau.

Je place personnellement LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES dans le rang des films les plus justes traitant de l'amitié, comme KIDS RETURN (Takeshi Kitano, 1996) ou encore STAND BY ME (Rob Reiner, 1986). Le plus intéressant étant que la réalisatrice ne connait pas ces films, ne copie personne et livre un film véritablement personnel. Formule éculée de nos jours, mais pourtant bel et bien applicable ici.
La réalisatrice est également devant la caméra, dans un rôle permettant un contrepoint sur la solitude et la thématique du bonheur.

Il y a une véritable intensité de tous les instants dans le jeu des trois comédiennes principales, dont les rôles ne sont pas faciles. A côté de ça, des adultes au plus jeune des figurants, en passant par la petite soeur d'une des héroïnes, tout les gens devant la caméra sont irréprochables et c'est l'un des gros points forts du film, qui lui injecte cette crédibilité de tous les instants. C'est d'autant plus bluffant qu'on parle de très jeunes gens sans aucune expérience dans le cinéma ou presque, et que c'est le premier long-métrage de Luàna Bajrami, âgée de 18 ans sur le tournage ! 
C'est ce qui se passe quand des comédiens ont un véritable moteur faisant qu'ils ne trichent pas face à la caméra, et qu'une réalisatrice à quelque chose à faire passer... à bon entendeur.


LE TOURNAGE

J'ai été appelé en Septembre 2019 pour venir au Kosovo aider à la confection de séquences d'action, le film comportait à l'origine deux bagarres de rue à régler et à sécuriser. Bien sûr, ça fera promotionnel de le dire, mais j'ai immédiatement été conquis par l'énergie des techniciens et des acteurs du film. Du haut de mes 38 ans, je faisais partie des rares "plus vieux" de l'équipe, et j'ai énormément apprécié le côté spontané de l'entreprise. Ca fonctionnait quotidiennement à l'énergie et à la débrouille, et c'était très galvanisant.
Voici les dessins de la rixe dans la piscine que j'avais pensée pour Luàna Bajrami, avant qu'on ne la répète et qu'on ne la filme. Là encore, ça passera pour de la démagogie, mais je tiens à souligner l'implication totale des acteurs, particulièrement des trois jeunes comédiennes qui ne se ménageaient pas. La deuxième bagarre se déroulait à la fin du film, conclusion qui a été en bonne partie retravaillée en post-production pour finir sur une note réflexive qui, de mon point de vue, élève encore le niveau de LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES.

- Arthur Cauras.







jeudi 21 avril 2022

VAN DAMME : Les meilleures éditions DVD & Blu-ray

 




JEAN-CLAUDE VAN DAMME :
Les meilleures éditions DVD & Blu-ray
(ESC, Studio Canal, Metropolitan...)


J'ai fait une revue de la filmographie de Jean-Claude Van Damme, via les éditions de ses DVD et Blu-ray sorties en France et à l'international. J'y donne aussi quelques anecdotes de fabrication, d'obtention de droits, de tournages des bonus que je fais pour ESC éditions ("Van Damme : le Poing sur sa carrière"),etc... 

Sommaire : 
00:42 Karate Tiger 
01:41 Full Contact / Lionheart 
03:52 Replicant / In Hell 
06:20 Bloodsport 
07:33 Timecop 
08:42 Cyborg 
12:45 Slinger (Cyborg director's cut) 
15:12 Double Impact 
18:19 Kickboxer 
19:47 Street Fighter 
21:45 Universal Soldier 
22:02 Universal Soldier - Regeneration 
24:26 Universal Soldier - le Jour du Jugement 
27:00 Double Team 
30:17 Piège à Hong Kong 
31:26 J.C.V.D 
33:05 Chasse à l'Homme 
38:42 Risque Maximum 
41:37 Coups pour Coups 
43:30 Wishlist





mercredi 13 avril 2022

LA HORSE (Pierre Granier-Deferre, 1970)



LA HORSE
(Pierre Granier-Deferre, 1970)


Un film rondement mené de bout en bout de ses 70 minutes, par un Granier-Deferre toujours prompt à étudier la cellule familiale dans ses dysfonctionnements et surtout ses aptitudes à tenir dans la difficulté la plus extrême.

Ici, le petit fils (Marc Porel) d'un vieux propriétaire terrien (Jean Gabin) est lié à une affaire de drogue en Normandie, et cache de l'héroïne (la horse du titre) dans l'un des abris de chasseur de son grand-père. Lorsque ce dernier la découvre, il la détruit sans chercher à discuter, sous les yeux effarés du jeune... Le dealer ne tarde pas à se pointer, et à peine a t'il eu le temps de menacer le vieil homme qu'il prend un double coup de carabine dans le buffet.

La Normandie, le passé de Gabin au sein de la Seconde Guerre Mondiale (il a combattu en Afrique du nord et a eu la Croix de Guerre), tout ceci donne immédiatement du corps à ce personnage et à cet environnement pur qu'il convient de défendre.

Tandis que le patriarche mène d'une main de fer les hommes de la ferme (ses gendres qu'il ne considère pas vraiment faire partie de sa famille, car étant "pièces rapportées"!) pour masquer le meurtre -- dans une fosse à la chaux vive, le reste de la bande de criminels fait son apparition.
Mettant une pression graduelle pour récupérer quelque chose qu'ils ignorent déjà détruit, ils brûlent une grange, puis tue une vingtaine de bêtes, avant de carrément s'introduire dans la ferme et de violer la jeune fille de la famille. Entre ces méfaits, des coups de téléphone menant toujours au même résultat : le refus implacable du patriarche, et la montée crescendo dans la violence... tandis que la gendarmerie vient régulièrement enquêter, puis interroger les membres de la famille.


Le personnage de Jean Gabin est magistral, une vraie tête de bois qu'on imagine fatalement devoir ployer à un moment donné, mais qui ne lâche absolument rien face aux intimidations. Une détermination mêlée à une obstination à vouloir régler les choses en famille (il repousse sans cesse l'aide des forces de l'ordre) qui fascine, d'autant qu'au final, on comprend que cet état d'esprit se passe bel et bien de père en fille,... et de père en petit-fils, quand bien même ce dernier a été "corrompu" partiellement par la vie citadine, refusant de reprendre la ferme pour se lancer dans des études aux Beaux Arts et en psychologie !

On a affaire à un véritable Vigilante campagnard français, au rythme à première vue lent mais régulièrement éclaté par ses éclats de violence et la tension liée à l'enquête et au tiraillement des dealers.
Le dernier plan résume tout le propos, un lent travelling s'approchant d'une grande tablée où tout le monde a repris sa vie normale (parce que c'est comme ça), finissant sur les épaules du patriarche qui la préside.

- Arthur Cauras.