mardi 29 novembre 2022

Albert Pyun (1953-2022) R.I.P.



ALBERT PYUN
(1953-2022)
R.I.P.

Le réalisateur Albert Pyun vient de décéder ce samedi 26 Novembre 2022, à 17h50. Sa femme Cynthia Curnan a dit : "Je me suis assise à ses côtés pour son dernier souffle qui sonnait comme s'il libérait le poids du monde."

Albert Pyun a oeuvré dans les années 80 et 90, avec des Séries B principalement destinées au marché de la vidéo, et aura laissé des petits classiques de vidéoclub comme NEMESIS, MEAN GUNS, KNIGHTS - LES CHEVALIERS DU FUTUR, ADRENALINE, BLOODMATCH, L'EPEE SAUVAGE, les KICKBOXER 2 et 4... et bien entendu, son oeuvre la plus connue : CYBORG (un film conçu dans la souffrance du début à la fin).

Longtemps, il n'a pas été respecté à sa juste valeur, notamment en France. Avec le temps et l'avénement de plateformes comme Netflix (où les films diffusés ne passent pas par la case cinéma), avec la globalisation des tournages au lance-pierre pour le cinéma de genre, des tournages à plusieurs caméras, et du pré-achat de films, certains se sont rendus compte que Pyun avait finalement été en avance sur son temps.
Il avait réussi à se créer son éco-système et ne faisait pas partie d'Hollywood, car il ne le voulait tout simplement pas*. Il écrivait, produisait et réalisait les films qu'il voulait lui, choisissait ses acteurs, et personne, aucun exécutif, aucun studio ne pouvait lui mettre de bâtons dans les roues.

Le premier film d'Albert Pyun, réalisé
à ses 27 ans : L'EPEE SAUVAGE.

Il avait pleine latitude pour faire ce qu'il voulait : les modestes budgets de ses films étaient déjà remboursés avant même qu'il ne tourne le film, via les fameux pré-achats qu'il maîtrisait depuis son passage à la Cannon.
Une partie du budget passait dans la paye d'anciennes stars du cinéma, de stars en devenir ou de noms connus pour attirer le spectateur : Burt Reynolds, Steven Seagal, Christophe Lambert, Jean-Claude Van Damme, Lance Henriksen, Charlie Sheen, Ice-T... Ses films étant tournés en 4 (oui quatre) à 22 jours, ce système était rentable. Il était donc capable de faire jusqu'à 5 tournages par an.
Tout ceci avait un revers : sa santé. Car il passait sa vie à travailler, jusque tard le soir, se réveillant très tôt. Après un tournage, sa femme racontait qu'il passait souvent 1 à 2 semaines alité, avec elle lui donnant à manger à la main et le veillant.
Avec le temps, il a été victime de la sclérose en plaque, mais aussi d'autres dysfonctions de son état de santé, ce qui l'empêchait de travailler depuis une 10aine d'années puisque les assurances ne voulaient pas couvrir ses tournages.

Le film le plus connu de Pyun, qui est aussi une
de ses nombreuses incartades dans le post-apo : CYBORG

Lentement, Pyun s'est éteint, épaulé par sa femme, car le cinéma était sa vie.
Il y a quelques jours, sa femme a écrit qu'il vivait ses dernières heures, et qu'il serait heureux de recevoir quelques messages de ses fans... comme beaucoup, j'y ai participé.
Qu'Albert Pyun se repose après cette vie surchargée, et surtout passionnée.


J'avais écrit sur ce blog un article détaillé sur le parcours et la carrière de Pyun :
https://thefightdirector.blogspot.com/2020/09/run-gun-le-cinema-dalbert-pyun.html?fbclid=IwAR0C6oZoRkHeA8m2PsmErukpGc37qkK7a1bokKg7FaPPbOI0CYOZqmBch-U


Ainsi qu'un article sur son film ADRENALINE :
https://thefightdirector.blogspot.com/2020/09/adrenalin-albert-pyun-1996.html


En hommage au réalisateur Albert Pyun décédé ce week-end, voici le bonus que j'ai réalisé il y a 2 ans pour la sortie de CYBORG (avec Jean-Claude Van Damme), conjointement chez Lionheart et ESC.
Avec sous-titres anglais !
Durant ces 30 minutes, je suis revenu sur ses débuts, sa façon de travailler, le microcosme qu'il s'est fabriqué à Hollywood, et ai fait un focus de plus de 15 minutes sur CYBORG, un film improvisé pour sauver 2 millions de dollars injectés dans des décors et costumes pour des projets ne s'étant finalement pas fait (dont le premier SPIDERMAN).
CYBORG dont le montage lui a échappé, et dont la 1ere version, intitulée SLINGER, était drastiquement différente avant que, entre autres, le belge ne repasse dessus.
Pour résumer, j'espère qu'à défaut de vous donner envie de voir sa cinquantaine de films, ce "RUN & GUN" attirera votre sympathie envers le stakhanoviste de la série B à très petit budget, Albert Pyun.



- Arthur CAURAS.


* Sur son Facebook, Albert Pyun avait raconté cette anecdote le 22 Mai 2018 : 
Après le démarrage de The Sword and the Sorcerer et son succès mondial, j'ai été invité à une réunion chez un agent. Après le départ des prostituées (je plaisante), il s'est mis à essayer de me convaincre que j'avais besoin d'un agent pour tirer parti de ce succès. N'avais-je pas envie de faire des films de studio ? Est-ce que je ne voulais pas un million de dollars de frais de réalisation ? Des frais d'écriture de 500 000 $? Je pouvais avoir le rêve mais j'avais besoin d'un agent pour obtenir tout ça.
Je n'étais pas d'accord et lui ai dit que j'avais toujours tout fait moi-même et que je voulais continuer comme ça. Ce million de dollars de frais de réalisation ne signifiait rien pour moi. Mais l'indépendance oui. Il s'est fâché et m'a conduit à son balcon qui surplombait Sunset Blvd. Il a craché dans la nuit et a dit : "Fiston, ma salive vient de toucher une centaine de réalisateurs en herbe. Il y a des milliers de personnes qui veulent être réalisateurs, scénaristes, producteurs. Des milliers qui mourraient pour un million de dollars." J'ai dit : "Alors représente l'un d'eux!" Puis il a dit : "Sors de chez moi". Et c'est ce que j'ai fait.

samedi 5 novembre 2022

L'EXPOSITION (Le Cabinet des Curiosités - 2022)



L'EXPOSITION
(épisode issu de la série
LE CABINET DES CURIOSTES)

De la série LE CABINET DES CURIOSITES (créée par Guillermo del Toro, 2022), se détache clairement l'épisode de Panos Cosmatos, qu'on connait pour son travail aussi rare que personnel. En effet, il n'y a pas deux BEYOND THE BLACK RAINBOW, ni deux MANDY. La griffe du fils de George Cosmatos est immédiatement indentifiable dès les premières minutes de son EXPOSITION (aka THE VIEWING), une histoire autant planante que dérangeante hantée par Peter Weller et Sofia Boutella.

Cosmatos Jr. ne se soucie jamais de la narration dans ses films, mais chérie particulièrement l'atmosphère, le rythme de la mise en scène, de la scénographie, et transcende ainsi des histoires qui, sur le papier, se résumeraient pourtant à peau de chagrin.

Ici, dans les années 70, 4 personnalités issues du monde de l'art et de la science sont conviées à se droguer chez un magnat richissime, afin d'être "au sommet de leurs capacités" pour découvrir un rocher contenant une entité de l'au-delà.... qui va se manifester après avoir insufflé une bouffée de chichon !
Mais ne vous y trompez pas : L'EXPOSITION ne prête pas du tout à rire.


Panos y fait briller son talent, la musique est hypnotisante et on a à nouveau l'impression d'être hors du temps, comme dans un univers parallèle, alors que les personnages débitent des dialogues philosophiques, avant de se faire péter le crâne façon SCANNERS ou déliter à la UNDER THE SKIN (remember sous la surface!). Le tout baigné dans une lumière enveloppante, tandis que des flairs optiques nous plongent davantage dans un état second.

La forme finale de l'entité que je ne spoilerai pas ici, évoque le travail de Ray Harryhausen (en même temps d'être un clin d'oeil au film de papa LEVIATHAN, déjà avec Peter Weller), d'autant qu'elle apporte une sorte de candeur à ce mélange définitivement singulier, dont les thématiques pourraient être l'addiction, l'humilité à accepter nos failles, le tout sur fond de mythe de Prométhée. Assez fascinant.

Une seule envie en sortant de ce trip, outre de se le refaire dans la foulée : espérer que Panos Cosmatos ne mette pas trop de temps avant de retourner au charbon.

- Arthur Cauras.


TRAILER VO







samedi 29 octobre 2022

LES ANNÉES 90 : Le parent pauvre du cinéma de genre ?




LES ANNÉES 90 :
LE PARENT PAUVRE
DU CINÉMA DE GENRE ?

Régulièrement et ce, depuis des années, les "experts" et la presse spécialisée dans le cinéma de genre nous rabâchent les oreilles avec le fait que la décennie des années 1990 fut une décennie noire, voire nocive pour le cinéma de genre.

Sans même parler du cinéma d'action qui se portait extrêmement bien (que ce soit aux USA ou encore à Hong Kong!), sans même avoir a évoquer la japanimation qui battait également son plein, il est étonnant de constater que cette erreur de jugement envers le cinéma Fantastique / Horreur / Science Fiction a encore la dent dure de nos jours.

La lanterne rouge étant, aux yeux de ces critiques, le SCREAM de Wes Craven (1996), car en se permettant d'être un film meta, il a pour eux effondré le genre en le moquant et exposant ses mécanismes.
Qu'on aime ou pas ce film ayant fait date (et ayant pour lui d'avoir attiré un plus large public qu'à l'accoutumée au sein du cinéma d'horreur), il y en a une myriade d'autres prouvant que oui, les années 90 ont été une excellente décennie pour le cinéma de genre horrifique.
Jugez par vous-mêmes...

Liste non-exhaustive de métrages allant du très sympathique spectacle du samedi soir, au chef d'oeuvre pelliculé restant à jamais à l'esprit.















ALIEN 3 (David Fincher - 1992)

L’ANTRE DE LA FOLIE (John Carpenter - 1993)

L'ARMEE DES 12 SINGES (Terry Gilliam - 1995)

AUDITION (Takashi Miike - 1999)

ABSOLOM 2022 (Martin Campbell - 1994)

AU-DELA DU REEL (série TV - 1995)

LES AVENTURES D'UN HOMME INVISIBLE (John Carpenter - 1992)


BAD MOON (Eric Red - 1995)

BRAINDEAD (Peter Jackson - 1992)

BODY SNATCHERS (Abel Ferrara - 1993)

BLADE (Stephen Norrington - 1998)

BIENVENUE A GATTACA (Andrew Niccol - 1997)

BATMAN : LE DEFI (Tim Burton - 1992)

BODY BAGS (John Carpenter - 1993)














THE CROW (Alex Proyas - 1993)

CRONOS (Guillermo del Toro - 1993)

CURE (Kiyoshi Kurosawa - 1997)

CANDYMAN (Bernard Rose - 1993)

CUBE (Vincenzo Natali - 1997)

CA, IL EST REVENU (Tommy Lee Wallace - mini série - 1990)

CONTACT (Robert Zemeckis - 1997)

CABAL (Clive Barker - 1990)

LE CAVALIER DU DIABLE (Ernest R. Dickerson - 1995)

CREATURES CELESTES (Peter Jackson - 1994)

CHUCKY, LA POUPEE DE SANG (John Lafia - 1990)

CARNOSAUR (Adam Simon - 1993)

THE CRAFT : DANGEREUSE ALLIANCE (Andrew Fleming - 1996)

LES CONTES DE LA CRYPTE (Steven Dodd - série - 1989 / 1996)














DELLAMORTE DELLAMORE (Michele Soavi - 1994)

DARKMAN (Sam Raimi - 1990)

DRACULA (Francis Ford Coppola - 1992)

DARK CITY (Alex Proyas - 1998)

DEMOLITION MAN (Marco Brambilla - 1993)

DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH (Spike Jonze - 1999)













EDWARD AUX MAINS D'ARGENT (Tim Burton - 1990)

EVIL DEAD 3 (Sam Raimi - 1992)

ED WOOD (Tim Burton - 1995)

L'EXORCISTE CHINOIS 2 (Ricky Lau - 1990)

L’ECHELLE DE JACOB (Adrian Lyne - 1990)

L’EXORCISTE III (William Peter Blatty - 1990)

EVENT HORIZON (Paul W.S. Anderson - 1997)

ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE (Neil Jordan - 1994)

EVIL DEAD TRAP 2 : HIDEKI (Izo Hashimoto - 1992)

EXISTENZ (David Cronenberg - 1999)


LA FAMILLE ADAMS (Barry Sonnenfeld - 1992)

FANTOMES CONTRE FANTOMES (Peter Jackson - 1996)

LA FIN DE FREDDY (Rachel Talalay - 1991)

LA FIN DES TEMPS (Peter Hyams - 1999)

FORTRESS (Stuart Gordon - 1993)

LE FESTIN NU (David Cronenberg - 1991)

LE FLEAU (Mick Garris - mini-série - 1994)

FREDDY SORT DE LA NUIT (Wes Craven - 1994)

FULL ECLIPSE (Anthony Hickox - 1993)


GREMLINS 2 (Joe Dante - 1990)

GEMINI (Shinya Tsukamoto - 1999)


HARDWARE / MARK13 (Richard Stanley - 1990)

HELLRAISER 3 (Anthony Hickox - 1992)

HELLRAISER 4 : BLOODLINE (Kevin Yagher, Joe Chappelle - 1996)

HALLOWEEN 6 : LA MALEDICTION DE MICHAEL MYERS (Joe Chappelle - 1995)

HALLOWEEN : 20 ANS APRES (Steve Miner - 1998)

HIGHLANDER 2 : LE RETOUR (Russell Mulcahy - 1991)


JURASSIC PARK (Steven Spielberg - 1993)

UN JOUR SANS FIN (Harold Ramis - 1993)

JASON VA EN ENFER (Adam Marcus - 1993)














LA LIGNE VERTE (Frank Darabont - 1999)

LOST HIGHWAY (David Lynch - 1997)

LAST ACTION HERO (John McTiernan - 1993)

LOS ANGELES 2013 (John Carpenter - 1996)


MISERY (Rob Reiner - 1990)

LA MOMIE (Stephen Sommers - 1999)

MEN IN BLACK (Barry Sonnenfeld - 1997)

MIMIC (Guillermo del Toro - 1997)

LA MUTANTE (Roger Donaldson - 1995)

MATRIX (the Wachowski - 1999)

THE MASK (Chuck Russell - 1994)

MANIAC COP 2 (William Lustig - 1990)

MARS ATTACKS ! (Tim Burton - 1996)

LE MAITRE DES ILLUSIONS (Clive Barker - 1995)

MORTAL KOMBAT (Paul W.S. Anderson - 1995)


NECRONOMICON (Brian Yuzna, Christophe Gans & Shūsuke Kaneko - 1993)

THE NIGHT FLIER (Mark Pavia - 1997)

NEMESIS (Albert Pyun - 1992)

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS (Tom Savini - 1990)


OUVRE LES YEUX (Alejandro Amenabar - 1997)

L'OMBRE ET LA PROIE (Stephen Hopkins - 1996)














PEUR BLEUE (Renny Harlin - 1999)

PREDATOR 2 (Stephen Hopkins - 1990)

PLANETE HURLANTE (Christian Duguay - 1995)

LE PROJET BLAIR WITCH (Eduardo Sánchez, Daniel Myrick - 1999)

PHANTOMS (Joe Chappelle - 1998)

LE PUITS ET LE PENDULE (Stuart Gordon - 1991)

POSTMAN (Kevin Costner - 1997)


RELIC (Peter Hyams - 1997)

LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 3 (Brian Yuan - 1993)

RING (Hideo Nakata - 1998)

ROBOCOP 2 (Irvin Kershner - 1990)

RÊVES (Akira Kurosawa - 1990)

RETOUR VERS LE FUTUR 3 (Robert Zemeckis - 1990)

RESURRECTION (Russell Mulcahy - 1999)














STARSHIP TROOPERS (Paul Verhoeven - 1997)

LA SECTE (Michele Soavi - 1991)

STRANGE DAYS (Kathryn Bigelow - 1995)

SCREAM (Wes Craven - 1996)

LA SECTE SANS NOM (Jaume Balaguero - 1999)

STARGATE (Roland Emerich - 1994)

SEVEN (David Fincher - 1995)

LE SOUFFLE DU DEMON / DUST DEVIL (Richard Stanley - 1992)

STENDHAL SYNDROME (Dario Argento - 1996)

LE SILENCE DES AGNEAUX (Jonathan Demme - 1991)

SOLDIER (Paul W.S. Anderson - 1998)

SIXIEME SENS (M. Night Shyamalan - 1999)

LE SOUS-SOL DE LA PEUR (Wes Craven - 1991)













TREMORS (Ron Underwood - 1990)

LE 13EME GUERRIER (John McTiernan - 1999)

TIMECOP (Peter Hyams - 1994)

TRUMAN SHOW (Peter Weir - 1998)

TOTAL RECALL (Paul Verhoeven - 1990)

LA TEMPÊTE DU SIECLE (Craig R. Baxley - mini série - 1999)

TETSUO 2 (Shinya Tsukamoto - 1992)

TERMINATOR 2 : LE JUGEMENT DERNIER (James Cameron - 1991)

LES TOMMYCKNOCKERS (John Power - mini série - 1993)


UN CRI DANS L’OCEAN (Stephen Sommers - 1998)

UNE NUIT EN ENFER (Robert Rodriguez - 1996)

UNIVERSAL SOLDIER (Roland Emmerich - 1992)

UNIVERSAL SOLDIER : LE COMBAT ABSOLU (Mic Rodgers - 1999)


VAMPIRES (John Carpenter - 1998)

VORACE (Antonia Bird - 1999)

THE VICTIM (Ringo Lam - 1999)

LE VILLAGE DES DAMNES (John Carpenter - 1995)


WAXWORK 2 : PERDUS DANS LE TEMPS (Anthony Hickox - 1992)

WISHMASTER (Robert Kurtzman - 1997)

WARLOCK 2 : ARMAGGEDON (Anthony Hickox - 1993)


X-FILES (série TV - 1993)


ZONE 39 (John Tatoulis - 1996)



- Arthur Cauras.

















mardi 19 juillet 2022

AVENGING FORCE (Sam Firstenberg - 1986)




AVENGING FORCE
(Sam Firstenberg - 1986)

Vendu fallacieusement en France comme suite d’AMERICAN WARRIOR, l'un des fameux films de ninjas ayant fait la gloire de la Cannon, AVENGING FORCE était à la base prévu pour être une séquelle à INVASION USA avec Chuck Norris. L’autre star de la Cannon, Michael Dudikoff, reprend le flambeau dans cette histoire le mettant aux prises avec le Pentacle, un groupuscule de suprémacistes blancs chassant le chaland dans les marécages de Louisiane, entre deux attentats contre un candidat noir (Steve James !) au poste de sénateur…

Ici, on ne s’embarrasse pas des « détails » (Dudikoff cavalant comme un lapin alors qu’un carreau d’arbalète lui a transpercé la cuisse), et on va droit au but : l’action, généreusement présente tout comme le manque de finesse de cette entreprise, dans la lignée de ce que produisait les fameux cousins Menahem Golan & Yoram Globus.

                           

Le style des chasseurs très comics book d’époque n’est pas toujours très heureux, et les combats ainsi que la direction artistique accusent souvent leur âge. Mais si l’on se fade par exemple un chasseur adepte de Kendo qui ne touche pas une bille dans cette discipline, on est par ailleurs gâté par le catcheur semblant tout droit sorti de MAD MAX 2, se saisissant de Dudikoff et jouant avec lui comme si c’était un mannequin de lutte. Les techniques spectaculaires qu’il lui inflige ont d’ailleurs du laisser quelques séquelles au cascadeur lors du tournage, notamment le moment où celui-ci est balancé de toute sa hauteur les reins sur un tronc d’arbre ! Le leader du groupuscule (joué par le génial John P. Ryan) utilise quant à lui un garrot à tourniquet métallique qui n’est pas sans rappeler un passage atroce du futur CARTEL de Ridley Scott.

Le dernier acte renvoie quelque part au séminal LES CHASSES DU COMTE ZAROFF, avec son affrontement final au sein d’une demeure cosy. On y solde les ardoises façon duellistes, attendant le signal pour se rentrer dedans à coups d’armes médiévales ! Le tout se clôturant sur une fin ouverte appelant une suite qui ne verra jamais le jour.


L’ambiance pluvieuse des traques dans le bayou, assez cinégénique, évoque le SANS RETOUR de Walter Hill, et on est régulièrement surpris par le sadisme du film, avec ses massacres n’épargnant pas les enfants… le tout sur une musique rythmée pompant régulièrement celle du chef d’oeuvre POLICE FEDERALE, LOS ANGELES. Tous ces emprunts / pompages terminent d'apposer le sceau de la Cannon à cet AVENGING FORCE, tant les films de la firme étaient souvent conçus tels des créatures de Frankenstein !

Michael Dudikoff expliquera qu'il aura été rudoyé sur le tournage, notamment dans les séquences se déroulant dans les marécages, avec la pression de la faune locale (des alligators, des serpents d'eau), les joutes à mains nues qui lui coûteront un morceau de son lobe d'oreille, et par le fait de rester détrempé du petit matin au soir... Son implication se sent, et participe à faire d'
AVENGING FORCE un bis pour les nostalgiques de vidéoclub, qui n’ennuie jamais.

- Arthur Cauras.


nb : ce sujet est issu de mon article "Proies et chasseurs : les films de chasse à l'homme", présent dans le livret collector de l'édition limitée de la VHS box CHASSE A L'HOMME éditée chez ESC éditions à 1000 exemplaires, aujourd'hui épuisée.



mercredi 13 juillet 2022

MEN (Alex Garland, 2022)




MEN
(Alex Garland, 2022)


Impossible de s'imaginer, même avec le trailer, combien le nouveau film d'Alex Garland (scénariste de 28 JOURS PLUS TARD, LA PLAGE, SUNSHINE...) va aller loin, très loin, aussi loin qu'aucun film occidental sorti au cinéma ne l'a peut-être jamais été.

Tout comme de ses précédentes oeuvres (EX_MACHINA et ANNIHILATION), il resort de son nouvel effort un savant mélange entre le psychologique et la froideur clinique évoquant l'étude scientifique. Descendant d'un grand scientifique salué par un prix Nobel, et de psychologues, le constat fait sens.


Dans MEN, Garland nous fait suivre la tentative de reconstruction d'une femme qui a vu son mari se suicider après qu'elle lui ait annoncé sa volonté de divorcer. Elle part donc seule au fin fond de la campagne anglaise, dans un bled de 5 pèlerins où elle loge dans une grande demeure.

Alors qu'elle semble reprendre goût à la vie au contact de la nature, des éléments perturbants font leur apparition, dont l'un des moindres n'est pas cet homme nu totalement disgracieux qui se dresse face à elle en pleine forêt, puis la suit pour se coller aux fenêtres de sa maison, avant d'être interpellé par la police. Commence alors une succession de heurts avec le peu de population locale, de sentiment d'incompréhension et d'injustice, tandis que certains événements tendent vers le surréalisme, le grotesque puis le fantastique pur... L'héroïne rêve t'elle tout ça, est-elle à ce point à la dérive mentalement, combien est-ce ancré dans la réalité ? Pourquoi les figures masculines semblent plus ou moins avoir le même faciès ? Est-ce une métaphore de la soumission des femmes à l'homme dans notre société contemporaine ? Ou une métaphore d'une culpabilité beaucoup trop lourde à porter ?

Peut-être un mélange de tout ceci... Il est tout à fait possible et juste que 2 spectateurs y voient 2 interprétations diamétralement opposées.


Paresse ou incompétence d'écriture de la part d'Alex Garland ? Absolument pas, le scénariste / écrivain / réalisateur anglais est au contraire d'une intelligence et d'une précision rares dans son travail d'auteur, et nous enfonce dans une situation dégénérescente s'écroulant sur elle-même à mesure que le temps s'écoule façon cauchemar, se démantelant pour finir dans une apothéose chaotique et organique, recrachant le traumatisme initial... Honnêtement, on a rarement vu un équivalent sur grand écran. Il faut aller lorgner du côté de la petite lucarne des années 90, pour repenser à certaines images de la série TV THE KINGDOM de Lars Von Trier, ou de certains japanimes type Yoshiaki Kawajiri. Le réalisateur, quant à lui, avoue une référence : celle du japanime L'ATTAQUE DES TITANS, pour l'attitude, la posture et la façon dérangeantes de se mouvoir de certains personnages.

Garland parvient à nous mettre dans la peau de quelqu'un au bout du rouleau (quelqu'en soit la raison), qui n'en peut plus, mais qui est forcé d'encaisser continuellement des charges de plus en plus intenables.
En l'état, on sort de la salle complètement chamboulé. On tente de reconstituer ce qu'on vient de voir, la complexité de l'ensemble et les multiples possibilités d'interprétations, donc, et ça appelle à quelque chose qui n'existe quasiment plus depuis bien longtemps : le débat à la sortie de la salle. Ce n'est pas le moindre des tours de force de Garland, à une époque où les sentiers battus sont le chemin des films de cinéma, où les producteurs ne veulent pas prendre de risques... c'est assez incroyable et porteur d'espoir de voir un coup d'éclat tel que MEN en 2022.


Alex Garland, c'est véritablement un sans-faute. En plus d'être un storyteller de haut niveau, il a des thématiques récurrentes qui lui forgent une véritable filmographie homogène depuis ses débuts, entre la figure de la femme forte, l'attirance par la pulsion de mort, la toxicité des rapports humains, une mélancolie certaine, et ce fameux mélange psychologie / science dure qui façonne chacun de ses scénarios et films.

Il fait partie des rares réalisateurs actuels dont tout nouvel effort est à ne surtout pas rater.


- Arthur Cauras.