mardi 30 mars 2021

RUN & KILL (cat.3, Billy Tang, 1993)



RUN AND KILL
(Billy Tang, 1993)



Quoi de mieux qu'un bon vieux Catégorie III* pour s'enjailler en ces temps difficiles? Rien, bien entendu. Pour rappel, les "Cat.3" sont des films de Hong Kong qui ont été classés interdits au -17 ans sur l'archipel pour diverses raisons 
qui finalement brassaient très large (sexe, ultra-violence et/ou tabous en tout genre). Souvent, ce sont les films très violents auxquels on pense lorsqu'on évoque ce sous-genre du cinéma Hongkongais (qui n'en est pas vraiment un, pour ajouter un peu de flou à la définition !).
RUN AND KILL est l'un des meilleurs représentants des Cat.3, et aussi l'un des plus accessibles. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit inoffensif, loin de là...

Le film de Billy Tang montre un homme d'affaires trop gentil (Kent Cheng) et soumis à sa femme qui surprend celle-ci avec son amant. Il n'a la force de rien si ce n'est d'aller noyer son chagrin dans l'alcool au fond d'un bar... rond comme un coing, il divague sur le fait de vouloir tuer son épouse et finit par être mis en relation avec des criminels, qui vont se charger de réellement la tuer !

Le mari soumis découvre sa femme et son amant:
le début de la fin.

Alors qu'il décuve, le massacre a bel et bien lieu et il se retrouve de plus sans avoir de quoi payer les odieux responsables, qui vont mettre le feu à son lieu de travail et le harceler. Sa rencontre avec un groupe de clandos vietnamiens lui proposant de régler tout ça semble être sa porte de sortie. Elle sera en réalité une boîte de Pandore qui libérera les pires atrocités sur son entourage et lui. S'ensuit une escalade de violence allant loin, très loin...

Dans ce RUN AND KILL, il est impressionnant de voir le mélange de tons. Ca joue un peu en cabotinant pour amuser la galerie (Kent Cheng et sa fillette qu'il adore), ça se bat sur fond de bruitages disproportionnés (le meurtre de la femme volage et de son amant), mais le fait que le film aille au bout de son propos sans faire aucune concession, et que la mise en scène de Billy Tang soit très inventive et rythmée, façonne une oeuvre juste imparable. Que certains parviennent à apprécier au 2nd degré... Pourquoi pas. On peut en effet lire ce RUN AND KILL comme une comédie (très noire).

Ne vous attendez pas à un petit film fauché;
Run & Kill est également généreux en matière de spectacle.

En attendant, les scènes d'action sont remarquables et exploitent les décors à merveille, comme souvent dans le cinéma d'action/polar de HK. Le budget est également au RDV, jamais le projet ne parait cheap ou bâclé, et c'est même tout le contraire : des cascades viennent régulièrement pimenter le récit ainsi que la pyrotechnie, notamment pour révéler le trauma du personnage du leader des clandestins, complètement cintré.
Au passage, la présence d'acteurs prestigieux au casting (Cheng donc, mais également l'excellent Simon Yam, ou encore Esther Kwan et Danny Lee comme d'hab dans un rôle de policier), participe à la crédibilité des protagonistes et de l'entreprise dans son entièreté.

Un peu comme si, chez nous, il était tout à fait normal de voir des Benoit Magimel, Gilles Lelouch ou Djamel jouer dans des films interdits aux -17 ans où des gamins sont brûlés vifs durant de longues secondes et des corps mitraillés plus que de raison (alors qu'ils sont déjà inertes depuis longtemps) ! Le tout le plus sérieusement du monde, bien entendu...

Simon Yam campe un personnage des plus extrêmes !

Dans tous les cas, la morale et le message de RUN AND KILL peuvent difficilement passer à côté du spectateur, qui reste coi alors que le générique de fin continue de défiler sur le dernier plan de l'ultime scène.

Ce n'est pas demain la veille qu'on pourra revoir des films de cette teneur... ni que les Catégorie III seront détrônées de leur podium de subversivité.

- Arthur Cauras.



* Certains des plus extrêmes des Catégorie III : 
- THE UNTOLD STORY et DR LAMB, inspirés des méfaits ignobles d'un continental à Hong Kong, qui tuait et mangeait ses victimes,
RED TO KILL, avec cette jeune handicapée mentale se retrouvant dans un centre spécialisé et qui sera la proie d'un violeur en série,
CAMP731, montrant avec beaucoup de complaisance, il faut le dire, les tortures orchestrées par les japonais sur les chinois pendant la Seconde Guerre Mondiale,
EBOLA SYNDROME, un délire putassier éclatant toutes les normes, narrant les dérives d'un porteur sain du virus ébola... cherchant à le propager le plus possible, 
- THE STORY OF RICKY, un autre délire particulièrement réjouissant se déroulant dans une prison, avec une sorte de Ken le Survivant au rabais éclatant littéralement ses adversaires (rixes avec énucléations, mains explosant, étranglement avec viscères,...),
- DAUGHTER OF DARKNESS et ses suites, notamment BROTHER OF DARKNESS, montrant des personnages fragiles brimés explosant à un moment donné et libérant toute la violence contenue depuis des années sur leurs oppresseurs,

Etc, etc.



mardi 23 mars 2021

S. CRAIG ZAHLER : Bone Tomahawk / Section 99 / Traîné sur le Bitume

BONE TOMAHAWK (2015)
SECTION 99 (2017)
TRAINE SUR LE BITUME (2018)
de S. Craig Zahler




La filmo de S. Craig Zahler, composée de 3 films, est un sans-faute assez stupéfiant... Le tout en moins de 5 ans, s'il-vous-plaît.

Il commence avec BONE TOMAHAWK, qui avait fait son effet à Sitges en 2015... La majorité des français que je croisais l'ayant vu le trouvaient très mauvais. Vraiment étrange; pour ma part j'ai rarement vu un western / film d'horreur aussi percutant, qui arrive à nous glisser de force dans une atmosphère oppressante, progressive (la scène du campement de nuit !) et inextricable (dans le territoire des cannibales). Déjà, Zahler montre qu'il sait parfaitement jouer avec les codes et mécanismes de la peur, comment retenir l'intérêt de son spectateur : personne, absolument personne n'est intouchable, dans ce film. Les personnages qui d'ordinaire s'en sortiraient, au moins pas trop mal, finissent déchirés en deux ou une flèche dans le crâne.

Epoque du Far-west, une petite bourgade est la cible d'une attaque nocturne aussi fugace que violente, par ce qui semble être des indiens venus se venger d'un criminel vagabond ayant pénétré leur territoire quelques jours auparavant. Celui-ci est enlevé, ainsi que plusieurs citoyens. Un périple s'ouvre, avec le Shérif (Kurt Russel), son adjoint du troisième âge, un pistolero nerveux antipathique et le mari estropié d'une des victimes, bien décidés à retrouver leurs amis.

Les attaques de Troglodytes ne prêtent vraiment pas à rire.

Le mélange des genres bat son plein, un mélange ne pouvant qu'évoquer au moins un peu l'excellent VORACE, mais on est ici au premier degré, dénué de l'humour du film d'Antonia Bird.

La tension est omniprésente et autant on a hâte que notre petite troupe arrive enfin en territoire ennemi pour se mettre à l'abri des menaces de la vie au plein, autant une fois qu'ils y sont parvenus, on a hâte qu'ils en foutent le camp au plus vite. On craint ces "indiens" on ne peut plus malsains. L'un des derniers plans (la place réservée aux femmes enceintes dans cette culture ultra barbare) nous rappelle une dernière fois combien Zahler ne plaisante pas et veut brasser sans relâche son audience.

En cela, il y a du Stephen King dans la manière de chambouler les idées reçues sur des situations, des contextes et des personnages ultra-balisés dans l'esprit collectif. Si BONE TOMAHAWK n'est pas sans défauts : on peut par exemple trouver étrange le choix d'abandonner un personnage-clé à la fin, déjà humainement, mais aussi parce que rien ne prouve qu'il sera apte à accomplir sa tâche.
Mais ceux-ci sont véritablement minimes au regard de l'ensemble du travail de S. Craig Zahler... Son premier film, on le rappelle !



Après le tour de force BONE TOMAHAWK, Zahler revient tranquillement en 2017 avec SECTION 99 (BRAWL IN CELL BLOCK 99) qui pose une nouvelle pierre à son cinéma balbutiant mais déjà maîtrisé : celle du rythme. Car Zahler n'est pas intéressé par les montages syncopés, souvent synonymes de cache-misère en matière de mise en scène. Ici, ses plans sont posés, durent, racontent quelque chose et permettent de rendre palpable le quotidien routinier des personnages. Dans ce film, Zahler continue à se constituer également un petit cercle d'acteurs très solides (Fred Melamed, Jennifer Carpenter, Don Johnson... et bien entendu Vince Vaughn).

SECTION 99 est totalement à part dans la production U.S -- même indépendante, il montre une violence poussive, outrancière et appuyée qui semble tout droit sortie d'un film de Hong Kong de Catégorie 3 ! Son histoire se déroulant en grande partie en prison rappelle d'ailleurs souvent le cultissime RIKI-OH : THE STORY OF RICKY qui était adapté d'un manga, lorgnant vers une sorte de KEN LE SURVIVANT fait avec peu de moyens, certes, mais d'une générosité putassière sans pareil.

L'histoire de ce boxeur déchu tombant toujours plus bas, se mettant dans des situations de plus en plus dangereuses et minables, préfigure celle à venir de TRAINE SUR LE BITUME. Un héros piteux, dépressif, mais pas encore assez pour se laisser enculer par qui que ce soit, qui tabasse du truand, du flic, leur éclatant la tête au sens premier du terme. Enucléation, impacts de balles, membres disloqués : une frénésie gore de tous les instants, qui n'empêche pas Zahler de plaquer l'obsession d'une certaine droiture, d'une certaine justice qui était déjà celles du personnage campé par Kurt Russel dans son précédent film.

Dans SECTION 99, les adversaires du héros
se font littéralement exploser la tronche.

Vince Vaughn montre qu'il est crédible, définitivement, dans un rôle ne prêtant pas à sourire. Les comiques et humoristes sont souvent des personnes avec leurs démons, attirées par les drames, Vaughn ne semblent pas déroger à la règle en venant régulièrement dans un registre sombre -- sa prestation dans la saison 2 de TRUE DETECTIVE étaient extrêmement touchante.

SECTION 99 est un film racé et peu commun dans la production actuelle, qui ne pourra laisser indifférent... Zahler confirme un an plus tard tout le bien qu'on pense déjà de lui.



Nous voici en 2018 avec la sortie de TRAINE SUR LE BITUME : un film au casting à nouveau très plaisant. Aux Vince Vaughn, Don Jonhson, Udo Kier et Jennifer Carpenter vient s'adjoindre Mel Gibson, ni plus ni moins, dans le rôle d'un flic qui végète depuis des décennies, très compétent mais n'étant jamais parvenu à se placer politiquement parlant au sein de sa hiérarchie. Habitant un quartier miteux, il entraîne son collègue et ami (Vaughn) dans une traque de braqueurs de banque... histoire de leur voler le magot. Sauf que ceux-ci sont avant tout de purs psychopathes, tuant pour un oui ou pour un non, dépassant allègrement ce qu'on a pu voir en matière de sadisme dans le cinéma U.S. de ces dernières années...

A nouveau, le rythme lent et des "dialogues de la vie de tous les jours" (toutefois plus profonds qu'en apparence) permettent de rentrer dans un quotidien terre-à-terre, de connaître et s'attacher aux très nombreux personnages, dont certains repartent aussi vite qu'ils sont arrivés. Mention spéciale à cette jeune mère de famille, très marquante... Seule la véritable ordure à la tête du braquage est laissée dans le flou, on en connait peu de choses sinon son absence totale de pitié et de scrupule. Le film fait plus de 2h30, et place consciencieusement les pierres d'un édifice oppressant pendant environ 1h.

De petites gens crédibles de par leurs actions
et leurs lignes de dialogue.

A partir de là, c'est assez simple : on a récemment rarement été aussi tendu en suivant le déroulement d'un film. Encore une fois, parce que Zahler a réussi a poser une règle très simple : personne, aucun personnage n'est à l'abri de finir de la pire des manière, la morale ou la justice n'ayant ici pas plus sa place que dans les précédents films du cinéaste. On peut être une bonne personne dans la vie, et finir cul à l'air avec une balle dans le visage, abandonné dans le trou du cul du monde.

Alors, on est sous pression. On est sous pression dans ce van où finalement, les braqueurs eux-mêmes se divisent en 2 groupes antagonistes, et où une malheureuse otage s'urine dessus. On est sous pression dans cette putain de banque. On est sous pression lors d'une fusillade construite sur un faux-rythme, parce que dans la réalité, tout ne se finit pas vite, et surtout pas proprement. On est sous pression lorsqu'un des personnages ouvre de simples cadenas, éclairé dans la nuit par des phares. Etc, etc...

Zahler maîtrise ses gammes, sait parfaitement où il va et comment montrer pile ce qu'il faut et le temps qu'il faut, nous empêchant de prévoir ce qui va se passer. Et à nouveau au sein d'une violence démesurée, il place des détails, de mini tranches de vie (une demande en mariage et sa réponse) qui agrémentent régulièrement le réalisme de ses personnages. Et nous, on se fait malmener, chambouler, et on finit à nouveau le film exsangue.


S. Craig Zahler ; un auteur a suivre, certainement l'un des plus intéressants de ces dernières années...
A noter qu'avant de faire ses propres films, Zahler aura écrit en 2011 un très bon scénario carré 100% série B : celui du marquant et assez malsain THE INCIDENT, réalisé par le français Alexandre Courtès !


- Arthur Cauras.





vendredi 19 mars 2021

NINJA SCROLL (animé de Yoshiaki Kawajiri, 1993)



NINJA SCROLL
(Yoshiaki Kawajiri, 1993)


Alors qu'un village du Japon féodal est ravagé par la peste, l'un des 8 démons de Kimon massacre une unité de ninjas envoyée pour enquêter. Ne reste que la vaillante Kagero, que le démon est en train d'abuser lorsque le sabreur Jubei intervient. Il se rend compte rapidement que derrière ces exactions se cachent Genma, son pire ennemi, qui aspire à contrôler le pays...

Pour savoir ce qu'est un véritable animé de fou furieux, il faut voir ce NINJA SCROLL, proprement incroyable. Le dernier Chambara (film de sabre japonais), mais aussi le dernier Wu Xia Pian (film de sabre chinois), mille idées à la minute, des personnages originaux et travaillés, du sexe, du gore, la mythologie fantastique du Japon féodal battant son plein.
Le héros est un épéiste expert en Iaïdo (l'art de dégainer), qui fait équipe avec un vieil homme dont la technique consiste à se fondre dans la nature tel un caméléon humain ("intéressant" dira t'il en voyant de loin celle d'un adversaire consistant à se fondre dans les ombres !) et une magnifique jeune femme dont le secret est... d'être vénéneuse ! Lors d'une scène très malaisante, un démon la viole, ignorant qu'il sera mortellement empoisonné.

Avec les personnages de NINJA SCROLL, Kawajiri va au bout
du concept de la dissimulation et du faux-semblant propres
à ces guerriers d'antan.

Face à eux, de multiples adversaires tous plus tordus les uns que les autres : une ninja façon femme fatale dont la spécialité est de piéger ses victimes, dans le sens premier du terme : en leur cousant dans le corps des explosifs et autres bombes ! Un vicieux qui entoure de ses fils invisibles ses proies pour jouer au marionnettiste, un visage géant composé de serpents, ou encore un bossu dont la bosse contient une ruche d'abeilles !... Et on pourrait en décrire comme ça encore des lignes et des lignes.

Kawajiri, véritable génie, découpe ses scènes d'action comme rarement on pouvait le voir à l'époque (et depuis -- même s'il a fait des émules notamment via Guillermo del Toro), accélérant le rythme tout au long de son animé.

Dans une séquence aussi touchante que malsaine,
Kagero retrouve un compagnon d'armes disparu...
horriblement transformé par le clan adverse.

Cette maestria, cet univers où tout est possible (les protagonistes font des bonds de 10 mètres, combattent dans les airs, etc), cette histoire d'amour impossible et très belle entre le héros et sa compagne vénéneuse, cette vengeance viscérale... Ce sont quelques uns des nombreux atouts majeurs du colossal NINJA SCROLL.

Kawajiri (père d'animés Cyberpunks bien salés comme WICKED CITY, CYBER CITY, DEMON CITY, réalisateur de l'adaptation MIGNIGHT EYE GOKU...), a marqué son époque : des visionnaires comme lui manquent clairement dans l'univers des animés contemporains.

- Arthur Cauras.





mercredi 17 mars 2021

O.C.T.B (Kirk Wong, 1994)

O.C.T.B
Organized Crime & Triad Bureau
(Kirk Wong, 1994)



Pour ceux qui en douteraient encore, Kirk Wong était l'un des meilleurs réalisateurs de polars HK pré-rétrocession. "Etait" aussi parce qu'il a levé le pied en 1999, au niveau de sa carrière d'acteur et de réalisateur. Les raisons restent troubles, on peut lire ici et là qu'il aurait été épuisé par le milieu, devant se battre durement à chaque fois pour imposer ses idées. Quoiqu'il en soit, son absence est une grande perte pour le cinéma HK.

Danny Lee dans un rôle de policier... rien ne change à ce niveau !


Un an après CRIME STORY, Wong revient avec O.C.T.B, une véritable claque... Une histoire simple et carrée, où la police poursuit les criminels, point barre. Ce qui est intéressant et sort de l'ordinaire, c'est le traitement des uns et des autres, jouant la même carte que celle du confrère Ringo Lam : aucun personnage n'est vraiment manichéen. 
Déjà, les policiers qui ouvrent le feu en pleine rue, avoinent et torturent des suspects au sein du comico, devant rapidement nettoyer ce bordel quand l'inspection fait des visites surprises. Se retrouvant ainsi entre le marteau et l'enclume (la police des polices et les truands), il s'inventent des excuses farfelues pour expliquer les traces restantes de leurs exactions... Un flic se met même à uriner debout sur la flaque d'eau restante de la torture précédente, arguant des problèmes de vessie !


Mais surtout, c'est le groupe des criminels qui est traité intelligemment et de façon inattendue. Le couple tragique formé par le bad guy joué par le toujours excellent Anthony Wong et la très touchante Cecilia Yip ne peut que marquer par son réalisme.
Un flashback nous montre comment ils se sont rencontrés (condamnant au passage le traitement de la femme à HK; une femme violée doit en plus se taire), expliquant comment et pourquoi cette fille à la vie dissonante accepte dans le temps le comportement volage de son compagnon, atteint d'hypersexualité compulsive.
Cette admiration démesurée envers le seul homme qui l'a jamais considérée (à sa manière), ajoutée à de très belles idées oniriques (la scène nocturne des bâches et de l'eau de pluie), nourrit une crédibilité dans le traitement de ce duo qui nous le rend vraiment attachant.

Alors une fois prise la mesure des uns et des autres, ayant permis de les montrer tout simplement humains dans leurs qualités et leurs travers (on peut aussi la prise d'otages dans l'hôpital), on serre forcément les fesses pour eux lors du climax qui est juste époustouflant, avec Danny Lee poursuivant à pieds le véhicule des truands, déclenchant une énorme fusillade dans les rues de Hong Kong.
Cecilia Yip arrive à retranscrire la déperdition de son personnage, le fait que le contrôle fragile de sa vie si difficilement regagné s'effrite à nouveau, alors qu'elle se fait toucher par balles.

Un couple tragique et poignant, vivant au jour le jour.

La fin du méchant, qui préfigure des années en avance celle de de FULL ALERT (Ringo Lam, 1997), termine d'en faire un film incontournable... un parmi tant d'autres.

Facile de penser que Michael Mann avait connaissance de cet O.C.T.B en pensant à son HEAT, même si les deux résultats sont forcément différents : un traitement terre-à-terre avec caméra à l'épaule pour Wong, une image plus léchée pour Mann.
Cette scène très chaotique et filmée en pleine rue au milieu des badauds n'a été possible que par le fait que Danny Lee ait de très bons rapports avec la police locale depuis des années. Même John Woo n'arrivait pas réussi, à l'époque d'A TOUTE EPREUVE, et avait du ré-écrire le climax de son film.

O.C.T.B : un des meilleurs polars HK, à voir toute affaire cessante.
Dire que cette époque du cinéma de Hong Kong manque est un euphémisme.

- Arthur Cauras.





samedi 13 mars 2021

ALIEN VS PREDATOR : Thicker than Blood (comics)

ALIEN VS PREDATOR :
THICKER THAN BLOOD
(dispo chez Vestron)



Quelle surprise que cette "petite" parution de la saga ALIENS.

Déjà et c'est subjectif, les 2 films me sont assez insupportables - particulièrement le 2ème, REQUIEM, dans lequel Jean-Kévin se demande où il a bien pu perdre les clés de sa caisse et comment il va pouvoir froliquer avec Brenda, la petite pom-pom girl du lycée, entre 2 attaques d'Aliens dans la piscine municipale du coin.
Ensuite, parce que je ne suis pas particulièrement fan des cross-overs comics Alien/Predator en général.

En effet, le problème est qu'on a d'un côté la saga ALIEN, soit de la SF visant plus un public adulte, "cultivé" de moult références de SF de toutes sortes, allant même jusque dans l'illustration avec Métal Hurlant, Moebius ou encore bien entendu HG Giger, et qui est clairement plus de l'ordre du film d'horreur que de l'actionner. Avec une mythologie extrêmement riche, passionnante et complexe, brassant l'organique (humain, extra-terrestre), le synthétique, les questions existentielles (humaines et synthétiques)... Le tout s'étant réinventé sans relâche en 5 films (6 si on est conciliant avec le 4)... Un bagage on ne peut plus puissant dont on n'a pas encore fait le tour de nos jours ! D'où l'avidité des fans - comme moi - qui sautent sur tout ce qui bouge niveau comics, afin de se sustenter régulièrement (au moins un peu).

De l'autre on a la saga PREDATOR : le premier est un des meilleurs films fantastiques qui soit, mais dont la mythologie ne peut absolument pas rivaliser avec celle d'ALIEN. Et ce n'est pas ce qu'on lui demande ! Ici, il est question d'un extra-terrestre belliqueux féru de chasse à coure, choisissant avec méticulosité son gibier parmi ce qu'il y a de plus dangereux dans la galaxie, pour l'adrénaline. Dans le 1er film, il s'offre une unité de mercenaires mais se casse les dents sur le dénommé Dutch qui, une fois régressé à l'âge de pierre, parvient à le blesser mortellement, se rendant compte que ce salopard est en plus mauvais perdant : il déclenche une petite explosion atomique des familles pour se venger. Les suites n'arriveront jamais à réinventer quoique ce soit de vraiment transcendant, même si chacune a son intérêt et garde un potentiel sympathie. Ce sera toujours le même canevas : des durs à cuire sont opposés à des Predators venus les chasser... sur la musique d'Alan Silvestri sans cesse replaquée bêtement. Point barre.



Le problème est que le mélange entre ces 2 univers est branlant de base. Le Predator étant humanoïde, avec en plus certaines caractéristiques humaines (la vengeance, le goût de l'adrénaline, la loyauté, etc), on ne peut que tomber dans un rapprochement Predator / Humain, chose impossible avec l'Alien qui est bien plus proche de l'animal, instinctif, qui ne tue pas pour se distraire.
Et ça ne rate jamais, à mon grand désarroi, on a toujours droit dans ces cross-overs à des Predators "checkant" un humain, faire alliance, et cette "bromance" inter-race est juste bidon et ne fait pas sérieux.

Bref. J'ai posé le décor.

Venons-en à ce comics ALIEN VS PREDATOR : THICKER THAN BLOOD. Forcément à la commande, on imagine le cahier des charges : on veut du predator, de l'alien bien sûr, mais aussi de l'humain et du robot (Synthétique). Le comics commence assez mal avec une première page indigne d'un manga bon marché mais soulagement dès qu'on la tourne, cette page : il s'agit justement d'un dessin animé qu'un jeune garçon regarde en boucle... Jeune garçon qui est un synthétique, le "petit frère" de l'héroïne, une adolescente. Idée totalement inédite dans les sagas filmiques et papier, et très bonne de surcroît.
La relation entre le frère et la soeur est l'intérêt premier de ce comics, avec la fille le repoussant au départ, et lui s'accrochant car programmé pour ça, avec l'évolution qu'on imagine mais restant très touchante.

Le petit frère synthétique est le meilleur personnage de ce comics.

On n'échappe pas au Predator qui va se lier d'amitié avec le duo juvénile, après avoir décanillé de l'humain à tue-tête (jurant avec le mode opératoire habituel des Predators car ceux-ci n'ont pas été menacés) et s'être fait écharpé par un alien libéré dans son vaisseau. Mais la sauce prend plutôt bien, et on se plaît à suivre le parcours de ces trois-là. Et on finit assez ému par ce qu'il advient du petit synthétique.

Chez Vestron, ils ont certes mieux pour apprécier à sa juste valeur l'univers comics ALIEN : ALIEN PERDITION, APOCALYPSE ou encore la saga originale en 3 tomes, toujours aussi forte.
Mais la qualité de ce "one shot" dans le concept ALIEN VS PREDATOR donne envie d'en voir d'autres de ce goût-là !


- Arthur Cauras.






https://vestron.wetta-sunnyside.fr/1103/avp-alien-vs-predator-thicker-than-blood/