mardi 19 juillet 2022

AVENGING FORCE (Sam Firstenberg - 1986)




AVENGING FORCE
(Sam Firstenberg - 1986)

Vendu fallacieusement en France comme suite d’AMERICAN WARRIOR, l'un des fameux films de ninjas ayant fait la gloire de la Cannon, AVENGING FORCE était à la base prévu pour être une séquelle à INVASION USA avec Chuck Norris. L’autre star de la Cannon, Michael Dudikoff, reprend le flambeau dans cette histoire le mettant aux prises avec le Pentacle, un groupuscule de suprémacistes blancs chassant le chaland dans les marécages de Louisiane, entre deux attentats contre un candidat noir (Steve James !) au poste de sénateur…

Ici, on ne s’embarrasse pas des « détails » (Dudikoff cavalant comme un lapin alors qu’un carreau d’arbalète lui a transpercé la cuisse), et on va droit au but : l’action, généreusement présente tout comme le manque de finesse de cette entreprise, dans la lignée de ce que produisait les fameux cousins Menahem Golan & Yoram Globus.

                           

Le style des chasseurs très comics book d’époque n’est pas toujours très heureux, et les combats ainsi que la direction artistique accusent souvent leur âge. Mais si l’on se fade par exemple un chasseur adepte de Kendo qui ne touche pas une bille dans cette discipline, on est par ailleurs gâté par le catcheur semblant tout droit sorti de MAD MAX 2, se saisissant de Dudikoff et jouant avec lui comme si c’était un mannequin de lutte. Les techniques spectaculaires qu’il lui inflige ont d’ailleurs du laisser quelques séquelles au cascadeur lors du tournage, notamment le moment où celui-ci est balancé de toute sa hauteur les reins sur un tronc d’arbre ! Le leader du groupuscule (joué par le génial John P. Ryan) utilise quant à lui un garrot à tourniquet métallique qui n’est pas sans rappeler un passage atroce du futur CARTEL de Ridley Scott.

Le dernier acte renvoie quelque part au séminal LES CHASSES DU COMTE ZAROFF, avec son affrontement final au sein d’une demeure cosy. On y solde les ardoises façon duellistes, attendant le signal pour se rentrer dedans à coups d’armes médiévales ! Le tout se clôturant sur une fin ouverte appelant une suite qui ne verra jamais le jour.


L’ambiance pluvieuse des traques dans le bayou, assez cinégénique, évoque le SANS RETOUR de Walter Hill, et on est régulièrement surpris par le sadisme du film, avec ses massacres n’épargnant pas les enfants… le tout sur une musique rythmée pompant régulièrement celle du chef d’oeuvre POLICE FEDERALE, LOS ANGELES. Tous ces emprunts / pompages terminent d'apposer le sceau de la Cannon à cet AVENGING FORCE, tant les films de la firme étaient souvent conçus tels des créatures de Frankenstein !

Michael Dudikoff expliquera qu'il aura été rudoyé sur le tournage, notamment dans les séquences se déroulant dans les marécages, avec la pression de la faune locale (des alligators, des serpents d'eau), les joutes à mains nues qui lui coûteront un morceau de son lobe d'oreille, et par le fait de rester détrempé du petit matin au soir... Son implication se sent, et participe à faire d'
AVENGING FORCE un bis pour les nostalgiques de vidéoclub, qui n’ennuie jamais.

- Arthur Cauras.


nb : ce sujet est issu de mon article "Proies et chasseurs : les films de chasse à l'homme", présent dans le livret collector de l'édition limitée de la VHS box CHASSE A L'HOMME éditée chez ESC éditions à 1000 exemplaires, aujourd'hui épuisée.



mercredi 13 juillet 2022

MEN (Alex Garland, 2022)




MEN
(Alex Garland, 2022)


Impossible de s'imaginer, même avec le trailer, combien le nouveau film d'Alex Garland (scénariste de 28 JOURS PLUS TARD, LA PLAGE, SUNSHINE...) va aller loin, très loin, aussi loin qu'aucun film occidental sorti au cinéma ne l'a peut-être jamais été.

Tout comme de ses précédentes oeuvres (EX_MACHINA et ANNIHILATION), il resort de son nouvel effort un savant mélange entre le psychologique et la froideur clinique évoquant l'étude scientifique. Descendant d'un grand scientifique salué par un prix Nobel, et de psychologues, le constat fait sens.


Dans MEN, Garland nous fait suivre la tentative de reconstruction d'une femme qui a vu son mari se suicider après qu'elle lui ait annoncé sa volonté de divorcer. Elle part donc seule au fin fond de la campagne anglaise, dans un bled de 5 pèlerins où elle loge dans une grande demeure.

Alors qu'elle semble reprendre goût à la vie au contact de la nature, des éléments perturbants font leur apparition, dont l'un des moindres n'est pas cet homme nu totalement disgracieux qui se dresse face à elle en pleine forêt, puis la suit pour se coller aux fenêtres de sa maison, avant d'être interpellé par la police. Commence alors une succession de heurts avec le peu de population locale, de sentiment d'incompréhension et d'injustice, tandis que certains événements tendent vers le surréalisme, le grotesque puis le fantastique pur... L'héroïne rêve t'elle tout ça, est-elle à ce point à la dérive mentalement, combien est-ce ancré dans la réalité ? Pourquoi les figures masculines semblent plus ou moins avoir le même faciès ? Est-ce une métaphore de la soumission des femmes à l'homme dans notre société contemporaine ? Ou une métaphore d'une culpabilité beaucoup trop lourde à porter ?

Peut-être un mélange de tout ceci... Il est tout à fait possible et juste que 2 spectateurs y voient 2 interprétations diamétralement opposées.


Paresse ou incompétence d'écriture de la part d'Alex Garland ? Absolument pas, le scénariste / écrivain / réalisateur anglais est au contraire d'une intelligence et d'une précision rares dans son travail d'auteur, et nous enfonce dans une situation dégénérescente s'écroulant sur elle-même à mesure que le temps s'écoule façon cauchemar, se démantelant pour finir dans une apothéose chaotique et organique, recrachant le traumatisme initial... Honnêtement, on a rarement vu un équivalent sur grand écran. Il faut aller lorgner du côté de la petite lucarne des années 90, pour repenser à certaines images de la série TV THE KINGDOM de Lars Von Trier, ou de certains japanimes type Yoshiaki Kawajiri. Le réalisateur, quant à lui, avoue une référence : celle du japanime L'ATTAQUE DES TITANS, pour l'attitude, la posture et la façon dérangeantes de se mouvoir de certains personnages.

Garland parvient à nous mettre dans la peau de quelqu'un au bout du rouleau (quelqu'en soit la raison), qui n'en peut plus, mais qui est forcé d'encaisser continuellement des charges de plus en plus intenables.
En l'état, on sort de la salle complètement chamboulé. On tente de reconstituer ce qu'on vient de voir, la complexité de l'ensemble et les multiples possibilités d'interprétations, donc, et ça appelle à quelque chose qui n'existe quasiment plus depuis bien longtemps : le débat à la sortie de la salle. Ce n'est pas le moindre des tours de force de Garland, à une époque où les sentiers battus sont le chemin des films de cinéma, où les producteurs ne veulent pas prendre de risques... c'est assez incroyable et porteur d'espoir de voir un coup d'éclat tel que MEN en 2022.


Alex Garland, c'est véritablement un sans-faute. En plus d'être un storyteller de haut niveau, il a des thématiques récurrentes qui lui forgent une véritable filmographie homogène depuis ses débuts, entre la figure de la femme forte, l'attirance par la pulsion de mort, la toxicité des rapports humains, une mélancolie certaine, et ce fameux mélange psychologie / science dure qui façonne chacun de ses scénarios et films.

Il fait partie des rares réalisateurs actuels dont tout nouvel effort est à ne surtout pas rater.


- Arthur Cauras.




dimanche 22 mai 2022

LOVE + DEATH + ROBOTS, volume 3 (Tim Miller, 2022)


LOVE+DEATH+ROBOTS
volume 3
(créé par Tim Miller, 2022)

Personnellement très fan des 2 premières saisons, il me tardait de découvrir la 3ème de cette série de Tim Miller, qui ressemble finalement bien à son créateur cinéaste, quand on prend en compte ses DEADPOOL (action + humour gras) et TERMINATOR : DARK FATE (action + SF + drame).

Dans ce volume 3, certains épisodes sont moins réussis que d'autres (je passerai sous silence l'embarrassant "ALLEZ FEU!"), et c'est quelque part le jeu de toute anthologie.
Mais on retiendra surtout 2 chefs d'oeuvre et plusieurs coups d'éclat...


"LE POULS BRUTAL DE LA MACHINE", qui traite de la survie d'une cosmonaute devant trainer le cadavre de sa collègue morte sur la lune de Jupiter, est magnifique, hypnotique et transcendant, usant de certains codes de la SF, dont le flou de perception entre réalité, délire et fantasme. Le parcours de l'héroïne, un véritable chemin de croix, montre en effet son obligation d'absorber régulièrement des substances pour se maintenir en vie, substances aux effets secondaires psychotropes. 
Alors qu'elle perd espoir et qu'elle est sous pression, sous l'effort, elle s'imagine (ou pas) sa camarade converser avec elle, tandis que l'environnement autour d'elle change, illustrant les propos de la lune elle-même, mais aussi la déperdition de l'héroïne. Ce bijou rappelle aussi bien les chefs d'oeuvre SOLARIS de Tarkovski, ANNIHILATION de Garland, que la bd ludique LA PLANETE AUX 1000 PIEGES pour ses "décors organiques".


Une véritable réussite... c'est ce qu'on pense aussi de la nouvelle tuerie de Alberto Mielgo, "JIBARO", qui avait pondu le meilleur épisode de la saison 1, "THE WITNESS". On se répète et on insiste, mais ce réalisateur doué de très solides compétences dans le domaine de l'animation, est un véritable génie. 
Il connait et maîtrise tous les aspects de la narration : sa mise en scène est atypique et en même temps totalement immersive. Ici, il montre le massacre d'une unité de Conquistadores par une sirène dans un lac perdu en pleine jungle... mais l'un des soldats est sourd et muet, et une relation étrange va naître entre les 2 individus. Il y a tant à dire sur le travail de Mielgo qu'on ne saurait par où commencer : c'est vertigineux.
Le character design, la scénographie des scènes équestres et de danse de la sirène, la musique absolument superbe, le sound-design travaillé comme rarement (jouant sur le fait que le héros soit sourd), le choix des focales, la rythmique du montage, l'étalonnage et l'éclairage de certaines scènes (la nuit façon nightshot, la détérioration du capteur pour signifier la folie ou la souffrance...)... Mielgo utilise absolument tous les outils de la fiction pour nous attraper dans sa toile d'araignée, et nous narrer une nouvelle métaphore de l'amour toxique, après son excellent "THE WITNESS".
En effet, sa première incartade ne relatait rien d'autre que l'aspect anéantissant d'une relation amoureuse toxique, sous forme de boucle en 3 temps, quand la dernière flamme s'éteint et fait perdre les pédales, transformant celui qui part en nouveau futur péteur de plombs. Dans "JIBARO", on peut lire la déception amoureuse entre deux êtres qui ne cherchent au final pas la même chose, quand bien même ils se sont trouvés initialement de par leur singularité : l'un est porté sur les sentiments et le besoin d'attention tandis que l'autre capitalise sur le matériel et la nécessité d'autonomie. On peut aussi y voir une image de la femme en tant qu'objet de fascination total auquel on ne peut résister (la scène du striptease absolument hypnotisante dans "THE WITNESS" et bien entendu, les scènes de manipulation psychique via le cri de la sirène dans "JIBARO"), avec les désastreuses répercussions allant de pair.
Des messages en sous-truchement de texte autant brillants que fascinants, dans le sens où le spectacle reste total même si on ne les voit pas.
Voilà donc un auteur maîtrisant pleinement la forme et le fond, que l'on espère réellement revoir au plus vite. L'un de ses derniers animés, le très beau "THE WINDSHIELD WIPER" (là encore au sujet de l'amour), a juste gagné l'Oscar du meilleur film d'animation !


A côté du retour sympa des "TROIS ROBOTS", relatant les dérives fatales de la race humaine façon jobards accoudés au comptoir d'un PMU, et de la guerre rurale entre "LES RATS DE MASON" contre une machine en forme de scorpion (histoire qui malheureusement ne mène à rien), L+D+R nous envoie sans prévenir une autre pépite : "LA NUIT DES PETITS MORTS".
Un concept, une mise en images et une histoire aussi simples qu'efficaces. Tout est en plan large, les séquences s'enchaînent comme autant de photos animées, légèrement accélérées (voix y compris), montrant comment un couple forniquant dans un cimetière déchaîne une malédiction ramenant les morts à la vie... beaucoup d'humour dans ce traitement permettant de prendre du recul face à une catastrophe planétaire, dont le final nous remet à notre juste place.
"L'ESSAIM" et "MAUVAIS VOYAGE" sont tous les deux prenants et originaux à leur manière. Dans le premier, un scientifique entre dans une sorte d'écosystème extraterrestre millénaire, pour y observer ses forces et qualités, accompagné d'une autre scientifique déjà présente "sur les lieux". Les formes de vie tiennent de la créature sous-marine, et les héros se déplacent fluidement comme s'ils nageaient, un peu à la manière du protagoniste de GANDAHAR au sein du Métamorphe.
Dans "MAUVAIS VOYAGE", un marin fait un pacte avec une monstruosité à l'apparence de crabe géant qui massacre l'équipage. Le crabe communique avec le marin par le biais du tronc d'un mort, et demande a être débarqué sur une île en échange de lui laisser la vie. L'atmosphère est anxiogène, et on redoute tout ce qui se passe dans la cale où se retranche la créature. Il est donc très dommage, comme pour "L'ESSAIM", que les enjeux ne soient pas plus captivants, et surtout que la fin ne soit pas à la mesure de ce qui a précédé, nous faisant rester sur un léger sentiment de frustration.


Ce n'est pas le cas de "DANS L'OBSCURITE DES PROFONDEURS", qui commence comme un film de guerre avec troupe d'élite américaine à la poursuite d'ennemis ayant capturés un otage. A peine entrés dans la grotte où se sont engouffrés leurs cibles, il retrouvent l'otage totalement décharné... "Mais quelle arme peut faire ça?". Ils le découvrent rapidement, et tandis que l'escouade se fait inexorablement massacrer, ils pénètrent au plus profond de la terre, avant de tomber nez-à-nez avec le noeud de leur problème... Comme régulièrement dans l'anthologie, une histoire qui pourrait être sortie du wargame Warhammer 40,000. Sensation de grandeur, d'infini, métaphysique et fin bien méchante font de cet épisode un incontournable de la série.

Ce retour de la série SF animée de Netflix est donc une vraie réussite, méritant largement d'être vu. Et revu !


- Arthur Cauras.



Article sur les 2 premiers volumes :

TRAILER VF



vendredi 13 mai 2022

LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 (Brian Trenchard-Smith - 1982)

LES TRAQUÉS DE L’AN 2000

(Brian Trenchard-Smith - 1982)


Deux semaines avant le tournage, le budget de 3,2 millions de dollars de TURKEY SHOOT (titre original) se voit amputé de 700,000$ après le départ d’un investisseur, réduisant les 44 jours de tournage initiaux à 30. Le réalisateur Brian Trenchard-Smith (dont c’est le bijou) va tout faire pour utiliser cette pression à bon escient.

En résulte un film branque et exalté, l’un des plus beaux fleurons de l’Ozploitation, ces films d’exploitation made in Australie brassant large, dont il compile (quasiment) toutes les caractéristiques extrêmes : gore, fusillade, torture et scènes de nu racoleuses.


LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 dépeint un futur dystopique où l’on envoie les dissidents du régime dans un camp de redressement tenu d’une main de fer par le cruel… Charles Thatcher - on rappelle que le réalisateur est anglais ! 

On est face à un mélange film de prison / Science Fiction et même film de guerre, essaimé d'un humour d’une rare subtilité (on aime particulièrement s’attaquer aux parties génitales dans TURKEY SHOOT). Vous prendrez bien en plus une petite chasse à l’homme ?

A la moitié du métrage, Trenchard-Smith sort donc ses héros du camp (dont même les matons sont castrés afin d’être frustrés et donc plus méchants !) et les lâche dans la nature, pourchassés par des vilains sortis d’une bande-dessinée bon marché, dont un homme-loup pratiquant de lutte évadé d’un cirque, et grignoteur d’orteil !


Générosité à tous les niveaux, même pyrotechnique.

Immolation de détenu, agression sexuelle, corps coupé en deux au tractopelle, amputation de deux mains braquant un pistolet, corps pulvérisé à la mitrailleuse lourde, combat entre dizaines de figurants armés, aviation de guerre déployée : on en a pour notre fric, comme dirait l’autre. LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 est une joie de tous les instants, pour ceux qui savent apprécier les péloches déviantes de ce type.

Quand on a reproché à Brian Trenchard-Smith : « Comment avez-vous pu faire ça ? », il a répondu tout simplement : « Pour que mes investisseurs retrouvent leur argent. » CQFD.

Quentin Tarantino a témoigné tout son amour pour ce film lors de la première de KILL BILL, et il s’en est clairement souvenu pour camper son personnage de militaire libidineux finissant les testicules en compote (décidément !) dans PLANET TERROR… film rendant par ailleurs hommage au cinéma d’exploitation !

« La révolution commence avec les marginaux », conclue le film… En tout cas, elle se fait dans une violence putassière des plus jubilatoires.


"Chéri, ça va couper !"

Le film a été remaké en 2014, hélas de bien piètre manière. Sous le titre ELIMINATION GAME, ce DTV est en réalité plus une malheureuse relecture de RUNNING MAN, avec un Dominic Purcell en militaire piégé par ses supérieurs et plongé dans un jeu de télé-réalité, où il est poursuivit par de piteux spécialistes martiaux. Avec son montage syncopé et son action improbable, ELIMINATION GAME ne rend justice ni à l’une ni à l’autre de ses deux sources. 

LES TRAQUÉS DE L’AN 2000 sort le 26 Mai 2022 chez Rimini,  en édition Blu-ray / DVD limitée, avec un nouveau master Haute définition et moult suppléments. A acquérir toutes affaires cessantes !

- Arthur Cauras.



nb : ce sujet est issu de mon article "Proies et chasseurs : les films de chasse à l'homme", présent dans le livret collector de l'édition limitée de la VHS box CHASSE A L'HOMME éditée chez ESC éditions à 1000 exemplaires, aujourd'hui épuisée.




TRAILER VO


mercredi 27 avril 2022

LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES (Luàna Bajrami, 2021)

LA COLLINE
OÙ RUGISSENT
LES LIONNES
(Luàna Bajrami, 2021)

Trois jeunes filles d'une vingtaine d'années galèrent dans un petit village au Kosovo; elles vont chercher a se faire de l'argent en commettant des larcins. Voici ce qui pourrait résumer ce premier film de Luàna Bajrami, à la base comédienne. Un film riche et nostalgique, mû par l'oisiveté de ses protagonistes et leur volonté de se battre contre un futur mal engagé.

Ce qui ressort du métrage est sa faculté a rester sur le fil du rasoir concernant de nombreux points, sans basculer dans certains travers. Les personnages sont tous désoeuvrés, tristes, avec des fardeaux plus ou moins lourds à porter : Li (Era Balaj) a la responsabilité de réussir ses futures études pour sortir sa mère et ses trois frères de la misère, Qe (Flaka Latifi) a un père violent et une mère qui ne la comprennent pas, et Jeta (Urate Shabani) se fait abuser par son oncle chez qui elle vit depuis le décès de ses parents. 
A côté de ça, les filles sont donc des galériennes : c'est l'été et il n'y a rien à faire dans ce trou perdu, elles cherchent à tuer l'ennui et volent de l'argent pour ne pas échouer comme leurs familles enfermées dans cette prison à ciel ouvert. 
Sur le papier, on pourrait s'attendre à ce que LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES sombre dans le patos ou dans l'ennui que vivent ses héroïnes, mais c'est sans compter son côté solaire prépondérant.


Parallèlement à son rythme souvent contemplatif, le film irradie sans relâche d'une énergie communicative qui retranscrit celle qui est la nôtre à nos 20 ans, lorsqu'on se sent différent ou qu'on cherche à l'être, qu'on refuse les chemins tracés pour nous à l'avance, que ce soit par la société, la famille ou le destin. 
Lorsqu'on découvre l'amour et qu'on se cherche sexuellement. Lorsqu'on fait des choses dangereuses pour se sentir toujours en vie, pour goûter à l'adrénaline.
La réalisatrice met la loupe sur des personnages coincés dans cet âge où on n'est plus un enfant mais pas encore un adulte, qui certes doivent faire face à des problèmes graves, mais continuent inconsciemment à s'amuser et agir comme les adolescents innocents qu'ils sont encore en bonne partie.
On sourit régulièrement, que ce soit par le biais de dialogues (la réponse des filles aux deux grandes qui leur font des réflexions sur leurs habits bon marché) ou leurs délires (la fausse course dans la jaguar). Et on s'évade avec elles lors de virées en voiture (volée), en boîte de nuit, ou encore à la plage où ces lionnes tuent le temps en se faisant bronzer et en s'ébrouant dans l'eau.

Je place personnellement LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES dans le rang des films les plus justes traitant de l'amitié, comme KIDS RETURN (Takeshi Kitano, 1996) ou encore STAND BY ME (Rob Reiner, 1986). Le plus intéressant étant que la réalisatrice ne connait pas ces films, ne copie personne et livre un film véritablement personnel. Formule éculée de nos jours, mais pourtant bel et bien applicable ici.
La réalisatrice est également devant la caméra, dans un rôle permettant un contrepoint sur la solitude et la thématique du bonheur.

Il y a une véritable intensité de tous les instants dans le jeu des trois comédiennes principales, dont les rôles ne sont pas faciles. A côté de ça, des adultes au plus jeune des figurants, en passant par la petite soeur d'une des héroïnes, tout les gens devant la caméra sont irréprochables et c'est l'un des gros points forts du film, qui lui injecte cette crédibilité de tous les instants. C'est d'autant plus bluffant qu'on parle de très jeunes gens sans aucune expérience dans le cinéma ou presque, et que c'est le premier long-métrage de Luàna Bajrami, âgée de 18 ans sur le tournage ! 
C'est ce qui se passe quand des comédiens ont un véritable moteur faisant qu'ils ne trichent pas face à la caméra, et qu'une réalisatrice à quelque chose à faire passer... à bon entendeur.


LE TOURNAGE

J'ai été appelé en Septembre 2019 pour venir au Kosovo aider à la confection de séquences d'action, le film comportait à l'origine deux bagarres de rue à régler et à sécuriser. Bien sûr, ça fera promotionnel de le dire, mais j'ai immédiatement été conquis par l'énergie des techniciens et des acteurs du film. Du haut de mes 38 ans, je faisais partie des rares "plus vieux" de l'équipe, et j'ai énormément apprécié le côté spontané de l'entreprise. Ca fonctionnait quotidiennement à l'énergie et à la débrouille, et c'était très galvanisant.
Voici les dessins de la rixe dans la piscine que j'avais pensée pour Luàna Bajrami, avant qu'on ne la répète et qu'on ne la filme. Là encore, ça passera pour de la démagogie, mais je tiens à souligner l'implication totale des acteurs, particulièrement des trois jeunes comédiennes qui ne se ménageaient pas. La deuxième bagarre se déroulait à la fin du film, conclusion qui a été en bonne partie retravaillée en post-production pour finir sur une note réflexive qui, de mon point de vue, élève encore le niveau de LA COLLINE OÙ RUGISSENT LES LIONNES.

- Arthur Cauras.







jeudi 21 avril 2022

VAN DAMME : Les meilleures éditions DVD & Blu-ray

 




JEAN-CLAUDE VAN DAMME :
Les meilleures éditions DVD & Blu-ray
(ESC, Studio Canal, Metropolitan...)


J'ai fait une revue de la filmographie de Jean-Claude Van Damme, via les éditions de ses DVD et Blu-ray sorties en France et à l'international. J'y donne aussi quelques anecdotes de fabrication, d'obtention de droits, de tournages des bonus que je fais pour ESC éditions ("Van Damme : le Poing sur sa carrière"),etc... 

Sommaire : 
00:42 Karate Tiger 
01:41 Full Contact / Lionheart 
03:52 Replicant / In Hell 
06:20 Bloodsport 
07:33 Timecop 
08:42 Cyborg 
12:45 Slinger (Cyborg director's cut) 
15:12 Double Impact 
18:19 Kickboxer 
19:47 Street Fighter 
21:45 Universal Soldier 
22:02 Universal Soldier - Regeneration 
24:26 Universal Soldier - le Jour du Jugement 
27:00 Double Team 
30:17 Piège à Hong Kong 
31:26 J.C.V.D 
33:05 Chasse à l'Homme 
38:42 Risque Maximum 
41:37 Coups pour Coups 
43:30 Wishlist





mercredi 13 avril 2022

LA HORSE (Pierre Granier-Deferre, 1970)



LA HORSE
(Pierre Granier-Deferre, 1970)


Un film rondement mené de bout en bout de ses 70 minutes, par un Granier-Deferre toujours prompt à étudier la cellule familiale dans ses dysfonctionnements et surtout ses aptitudes à tenir dans la difficulté la plus extrême.

Ici, le petit fils (Marc Porel) d'un vieux propriétaire terrien (Jean Gabin) est lié à une affaire de drogue en Normandie, et cache de l'héroïne (la horse du titre) dans l'un des abris de chasseur de son grand-père. Lorsque ce dernier la découvre, il la détruit sans chercher à discuter, sous les yeux effarés du jeune... Le dealer ne tarde pas à se pointer, et à peine a t'il eu le temps de menacer le vieil homme qu'il prend un double coup de carabine dans le buffet.

La Normandie, le passé de Gabin au sein de la Seconde Guerre Mondiale (il a combattu en Afrique du nord et a eu la Croix de Guerre), tout ceci donne immédiatement du corps à ce personnage et à cet environnement pur qu'il convient de défendre.

Tandis que le patriarche mène d'une main de fer les hommes de la ferme (ses gendres qu'il ne considère pas vraiment faire partie de sa famille, car étant "pièces rapportées"!) pour masquer le meurtre -- dans une fosse à la chaux vive, le reste de la bande de criminels fait son apparition.
Mettant une pression graduelle pour récupérer quelque chose qu'ils ignorent déjà détruit, ils brûlent une grange, puis tue une vingtaine de bêtes, avant de carrément s'introduire dans la ferme et de violer la jeune fille de la famille. Entre ces méfaits, des coups de téléphone menant toujours au même résultat : le refus implacable du patriarche, et la montée crescendo dans la violence... tandis que la gendarmerie vient régulièrement enquêter, puis interroger les membres de la famille.


Le personnage de Jean Gabin est magistral, une vraie tête de bois qu'on imagine fatalement devoir ployer à un moment donné, mais qui ne lâche absolument rien face aux intimidations. Une détermination mêlée à une obstination à vouloir régler les choses en famille (il repousse sans cesse l'aide des forces de l'ordre) qui fascine, d'autant qu'au final, on comprend que cet état d'esprit se passe bel et bien de père en fille,... et de père en petit-fils, quand bien même ce dernier a été "corrompu" partiellement par la vie citadine, refusant de reprendre la ferme pour se lancer dans des études aux Beaux Arts et en psychologie !

On a affaire à un véritable Vigilante campagnard français, au rythme à première vue lent mais régulièrement éclaté par ses éclats de violence et la tension liée à l'enquête et au tiraillement des dealers.
Le dernier plan résume tout le propos, un lent travelling s'approchant d'une grande tablée où tout le monde a repris sa vie normale (parce que c'est comme ça), finissant sur les épaules du patriarche qui la préside.

- Arthur Cauras.




mardi 5 avril 2022

LE PRIX DU DANGER vs. RUNNING MAN (1982, 1987)



LE PRIX DU DANGER

vs. RUNNING MAN

(Yves Boisset, 1982 / 

Paul Michael Glaser, 1987)

 


Ces deux long-métrages sont inextricablement liés par bien des aspects. A la base, une nouvelle d’une vingtaine de pages de Robert Sheckley : The Prize of Peril (1958), racontant les dernières heures de vie d’un participant à un jeu télévisé futuriste, où la mort est mise en spectacle. Après une adaptation télévisée allemande, LE JEU DES MILLIONS, la nouvelle attire l’attention du réalisateur français Yves Boisset, qui en achète les droits et livre un film d’une noirceur et d’un cynisme particulièrement glaçants : LE PRIX DU DANGER. Notamment via les commanditaires de ce jeu macabre, qui en légitiment l’existence par le fait que selon eux, il libère les spectateurs de leurs pulsions de violence… Les jours de diffusion de l’émission, la délinquance est inférieure à la normale, comme en temps de guerre. A les croire, une véritable entreprise de salubrité publique ! 

Boisset est fidèle au matériau de base et ancre son histoire dans le réel, avec mise en scène sans emphase, caméra épaule, décors urbains déprimants, dans lesquels le héros doit fuir ses poursuivants, comme lui des chômeurs n’ayant plus rien à perdre… Le tout rythmé par un présentateur façon Léon Zitrone décadent, déclenchant la haine de la foule envers le héros entre deux rappels faussement concernés sur la famine au Tiers-monde ! Les vrais présentateurs de l’époque le prendront d’ailleurs pour eux et priveront le film de promotion dans leurs émissions… Tous ces personnages sont au final les marionnettes du même système totalitaire, qui les endort avec leur télé-réalité aussi outrancière que stupide. Un film pour beaucoup visionnaire. 


Gérard Lanvin en monsieur-tout-le-monde plongé
dans un jeu macabre qui ravit et abruti la population.

Dans la nouvelle de Sheckley, il y a un humour qu’on ne retrouve pas dans le film de Boisset… Mais dans le roman Running Man de Stephen King, aussi sombre soit-il. Edité en 1982 après avoir pris la poussière dix ans dans un tiroir, le roman du maître de l’horreur part d’une idée de base proche de la nouvelle. Toutefois, King développe forcément énormément cette dernière avec ses quelques 220 pages supplémentaires, et n’a officiellement jamais parlé de la nouvelle de Sheckley… En 1987 est greenlightée son adaptation, avec l’immense star Schwarzenegger, tout juste sortie de PREDATOR

Boisset voit rouge et entamera un procès pour plagiat qu’il remportera après de longues années. Ce qui explique les très rares diffusions du film américain en France, et l’absence jusqu’à maintenant de DVD / blu-ray légal sur le territoire.


Le roman de Stephen King est un joyau
d'une noirceur absolue.


RUNNING MAN joue la carte du grand spectacle pyrotechnique, très différent du LE PRIX DU DANGER… Mais également très différent du roman de Stephen King, qui est d’une violence et d’une noirceur abyssales. On rappelle par exemple que la femme du héros y tapine pour gagner de quoi acheter des médicaments à leur bébé souffrant, ce qui pousse le jeune père de famille à s’inscrire à ce jeu dont personne ne sort jamais vainqueur. On peut aussi citer ce passage où les Traqueurs, des professionnels à l’écoute de la chaîne, trouvent un des jeunes participants, qu’ils ne tuent pas le temps de lancer une page de publicité lucrative. Après celle-ci, le malheureux est tellement mitraillé qu’il n’est plus qu’un tas de loques et de morceaux de peau ensanglantés… L’audimat grimpe en flèche. C’est ça, le Running Man de King, et on en ressort avec le moral au plus bas !


L'adaptation, aussi éloignée que faire se peut du roman,
livre son lot d'idées très 80's.

Le film ne va pas du tout dans cette direction macabre, même si certaines idées amènent à leur manière à la réflexion sur l’abrutissement des masses par le spectacle à l’américaine. Comme ce faux trailer de l’émission « la course aux dollars », aussi pervers que crédible. Ou encore le fait que les Traqueurs soient des simili-catcheurs ultra-violents, sur-jouant entre deux tueries, équipés de tronçonneuses et autres lance-flammes. Le public est toujours avide de massacres, pour fuir un quotidien déprimant, et vibre pour les Traqueurs plutôt que pour les innocents qu’ils poursuivent. Le présentateur joué par Richard Dawson qui a longtemps animé de véritables jeux télévisés, est on ne peut plus juste, haranguant les foules contre le musculeux Arnold Schwarzenegger. 

Pas beaucoup de suspens concernant la survie de dernier ; il dézingue les chasseurs les uns après les autres après des punchlines « so-80’s », avant de renverser la dictature en place à l’aide de résistants planqués… dans le relais satellite de l’arène-même du jeu ! Pour apprécier RUNNING MAN, il ne faut pas être très regardant sur un scénario souvent cousu de fil blanc, et se concentrer sur l’action généreusement dispensée du début à la fin. Exit aussi la fin tétanisante du roman.


Dans le cas des deux films, la dénonciation de la télévision du futur bat son plein, présentée comme l’outil premier de manipulation des masses d’un régime totalitaire, doublé de cette obsession de la course à l’audimat. Un constat alarmant et actuellement on ne peut plus proche de la réalité, auquel s’ajoute celui sur la nature profondément vicieuse de l’être humain, toujours attirée et intéressée par la violence la plus crasse.



- Arthur Cauras.


nb : ce sujet est issu de mon article "Proies et chasseurs : les films de chasse à l'homme", présent dans le livret collector de l'édition limitée de la VHS box CHASSE A L'HOMME éditée chez ESC éditions à 1000 exemplaires, aujourd'hui épuisée.



Trailer RUNNING MAN vo


Trailer LE PRIX DU DANGER




mardi 1 mars 2022

RINGO LAM : Filmographie on Fire

 

RINGO LAM :

FILMOGRAPHIE ON FIRE


En 2018, le réalisateur Ringo Lam (Lam Ling-tung en cantonais) s'est éteint à l'âge de 63 ans.

N'ayant jamais percé à Hollywood, son nom résonne malheureusement peu aux oreilles du grand public. Pour les cinéphiles en revanche, il est synonyme de grand talent.


De Hong Kong, on a d’abord connu en occident John Woo et son style flamboyant, cette violence magnifiée et ultra-spectaculaire qui est véritablement née avec son premier SYNDICAT DU CRIME. Ce film a largement fait connaître le sous-genre du polar de HK dénommé Heroic Bloodshed, qui signifie littéralement "carnage héroïque". Ce style de violence à la fois poétique et graphique a ouvert à John Woo les portes des USA, où il connaîtra le succès notamment avec VOLTE FACE (1997).


Magnifier la violence, filmer des héros vidant leurs chargeurs dans le corps de leurs ennemis avec panache, et continuer leur vie comme si de rien n’était, très peu pour Ringo Lam. Chez lui, la violence n’est pas fun, ce n’est pas un jeu et elle a des conséquences graves. Chez Ringo Lam, la frontière entre être bon et mauvais, est extrêmement fine voire poreuse.

Il a trouvé son style dès CITY ON FIRE, ce polar qui a révolutionné le genre en 1987 : un certain Quentin Tarantino en a été traumatisé et le décalquera quelques années plus tard avec son RESERVOIR DOGS.


Chez Ringo Lam, la violence traumatise.


Il y a une accointance entre le cinéma de William Friedkin et celui de Ringo Lam. Au-delà du fait que les deux hommes aient un caractère bien trempé, on retrouve chez eux l'obsession pour l’action filmée âprement et cet attrait à mettre en valeur les méchants. On retrouve même certaines idées ou séquences : la fabrique de billets de THE VICTIM qui rappelle bien entendu la séquence culte de confection de fausse monnaie dans POLICE FEDERALE L.A (1985), ou encore celle de la filature finissant dans le métro de CITY ON FIRE qui évoque FRENCH CONNECTION (1971). 

Autre similitude avec Friedkin, l'absence de volonté à ménager le grand public, ou plutôt le désir de troubler le spectateur pour le faire réagir et réfléchir. Il y a également bien entendu cette attirance vis-à-vis de héros très limites, déchirés entre 2 pôles, devant se salir les mains et en subir les conséquences. 

A noter aussi que, comme Friedkin, Lam place souvent de prodigieuses poursuites au sein de ses films : à pieds, en voiture, à cheval, à moto ou encore en hors-bord, elles se finissent souvent par de brutaux accidents. Lam n’a pas énormément de sources d'influence sorti de Scorsese et Coppola, mais il a tout de même déclaré que FRENCH CONNECTION était l’un de ses films préférés.


La seule fois où il s’est pleinement dirigé vers la violence jouissive, c’était pour FULL CONTACT, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’y a pas été avec le dos de la cuillère. Souvent d’ailleurs, les cinéphiles ont presque honte de dire qu’ils l’apprécient, disant que c’est un plaisir coupable. C’est un film qui en dit long sur la personnalité de Ringo Lam et son refus de se conformer aux attentes.


Full Contact : un film qui détonne au sein de la filmo
du hongkongais... dans tous les sens du terme !


Niveau action dans ses films, on peut aussi deviner qu’il n’y avait pas que les cascadeurs qui prenaient cher : ses comédiens étaient clairement violentés à l’image, on peut prendre l’exemple de la longue rixe finale de SCHOOL ON FIRE, qui s’étend sur plusieurs minutes, voyant l’héroïne projetée à travers le décor, tabassée, claquée contre un tableau... tandis que les autres acteurs se cognent la tête sur des rebords de fenêtres après avoir pris des coups de genoux au corps plein pot ! On est dans l’esprit HK, et les consignes de sécurité sont restées au placard. En contre-partie on assiste à quelque chose de viscéralement réaliste, une autre des forces du cinéma de Lam.

A côté de ça, Ringo Lam avait la réputation d’être très dur et exigeant avec ses comédiens. Il savait précisément ce qu’il voulait et il ne passait pas à autre chose avant d’avoir obtenu exactement ce qu’il avait en tête. Si ça ne se passait pas comme il l'avait souhaité, il laissait éclater sa part colérique et l’ambiance devenait extrêmement tendue.


Ce qui va de pair, c’est qu'il privilégiait toujours les personnages de ses scénarios, plus que l’histoire elle-même. Les fameux "character driven scripts" à opposer avec les scripts qui ont une histoire qui doit se dérouler du point A au point B, dans lesquels les personnages sont imbriqués plus ou moins de force.

Chez lui, même les personnages secondaires ou antipathiques qui seraient balayés / tués dans n'importe quel autre film, sont traités avec intérêt et enracinés dans la réalité (cf. l'ex-mari dans WILD SEARCH). En résulte une impression de cinéma mâture et adulte, à juste titre puisque Lam, en pulvérisant ce type de poncif, ne facilite jamais la compréhension ni le bien-être du grand public devant ses films.


Van Damme n'a jamais été aussi bon que plongé
dans l'enfer psychologique de Lam.

Une liste des "meilleurs films" de Ringo Lam, au-delà du fait qu'elle soit forcément subjective, est extrêmement difficile à produire, car on aurait envie de dire que l'intégralité de sa filmographie mérite d'être vue : il a par exemple aussi co-réalisé l'un des meilleurs Jackie Chan, TWIN DRAGONS, le trépidant THE SUSPECT avec ses ébouriffantes fusillades urbaines, l'un des meilleurs Wu-Xia-Pian, LE TEMPLE DU LOTUS ROUGE... Dans la majorité des cas, même un "petit" Ringo Lam reste très bon... Voici toutefois les films qui me semblent incontournables de sa filmographie, en dressant un Top 9 chronologique. 

























CITY ON FIRE (1987)


Après quelques commandes passées sans grande motivation, Ringo Lam est placé par Tsui Hark sur le 4ème opus de la saga MAD MISSION; le succès qui s'en suivra lui permettra de choisir son film suivant.

Il a l'idée d'un flic infiltré dans un gang de braqueurs qui accessoirement, n'hésitent pas à tuer s'il le faut. Le flic (Chow Yun Fat) se lie rapidement d'amitié avec l'un d'eux (Danny Lee), tandis que son couple est en péril. Le flic est rapidement concassé entre sa vie personnelle, son amitié, son devoir de policier et la dangerosité de la situation (les criminels le soupçonnent, tandis que ses collègues ignorent son statut et cherchent donc à le descendre).

Lam filme avec brio et pour la première fois son meilleur ami CYF, avec lequel il retravaillera à plusieurs reprises : fait notable puisque selon les propres aveux de Lam, rares sont les comédiens le supportant. Il nous immerge dans la vie de cet homme loin d'être parfait, écrasé sous la pression, et donc profondément humain, à l'aide de ses caméras embarquées, de ses caméras épaule, de toutes ces séquences semblant arrachées sur le vif. Le fameux nihilisme du cinéaste de Hong Kong est déjà bien présent; on sent que toute cette situation ne peut que mal finir. 

La séquence de la filature, du casse qui foire, l’amitié flic / criminel, le fameux « Mexican Stand-off », où plusieurs personnages se braquent mutuellement les uns les autres... CITY ON FIREtrès fortement inspiré de nombreux polars internationaux, dont le plus célèbre est sans conteste le RESERVOIR DOGS de Quentin Tarantino.


> inédit en DVD/blu-ray en France, épuisé à l'étranger, épuisé en VHS en France.





























PRISON ON FIRE  (1987)


Après que son frère Nam Yin l'ait stimulé en lui dressant le portrait type de plusieurs criminels (il avait beaucoup de connaissances dans le milieu des Triades !), Ringo Lam écrit avec lui PRISON ON FIRE en 8 jours et le filmera en 20. C'est une nouvelle pierre à l'édifice de sa "véritable carrière" -- ses premiers films ayant été de pures commandes. Ce deuxième volet de la saga "On Fire" continue son travail de comportementalisme de personnages mis sous pression dans un environnement hostile. Le titre s'inscrit au début non pas sur fond d'établissement pénitencier, mais sur la ville de Hong Kong ; Lam dit clairement que ce qui est valable ici l'est partout ailleurs dans cette société.

L'axe de Ringo est celui de ses films majeurs : étudier un individu pur et/ou avec une éthique, plongé d'un coup d'un seul dans un environnement où il va être chamboulé et brimé, afin de voir ce qui va en ressortir avec le temps. 

Opprimé à la fois par les gardiens et les prisonniers, victime de harcèlement et calomnié, le héros va se durcir, perdre ses repères, et trouver pour seul soutien un détenu azimuté qui va lui apprendre à survivre dans ce milieu impitoyable, prêt à péter. Le personnage du gardien chef, joué par l'excellent Roy Cheung, peut être vu comme l'un des concentrés absolus du concept "On Fire" de Ringo Lam : une véritable cocotte-minute dont on apprend qu'il a auparavant été grièvement blessé par des malfrats dans la rue, bouillonnant de rage et de ressenti depuis ce traumatisme, recrachant ce mal-être sur les prisonniers en les malmenant physiquement et psychologiquement.

La fameuse zone grise propre au cinéma de Lam est bien présente, ainsi que son appétence pour la caméra épaule et la violence sèche (voire ces coups de matraque plein tube sur le crâne) qui participent à faire de PRISON ON FIRE l'une de ses plus grandes réussites. Ce sera aussi son plus gros succès commercial.

"Quand on parle trop franchement, on le paye", dit le personnage de Chow Yun-Fat... ce dialogue peut paraître anodin, mais avec le recul on se rend compte combien il peut résumer le parcours difficile que Ringo connaîtra dans les années à venir, lui qui n'allait jamais garder sa langue dans sa poche, jamais chercher à plaire au plus grand nombre ni à rentrer dans quelque moule ou mode que ce soit. Aller en résulter une impossibilité de travailler avec les grands studios américains (contrairement à John Woo pour ne pas le citer), et des succès au mieux mitigés.


> disponible en DVD en France, avec le 2ème opus, dans un très beau coffret (épuisé) chez Metropolitan, avec bonus et livret informatif.





















SCHOOL ON FIRE (1988)


De sa saga "On Fire", ce volet est très certainement le plus hardcore. Une lycéenne est mêlée à une histoire de Triade, dont l'un des membres, une véritable pourriture jouée par Roy Cheung (qui devient un habitué !), lui réclame une grosse somme en dédommagement. Issue d'une famille très modeste, la jeune fille est contrainte de se prostituer... en continuant à se faire harceler, tandis que son école se délite. 

Ringo Lam met cette fois-ci l'environnement scolaire sur le feu, et observe comment et combien ses personnages vont finir par exploser. Ce qui ne manque pas d'arriver, tout au long du film et lors d'un climax mettant en scène une rixe de groupe opposant les héros aux membres de la Triade et à la police. Lam montre à nouveau la violence sous un jour choquant, et n'hésite pas une seconde à malmener pour de vrai ses comédiens, il cherche ainsi un réalisme extrême et semblait avoir la même philosophie que ce bon vieux John Milius : « La douleur est temporaire. Le film est éternel » ! On est également sonné par ce traitement de la violence psychologique, difficilement supportable, notamment lors de la séquence du déshabillage face à Roy Cheung.

Lam va très loin dans ce film qui sera étiqueté "Catégorie III" (soit interdit aux moins de 17 ans) et énormément censuré (seulement 60 minutes au compteur dans certains pays d'Asie), ce qui ternira son aura de réalisateur bankable. Plus tard, il dira regretter le côté trop extrême de cette oeuvre ; mais SCHOOL ON FIRE demeure un joyau noir, témoin de ce qui se passait à cette période dans l'archipel... et de l'absence de concession inhérente à la personnalité de Ringo Lam.


> indisponible en DVD ou blu-ray en France, épuisé à l'étranger.































GUERRES DE L’OMBRE (1990)


Après s'être refait une santé financière avec WILD SEARCH, un polar solide montrant Chow Yun Fat protéger une fillette et sa tante contre des gangsters (avec force poursuite en voiture, passage à tabac et final enflammé), Ringo déclenche cette UNDECLARED WAR. Craignant à nouveau la censure, il décide cette fois d'internationaliser le film en ouvrant la danse aux américains, pour que ça parle majoritairement anglais. Un policier de Hong Kong et un agent de la CIA allient leurs forces pour tâcher de faire tomber Hannibal, un terroriste des plus sinistres, voué à une cause anarchiste.

L'ombre de Ringo Lam plane tout du long de ce film qu'il considérait comme une extension à sa saga "On Fire" : son nihilisme s'exprimant via le terroriste et ses sbires, habités d'une pulsion de mort faisant froid dans le dos. La violence frappe très fort et de façon très crue via les différents attentats, les héros sont dépassés par les événements et sous une pression suffocante. Il est très étonnant de voir régulièrement tout le mépris que peut évoquer ce film de Lam chez certains, perçu comme très mineur voire embarrassant dans sa filmographie. 

GUERRES DE L'OMBRE est son film le plus violent : c’est peut-être l'oeuvre des années 90 qui retranscrit au mieux la brutalité et l’horreur d’une attaque terroriste. Ici, on serre les fesses continuellement, car la scène d’ouverture donne de suite le la, avec ces fausses religieuses massacrant des innocents dans une église, avant qu'une voiture n'explose dehors, dans laquelle se trouvait un nourrisson ! C’est un film très dur qui s’inscrit vraiment bien dans la filmographie de Lam, même si les héros y sont moins tourmentés par la violence et ses conséquences que dans les oeuvres majeures de Ringo Lam.

Au passage, on peut imaginer qu'un certain John Woo s'est remémoré la poursuite en hors-bords au moment de préparer son VOLTE FACE sept ans après...


> disponible en DVD en France, dans une édition (épuisée) chez Asian Star, avec bonus.























FULL CONTACT (1993)


Si la carrière de Ringo Lam s'éloigne drastiquement de l'extravagance stylistique, FULL CONTACT est très clairement l'exception qui confirme la règle. Appelé "l'accélérateur de particules de Ringo Lam" ou encore "le majeur tendu de Ringo Lam", le bien nommé FULL CONTACT ne peut laisser personne indifférent.

Ici, il livre son propre Heroic Bloodshed, sous-genre du polar HK très à la mode depuis l’avénement de John Woo avec son SYNDICAT DU CRIME (1986). Les fusillades y sont sanglantes et magnifiées, sur fond de "bromance" entre des personnages portés en héros, s’entretuant durant de longues minutes. Mais on peut imaginer que Lam, pour qui la violence ne peut être que prise au sérieuse, doit considérer les Heroic Bloodshed comme immatures voire puérils, et va alors pousser les potards du genre à l'extrême, à la limite de la parodie, comme pour s'en moquer.

Avec un casting 4 étoiles, il met en scène l'histoire de Gou Fei (Chow Yun Fat) qui en voulant aider son ami (Anthony Wong), va être laissé pour mort, avant de se venger. Sur le papier, un pitch comme on en a déjà vu des dizaines dans le cinéma de Hong Kong, sauf que le réalisateur le dynamite avec des éléments "What the fuck" : le bad guy est un gay surexcité (Simon Yam), accompagné d'un bodybuilder stupide et d'une nymphomane sidaïque, la lumière abusive verse dans le disco, les balles tirées sont suivies en vue subjective... Et là où les films de John Woo montrent toujours un Chow Yun Fat immaculé et chevaleresque (avec une coiffure de beau gosse), Ringo Lam lui, ne peut s’empêcher de souiller ce même acteur en lui faisant incarner une sorte de pseudo dur sans envergure (avec une coupe de ringard), qui se remonte les parties génitales après avoir philosophé sur où et quand faire correctement l’amour à une femme ! 

FULL CONTACT semble moquer John Woo en détournant certaines de ses idées, comme ce moment suspendu où Chow Yun Fat crache sa cigarette avant de tirer une balle dans la tête de son ennemi, qui évoque A TOUTE EPREUVE, ou encore cette fillette brûlée par sa faute dont il prend soin, à la manière de la chanteuse de THE KILLER qu’il aveuglait involontairement avec la flamme de son arme à feu.

FULL CONTACT -- à nouveau estampillé du sceau de la "Catégorie III" après SCHOOL ON FIRE, est donc un film totalement atypique dans la filmographie de Ringo Lam, vraiment outrancier et excessif. Et vous savez quoi ? Ce qui est magique, c’est qu'il est malgré tout une référence incontournable du cinéma HK, un plaisir de tous les instants... car Lam savait tout simplement emballer parfaitement tous ses films avec talent, quels qu’ils soient.


> disponible en DVD en France, dans une bonne édition (épuisée) chez Metropolitan, avec livret assez fourni.






























FULL ALERT (1997)


Tandis que ses collègues cinéastes fuient HK avant la rétrocession à la Chine, tels John Woo ou Ronny Yu, Ringo lui, après son expérience frustrante américaine, retourne dans l’oeil du cyclone en 1997 -- soit l'année fatidique. Ce qui lui correspond plutôt bien puisque tout comme ses personnages, Ringo ne cherche jamais la zone de confort.

L’acteur Lau Ching-wan avait dit de lui : "il a la particularité de pousser à bout ses protagonistes, de les entraîner dans un virage dangereux et de les transformer en monstres." FULL ALERT peut être considéré à juste titre comme l'un de ses films majeurs ; les obsessions qui lui sont chères sont ici poussées très loin. 

Flics comme truands y sont bouleversés par le fait de tuer et de perdre les leurs, avec une justesse rarement montrée au cinéma (Lam illustrera à nouveau un tel désarroi le temps d'une courte fusillade dans THE VICTIM). Le héros et son antagoniste sont donc tourmentés par leurs actes violents et les conséquences que ça peut avoir, et n'en dorment littéralement pas la nuit. A côté de ça, le flic aveuglé par sa quête de justice en vient à méchamment déraper à plusieurs reprises, notamment lors de cet échange de coups de feu en pleine rue où il tire malgré les consignes de sécurité, abattant un motard innocent... Moins de scènes d'action qu'à l'accoutumée dans FULL ALERT, et davantage de déclin psychologique. On se salit en utilisant la violence, et le cinéaste l'image on ne peut plus clairement lors de ce passage où le flic doit plonger les mains dans un baril rempli de merde, pour y récupérer son arme.

Ringo Lam ne fait aucune concession : plaire au plus grand nombre ne l'intéresse pas, et il soigne particulièrement la fin de son film, très dure, très... nihiliste. "Mon arme pèse plus lourd avec le temps."


> disponible en DVD et blu-ray en France, dans une bonne édition chez Spectrum Films, avec bonus.






























THE VICTIM (1999)


En 1998, c'est le renouveau de l'horreur avec THE RING, le fameux film japonais de Hideo Nakata, qui fait le tour du monde. THE VICTIM est produit dans la foulée pour surfer sur la vague... en apparence, tout du moins. Car Ringo Lam ne fait décidément jamais rien comme les autres -- et c'est tant mieux pour nous.

Après une séquence d'ouverture fracassante où Ringo nous secoue avec un accident de voiture dont il a le secret, on part dans une direction de film fantastique via un hôtel hanté dans lequel la police retrouve un homme assommé, semblant par la suite possédé... Plus tard, le cinéaste hongkongais fait un virage à 90°, repartant dans son univers désenchanté et nihiliste, désespérément ancré dans la réalité. 

Mais comme toujours dans sa filmographie, lorsqu’il y a deux voies différentes, Ringo Lam ne veut pas trancher. Afin de respecter l'intelligence du public à se faire son propre avis. 

La mise en scène de THE VICTIM est donc hantée de fondus enchaînés rappelant au spectateur la possible présence de fantômes, tandis que le personnage de Lau Ching-wan nous est tour à tour présenté comme traumatisé, possédé, fou ou... autre chose. Lam joue brillamment sur tous ces registres, pour nous maintenir dans le malaise et l'incertitude : a t'on bien affaire à une histoire de spectre, ou pas ? 

Tout en brouillant les pistes et en jouant sur l'ambivalence, il parvient à faire aboutir THE VICTIM à une fin extrêmement sombre et désespérée, peut-être la plus triste de toute sa filmographie.

A nouveau un véritable joyau du cinéma de HK et du cinéma fantastique/policier mondial... d'une noirceur absolue.


> disponible en DVD en France, dans une bonne édition (épuisée) chez Asian Star, avec bonus.






























REPLICANT (2001)


Malgré le remontage de RISQUE MAXIMUM par la Columbia, la rencontre entre Ringo Lam et Jean-Claude Van Damme en 1996 est probante : les 2 hommes s'entendent bien, le belge a beaucoup progressé sous la direction du hongkongais, et le héros reste finalement très Lam-ien

Ils remettent le couvert pour ce thriller mâtiné d'un peu de fantastique et de beaucoup d'action. Van Damme y joue 2 rôles : celui d'un tueur en série particulièrement odieux pourchassé par un flic (Michael Rooker) qui va devoir gérer le clone du tueur fraîchement conçu (Van Damme bis). Le clone a l'esprit d'un nouveau-né dans le corps d'un homme de 40 ans, et le flic doit stimuler sa "mémoire"... celle du tueur, vous l'aurez compris, afin de lui mettre la main dessus. 

Outre des scènes d'action assez époustouflantes emballées de main de maître par Lam, comme à l'accoutumée, le film choque par sa méchanceté, aussi Série B puisse t'il être. Van Damme le serial killer y brûle des mères célibataires, renverse des handicapés sur chaise roulante, tire sur le macchabée de sa mère... tandis que Van Damme le clone innocent apprend à marcher à quatre pattes, découvre la vie, la nourriture et la pluie, entre 2 humiliations et passages à tabac révoltants exécutés par le flic, frustré qu'il est de ne jamais avoir réussi à mettre la main sur l'original. 

Tandis que Van Damme opère une véritable thérapie (le tueur représente ses années de dérives auto-destructrices, le clone le garçon candide qu'il était avant son arrivée aux USA), Lam lui, continue de cracher ses névroses à l'écran.

Via le personnage du flic donc (du bon côté de la barrière mais ultra-violent), ou lorsque par exemple le tueur amorce des liens avec le clone, "sa seule famille", distillant le doute dans son esprit immaculé, ce qui le rend douteux aux yeux du flic et du spectateur. Du pur Ringo Lam : diluer le poison du vice chez un être pur à la base, et observer combien ça peut le perturber. 

Un dialogue retient aussi l'attention lorsque le clone braque le tueur, et que celui-ci lui dit : "Si tu me tues, tu te tues toi-même". C'est une belle métaphore de la dualité omniprésente dans le cinéma de Ringo Lam : on ne peut pas enlever une seule face à une pièce, c’est tout ou rien, elles sont bien évidemment vouées à co-exister. Pour lui, il n’y a pas de positif ou de négatif, il y a juste l’humanité. Avec tout ce qu’elle comprend de lumineux ET de sale. 

Les 2 hommes ont donc réussi à livrer un film qui leur ressemble à l’un comme à l’autre. Cette rencontre avec Lam va faire s’engouffrer Van Damme plus intensément encore dans les thèmes du martyr, de la rédemption désespérée, du double et de la dépression, qui étaient déjà présents en filigranes depuis les débuts de sa carrière.


> disponible en DVD et en blu-ray en France, dans une bonne édition chez Metropolitan, avec bonus.




















IN HELL (2003)


Pour cette histoire d'américain jeté dans la pire des prisons russes et forcé de participer à des combats clandestins, Ringo retrouve Van Damme. Avant d'enclencher le DVD dans le lecteur (hélas aucune sortie cinéma à l'époque), on pense forcément à PRISON ON FIRE mais aussi à COUPS POUR COUPS, également un film carcéral avec le belge, et on se dit que ça peut faire sens. Mais ça n'aide pas vraiment à se préparer au jusqu'au-boutisme de IN HELL.

Il est souvent dit à juste titre que les films de Ringo Lam sont nihilistes, dans le sens de la « Négation des valeurs intellectuelles et morales communes à un groupe social » et du « refus de l'idéal collectif de ce groupe ». Ce nihilisme se traduit aussi régulièrement chez ses personnages par une forme de spleen, de dépression qui ne dit pas son nom, qui elle-même aboutit à un côté kamikaze, si ce n’est à des penchants autodestructreurs. La pulsion de mort, donc. 

De son côté, Van Damme est obnubilé depuis des années par la thématique du double et du jumeau, qui lui permet de drainer les problèmes liés à ses troubles bipolaires en jouant souvent 2 rôles dans un même film. Si dans IN HELL, à première vue, cette thématique est absente, elle y est en réalité plus que jamais présente : Van Damme joue plusieurs facettes de sa personnalité et de son histoire, mais cette fois-ci en un seul et unique personnage. Son attitude et sa coiffure sont de puissants indicateurs : coiffé normalement à son arrivée en prison, cheveux et barbe poussant négligemment alors qu'il sombre dans la dépression, gominé avec petit bouc de diable lorsqu'il perd son humanité, etc... Le film est également une sacrée métaphore de sa chute à Hollywood, et de sa reconstruction dans la douleur physique et psychique.

Dans IN HELL, le protagoniste est donc aussi bien typiquement Lam-ien que Vandamme-ien. 

Le co-détenu de Van Damme, un tueur en série appelé simplement "451", dit en voix off à un moment donné : « Le masque derrière lequel on se cache, c’est de la connerie. Tôt ou tard, il tombe. On découvre alors quel homme on est vraiment. » Ce masque, Ringo Lam le fait tomber en mettant à nouveau son héros sous pression, en l’extirpant de sa zone de confort et en posant sa fameuse question ; « Combien de temps tiendras-tu avant d’exploser? ». Tout est question d'assumer ou pas qui on est au fond de soi, déchiré entre sa conscience et son instinct. 

Le reste du film est également du pur Lam à 100% : les passages à tabac et viols à répétition du jeune détenu chétif sont par exemple très choquants, traités en plus de manière réaliste puisque personne n’ose intervenir, même pas le héros. Car personne ne veut être le prochain sur la liste. Lam permet cependant à Van Damme de régler son compte au violeur lors d'un combat fait à contre-coeur… Qui prend la forme d'une sauvagerie aux antipodes d'un BLOODSPORT, dans lequel il finit par arracher la gorge de son opposant avec ses dents. Comme Chow Yun Fat dans PRISON ON FIRE... La boucle est bouclée.

On a aussi ce détenu handicapé physique s’avérant être la balance ayant conduit à la mort d’un innocent, en échange de quelques médicaments le soulageant de ses terribles douleurs… Handicapé qui sera horriblement châtié par... un autre détenu, tueur en série et pyromane a ses heures perdues, quant à lui victime de pédophilie lorsqu’il était jeune. 

Univers piteux, s’il en est, éclairé seulement par les souvenirs des défunts qui forcent à aller de l’avant, à continuer à se nourrir, même si on en a plus du tout envie. Définitivement, chez Ringo Lam, rien n’est binaire, et tout est dépressif et dramatique.

Pour toutes ces raisons et contrairement à ce qu'en pensent certains en dévalorisant le film, IN HELL est clairement l'un des meilleurs Van Damme, mais aussi l'un des films les plus aboutis de Ringo Lam.


> disponible en DVD et en blu-ray en France, dans une bonne édition chez Metropolitan, avec bonus.



- Arthur Cauras.





In Hell

Replicant

The Victim

Full Alert

Full Contact

Undeclared War

School on Fire

Prison on Fire

City on Fire


Ringo Lam