mercredi 31 janvier 2018

TOP FILMS & SERIES 2017

TOP FILMS & SERIES 2017

par Arthur Cauras, 31.01.2018


Faire une liste des meilleurs films qu'on a vu sur une année, alors qu'on a précisément pas eu le temps de voir tout ce qui nous intéressait (DETROIT, COCO, A GHOST STORY, FARGO S03...), est un peu étrange, certes. Mais cette année 2017 a été si riche de bonnes surprises, notamment dans le cinéma de genre, que j'ai eu envie de les mettre en valeur ici.

Place à la liste des films et séries m'ayant le plus marqué en 2017... Qui n'engage que moi.


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FILMS



DARKLAND / UNDERVERDEN
(Fenar Ahmad, Janvier 2017)

L'une des claques prise à Sitges a été DARKLAND, un film danois.
Sur le papier, une histoire vue et revue, sertie de tous les poncifs et codes du Vigilante movie : un neuro-chirurgien quarantenaire respecté de ses pairs décide de nettoyer les rues de sa ville après que des dealers aient tué son jeune frère délinquant... Il se met à la boxe thaï, s'achète un pistolet, maquille sa moto et se passe un spray noir sur le visage avant d'aller casser du malotru.


Dar Salim campe un justicier des plus crédibles.

Tout semble réuni pour aboutir à un nanar pur-jus, et pourtant... Le talent du metteur en scène, Fenar Ahmad, rend ce film nocturne à la fois envoûtant et cinglant, les performances assez époustouflantes des comédiens crédibilisant chaque minute, appuyés par une musique tantôt martiale, tantôt intimiste et contemplative. Au final, ce DARKLAND magnétique écrase de tout son poids la masse assez pauvre des Vigilantes bas-de-plafond qu'on peut voir à longueur d'année. Comment ce film a t'il pu ne pas connaître de sortie salles ? C'est un vrai mystère.
Une équipe d'inconnus, devant comme derrière la caméra, qu'on suivra avec grand intérêt dans les années qui viennent.

Trailer VO :
https://www.youtube.com/watch?v=333cCxNembY

PS : je vous enjoins vraiment à écouter l'excellent score de Jens Ole Wowk et McCoy sur Spotify.




GRAVE
(Julia Ducournau, Mars 2017)

Habité par de jeunes acteurs irréprochables et une musique entêtante, le film de Julia Ducournau se déroulant dans une FAC vétérinaire propose une sorte de rite de passage dans un univers décalé, qu'il est difficile de ranger dans une case précise. Et c'est clairement une de ses forces.
Film original à bien des niveaux, ayant sa personnalité propre, il est filmé à la fois de façon clinique (le doigt, les accidents, les animaux massifs...) et poétique (la peinture, les douches...); un mélange qui n'évoque même pas de références antérieures particulières.
GRAVE est un film qui divise drastiquement, on aime beaucoup ou on le déteste, à chaque fois pour les mêmes arguments.
Ceux connaissant l'analyse du pulsionnel par Laplanche et Pontalis, (qu'on peut s'amuser à retrouver dans le scénario de ALIEN), le décèleront dans GRAVE, autre attestation du travail minutieux opéré pour ce premier long-métrage.
Et si le film répond à quelques codes du genre, notamment le twist narratif, ceux présents n'ont rien de gadgets et servent, enrichissent le propos. Pour rester sur l'exemple du twist, il termine en fait de présenter et consolider un personnage qui donnait l'impression d'être complètement à l'ouest voir bâclé à l'écriture en amont, avec un certain humour qui résonne aussi dramatiquement. 
GRAVE touche au but avec talent dans bien des domaines, donnant envie de voir ce que nous prépare prochainement Ducournau.

Trailer:
https://www.youtube.com/watch?v=gFlXVX2af_Y




LOGAN
(James Mangold, Mars 2017)

Oubliez le côté clinquant des X-MEN première période, voici venir la fin et la déchéance. Un futur dépressif dans lequel tout se meurt ; les personnages principaux (le Professeur X a Alzeimher, Logan ne régénère plus, tous les mutants sont morts), les paysages dans lesquels ils évoluent (camions futuristes sans chauffeur, cultures transgéniques automatisées, déserts), et mêmes les actes héroïques en eux-mêmes, maintenant seulement possibles via customisation robotique, manipulation génétique ou carrément dopage !
C'est dans cet univers désenchanté que se traîne le Wolverine, lancé au sein d'une fuite en avant incessante qui l'éprouve toujours plus tandis que son corps le lâche. Le métrage donne l'impression de ne jamais avoir été bridé par le studio, tant au niveau de la violence psychologique (la famille recueillant le petit groupe de Logan) et physique (les nombreux massacres), le tout débouchant sur des situations bien vicieuses (la scène de l'hôtel et du blocage télépathique).
On ne sait pas par quel miracle Mangold a pu bâtir un film aussi sombre sur l'un des héros les plus populaires de la Marvel, mais on ne peut que lui tirer notre chapeau : nul besoin d'être fan de super-héros pour être touché et secoué par LOGAN.

Red Band Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=wWcXXxVZF2A




LE SERPENT AUX 1000 COUPURES
(Eric Valette, Avril 2017)

Eric Valette est clairement l'un des meilleurs artisans que recèle la France. Films et scénarios efficaces, personnages bien brossés et une mise en scène ciselée étant claire même dans ses scènes d'action, sont ses marques de fabrique.
LE SERPENT... est certainement sa plus grande réussite, à tous points de vue.
Lorsqu'un dealer colombien se fait abattre par un terroriste en fuite dans la rase campagne française, le père de la victime dépêche sur place un tueur à gages, accessoirement l'un des badguys les plus malsains et marquant qu'on aura pu voir ces dernières années au cinéma. 
Un thriller rural brassant les codes du genre, faisant se croiser et s'affronter des personnages internationaux, allant d'abrutis racistes finis à de vicieux spécialistes du nettoyage de preuves, en passant par de petites gens du quotidien.
Valette filme avec intérêt ces fourmis qui, comme disait Melville, finissent toutes par se retrouver dans le cercle rouge.


Le tueur à gages en quête de proies.

D'origine chinoise, yeux bleus vifs "légués par son porc de père allemand", le tueur est un pur psychopathe qui redonne ses lettres de noblesse à ce terme trop souvent galvaudé dans le cinéma contemporain.
Cet être aussi malfaisant que charismatique imprègne toutes les séquences dans lesquelles il apparaît, se mouvant étrangement, parlant calmement de son macabre passé à ses futures victimes comme s'il opérait depuis des années une thérapie des plus sinistres, entre deux interrogatoires au couteau, "seul élément qu'il a gardé de la culture de sa mère".
Un vrai travail scénaristique titanesque et remarquable ressort de ce film choral, où chaque personnage est impacté par ce que font les autres, façon "effet papillon", et où les têtes de l'intrigue sont loin d'être infaillibles, y compris le capitaine (Pascal Gregory) et le fameux tueur chinois (Terrence Yin), peinant à comprendre de suite le pourquoi du comment.
Un choc des cultures qui n'est pas sans rappeler le CANICULE d'Yves Boisset, une traque haletante comme on en voit trop rarement dans l'Hexagone.

Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=kNdVI44CFQ8




ALIEN COVENANT
(Ridley Scott, Mai 2017)

ATTENTION AUX SPOILERS.
Il y a beaucoup d'attente sur les suites d'ALIEN, ou plutôt la nouvelle saga engendrée par PROMETHEUS... Les détracteurs se scandalisent sur le fait que ce soit trop différent de la saga initiale, quand bien même (et à juste titre) ce sont les premiers à pester quand les studios pondent des suites ne prenant aucun risque car étant des copié-collé des originaux !
COVENANT, au passage certainement le film le plus sombre de la mythologie avec ALIEN 3, poursuit donc la thématique lancée par PROMETHEUS; à savoir la création et le rapport créature / créateur.
Le personnage de l'androïde David, ré-introduit dès une séquence d'ouverture pour le moins inattendue (un long dialogue dans une grande pièce immaculée), est le véritable personnage principal de ce COVENANT métaphysique.
Le la est posé : David a eu soif d'apprendre et soif de considération dès ses débuts, mais son Créateur (son père) l'a relégué au rang de simple robot dès qu'il faisait montre de trop d'intelligence. David lance : "Vous m'avez créé immortel, mais vous, vous allez mourir...", ce à quoi Wayland, déjà déprimé par l'idée que sa fortune ne lui permette pas d'acheter l'immortalité, lui répond en substance de la fermer et de lui apporter son thé, pourtant plus près de ce dernier que de David, rabaissé au rang de simple serviteur. 
Ce personnage très complexe (il se cherche aussi "sexuellement" via le baiser à son "jumeau", son rapport avec Shaw) a donc la fascination/répulsion de ses créateurs, ce qui le met dans une situation de grande frustration, lui qui ne peut procréer et n'est pas respecté en tant qu'être conscient. Il va dès lors s'épanouir seul, jouir de la découverte des arts qui rendent libre et confiant (il essaye de passer ce savoir lors de la scène de la flûte avec son successeur Walter) et de la science, durant les 10 ans restés seul sur la planète des Ingénieurs.
Lorsque David parvient à produire l'Alien caparaçonné noir tel qu'on le connait depuis 1979, grâce au piège qu'il a tendu à l'équipage du vaisseau colonisateur, il voit dans le xénomorphe sa création la plus poussée après cette décennie de recherches.
Le personnage de l'Alien finalise donc son arc narratif : il représente sa progéniture parfaite en tant que Créateur ET sa vengeance vis-à-vis de son complexe vis-à-vis de l'Homme Créateur, qu'il a déjà fortement ébranlé dès son arrivée sur la planète des Ingénieurs... les exterminant tous avec leur propre armement bactériologique, empêchant par la même occasion les humains d'apprendre un jour la raison de leur création !


Toujours aussi fascinant, l'Alien oeuvre ici également en plein jour.

Qu'on aime ou pas, COVENANT a l'énorme qualité pour lui d'enrichir thématiquement l'une des plus grosses franchises du cinéma. Et oui, en effet, Scott est misanthrope dans ce film : les humains sont à la ramasse, se ridiculisent régulièrement (dérapage dans une flaque de sang par 2 fois), subissent toute l'action générée par le robot David, vis-à-vis duquel ils sont nettement infériorisés...
Mais en quoi serait-ce un défaut majeur comme le scande ses détracteurs? Bien au contraire... C'est un régal.

A noter que le bluray, riche de bonus comme d'habitude avec les films de Scott, offre de petites vidéos inédites montrant la déviance scientifique de David durant le temps passé seul sur sa planète.

Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=svnAD0TApb8




GERALD'S GAME (JESSIE)
(Mike Flanagan, Septembre 2017, Netflix)

JESSIE est un des ouvrages les plus forts de Stephen King, un huis-clos dans lequel une femme ayant été une victime soumise toute sa vie, se retrouve menottée à un lit pour satisfaire les pulsions déviantes de son mari. Hélas, ce dernier meurt d'une crise cardiaque en plein acte, laissant livrée à elle-même Jessie, dans une grande maison de vacances perdue près d'un lac.
Lentement mais sûrement, la folie fait son apparition... tandis que la faim et la soif se font gravement ressentir et que personne ne peut lui venir en aide. Surtout pas ce chien errant qui commence à grignoter le cadavre de son époux.
Comme toujours chez King, l'histoire va loin dans la psychologie de son héroïne, qui se rappelle de plus en plus précisément son passé, ne pouvant se voiler la face, comme entravée sur ce lit pour y faire face une bonne fois pour toute. 
Une projection de son mari mais aussi d'elle-même en plus dure (c'était d'anciennes camarades de classe dans le livre) lui apparaissent, pour la faire se questionner sur comment elle a bien pu en arriver là, combien elle a été soumise aux autres depuis... Depuis quand, déjà?


L'une des scènes-clé de JESSIE est aussi l'une de ses plus malaisantes.

Netflix permet au réalisateur d'outrepasser à plusieurs reprises ce qui serait montrable à la télé ou au cinéma, notamment des séquences de pédophilie ou encore une scène de mutilation vraiment insupportable.
Le cœur du roman est conservé, tout l'intérêt et l'amour de King pour le personnage faible de Jessie qui doit se transcender (comme auparavant entre autres dans Carrie ou Dolorès Claiborne) se retrouvent dans le film. On a de la peine pour cette malheureuse, et on prie pour qu'elle s'en sorte - ce qui n'est pas gagné car on sait que King peut être très dur avec ses personnages.
Une vraie réussite prouvant que Netflix et surtout Mike Flanagan ont de beaux jours devant eux.

Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=twbGU2CqqQU




MOTHER!
(Darren Aronofsky, Septembre 2017)

Aronovsky est l'un des réalisateurs contemporains les plus intéressants. Un véritable auteur qui prend des risques dans chacun de ses films, ne se reniant jamais, qui même sous la pression des studios pour NOAH, parvient tout de même à livrer une partie puissante, personnelle et atypique. Mais honnêtement, malgré son style et son univers hors-normes depuis ses débuts avec PI, rien ne pouvait nous préparer à son petit dernier.
Film tout en symboles et métaphores, MOTHER! nous perd rapidement dès lors qu'on essaye de comprendre factuellement ce qui se déroule à l'écran - ce qui est tout bonnement impossible lors du premier visionnage. Il faut accepter de se laisser porter par le rythme de plus en plus frénétique du film, de se faire malmener comme l'est le personnage pur incarné par Jennifer Lawrence.
Forcément dérouté, la majorité du public rejette cet ovni en bloc, tandis que ceux ayant été hypnotisés tentent de comprendre ce qu'ils ont vu : film sur les rapports amoureux ? La dégénérescence du couple ? La création artistique et les incidences sur la vie familiale ? Ou bien un film sur la Création, tout court ?
Si Aronofsky et son équipe ont eut beau répondre à cette interrogation, il n'empêche que la profondeur et la complexité de MOTHER! permettent encore de s'y perdre de nos jours, de se laisser porter, voire même bercer par un film pourtant très loin de nous prendre par la main.
Tellement rare et précieux actuellement.

Trailer:
https://www.youtube.com/watch?v=RuZAGFauUtU




LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES
(Cattet & Forzani, Octobre 2017)

Totalement atypique, totalement "autre" par rapport à ce qui se fait actuellement, le nouveau film du couple Hélène Cattet et Bruno Forzani est dans la droite lignée de leur œuvre quasi-expérimentale.
Un postulat simple qui fait se croiser plusieurs groupes : des policiers, les braqueurs qu'ils recherchent et une famille d'artistes ayant jadis brillé.
Mais tout ce petit monde brise le moule de tout cliché, précisément parce qu'il est ausculté méthodiquement par la caméra des réalisateurs, embrassé dans leur style flamboyant, mêlant violence et érotisme, évoquant avec talent aussi bien Western Spaghetti que Giallo, et ce sans les copier putassièrement (régulier travers du cinéma de genre français). 

Un travail méticuleux sur le cadrage (au millimètre près), sur les mouvements opératiques, sur la photo, sur les placements/déplacements de comédiens, un côté métronomique du montage qui rend l'ensemble totalement hypnotisant... De la vraie mise en scène comme on en voit extrêmement peu, offrant un vaste choix de situations marquantes.
Par exemple, au cœur du chaos opposant les divers groupes pris dans un feu croisé, la narration se voit criblée de flashbacks montrant l'âge d'or artistique de la maîtresse des lieux (une performance évoquant la crucifixion) et autres métaphores... Comme cette fille hésitant à se servir d'une mitraillette dont on voit le fantasme d'ouvrir le feu sur fond noir, tandis que ses habits se déchirent au gré des déflagrations et du plaisir qu'elle y prend !
On est clairement en plein délire fantasmatique, et on ne peut que saluer la virtuosité du duo, ainsi que sa capacité à monter des films aussi atypiques et loin d'être grand public, avec l'aide du producteur François Cognard.
La suite de leur travail est attendue avec impatience.

Trailer
https://www.youtube.com/watch?v=FDIs-s4Oucg




BLADE RUNNER 2049
(Denis Villeneuve, Octobre 2017)

A la fois un film qui se suffit à lui-même et une suite absolument magnifique, époustouflante. Villeneuve (que le maître William Friedkin estime être son successeur) applique sa patte froide et contemplative, violente et empathique sur cet univers de Science-fiction culte conçu en 1982 par Ridley Scott, d'après Philip K. Dick.
D'une richesse de tous les instants durant ses 164 minutes, d'une beauté à couper le souffle, ce languissant et dépressif BR2049 plonge des personnages tragiques et profonds dans des rixes sèches et des fusillades expéditives, quotidien de l'agent K (Ryan Gosling) cherchant à savoir s'il ne serait pas autre chose qu'une simple réplique d'humain vouée à traquer ses pairs, les "défectueux" Nexus 6 originaux.
Villeneuve et ses scénaristes ne font pas que respecter la thématique identitaire du grand K. Dick, ils lui rendent un hommage inespéré en en ayant totalement assimilé son essence.
Histoire de ne pas spoiler quelque élément que ce soit du film, je n'en dirai pas plus, mais les protagonistes vivent des révélations inattendues les rendant plus attachant que jamais.


K évolue dans un univers aussi beau que désespéré.

BR2049 est parcouru de personnages charismatiques, comme la petite amie de K, l'IA Joy, qui n'est autre qu'une intelligence artificielle plus primaire que lui, si l'on peut dire. Montrées comme basiques, les IA Joy sont vendues par la publicité omniprésente précisément sur le fait qu'elles font et disent ce dont l'acheteur a besoin.
Ce que le récit tend à nous faire vicieusement oublier pour mieux nous abattre, quand on prend le temps de réfléchir à nouveau à certains passages mettant en scène le duo ("tu es différent", "Je t'aime", y compris la scène de la pluie car K voit en cette émancipation celle qu'il se souhaite à plus grande échelle). Un des coups de maître tout en finesse du film, qu'aurait à coup-sûr applaudit K. Dick.

A côté de ça, Villeneuve nous dresse un personnage de bad-girl absolument effrayant, campé par une Sylvia Hoeks d'une crédibilité glaçante. Que ce soit à distance pour un atroce pilonnage d'infanterie, le prompt estropiement d'un garde ou de douloureux combats mano à mano, Luv nous fascine autant qu'on souhaite sa désactivation.

Le travail sonore (musique comme sound design, les deux étant ici souvent entremêlés) termine de parer la quête de K d'une ambiance métaphysique et électrisante digne des plus grands films de Science-Fiction. Ce qu'est assurément BLADE RUNNER 2049.

Trailer
https://www.youtube.com/watch?v=nctf56vDx0M




A BEAUTIFUL DAY
(Lynne Ramsay, Novembre 2017)

Pas vraiment le rejeton de TAXI DRIVER et DRIVE, comme a pu le scander la critique cinéma, le film de Lynne Ramsay est plutôt comme le croisement 2000's entre le film de Scorsese et le MANIAC de Lustig. Un film poisseux et dépressif dans lequel on suffoque littéralement avec le protagoniste, où la violence n'est pas magnifiée, même lorsqu'il s'agit de régler leur compte à des pédophiles de l'élite sociale.


La solitude et la déperdition quotidiennes de Joe.

Un film sur les âmes errantes, piteuses, détruites et lessivées par leur lourd passé, qu'on observe dans leur mal-être en se demandant à quel point un humain brisé peut encaisser avant de s'écrouler... Le tout porté par un Joaquin Phoenix investi comme jamais, suintant une déchéance de tous les instants.
Déchéance mise en pause ponctuellement pour ramener son personnage viril et harassé à un état quasi-infantile, grâce auquel il traverse une épreuve particulièrement dure de façon poétique (le lac) et à la limite de l'absurde (le tueur agonisant fredonnant une chansonnette auquel il vient se joindre)... Avant que son appel au secours ne reprenne, résonnant sourdement dans le vide... Et finissant par être intercepté par un autre personnage coincé dans ce vide.
Finalement, c'est effectivement une "belle journée" (titre du film) pour quelqu'un "qui n'a jamais vraiment été là" (titre du roman original).

Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=non8MTeuKmM






SERIES



JEAN-CLAUDE VAN JOHNSON, SAISON 1 
(créée par Dave Callaham, Décembre 2017, Amazon Prime)

Présentée en avant-première mondiale en France au Grand Rex, cette première série avec Jean-Claude Van Damme est un vrai plaisir à bien des niveaux. Déjà, elle permet d'être un événement d'ampleur pour la star belge, là où malheureusement ses derniers DTV sont passés assez inaperçus. Ensuite, c'est avant tout une entreprise de qualité co-produite par Scott Free et Amazon Studios, chiadée, léchée visuellement et habitée de bons comédiens. Enfin, cette série JCVJ permet à Van Damme de participer pleinement à une comédie d'action, envie qu'il avait depuis bien longtemps, parsemant déjà d'humour certains personnages de ses derniers films (notamment ENEMIES CLOSER et surtout WELCOME TO THE JUNGLE, ou encore ses pubs déjantées type Coors Light). 

Le concept de JCVJ est assez frais et galvanisant ; l'acteur iconique Jean-Claude Van Damme, qu'on connait bien depuis les 80's, ne serait en réalité pas qu'un comédien mais aussi un agent secret dont les films tournés sont la couverture ! Un mélange réalité/fiction des plus amusant, rappelant l'excellent JCVD (de Mabrouk El Mechri, 2008).
La série part donc assez loin dans le cocasse, voire clairement dans le non-sensique pur (la machine à météo, le "coup spécial cassage de mains de marbre", le grand-écart bloquant l'ouverture des portes, etc), montrant VD sur le tournage d'un étron filmique intitulé HUCK, qui remet au goût du jour les aventures d'Huckleberry Finn sauce arts martiaux, tandis qu'il doit effectuer ses missions hors-caméras... Ce qui créé forcément des situations drolatiques avec des ennemis le reconnaissant en temps que star, et ne comprenant pas ce qu'il fait là ni pourquoi il les attaque.


Postiches, humour déjanté et arts martiaux : Van Damme 
se fait plaisir comme jamais dans JCVJ.

La série est donc sertie d'un humour burlesque des plus réjouissants. On ne saurait trop quoi citer précisément tant les exemples sont légion, comme lorsqu'il doit infiltrer une usine en Bulgarie, déguisé assez grossièrement d'une barbe et d'une perruque de bas-étage ; il pense passer inaperçu mais se fait surprendre. Alors qu'il s'attend à devoir se battre, on le salue négligemment d'un "Comment ça va, Filip?". La chose se reproduisant jusqu'à ce qu'il tombe sur son sosie parfait, avec barbe et cheveux longs miteux là-aussi, s’appelant donc Filip. Filip est bien entendu joué par Van Damme, a la voix et l'attitude d'un petit vieux, mal dans sa peau, c'est une véritable chèvre qui revient plusieurs fois au cours de la série, tentant d'exister et de se venger en vain de la star.

Jouant un jumeau ou bien apparaissant régulièrement déguisé, on sent que Van Damme s'éclate aussi bien dans l'action que dans l'humour (la séquence de tuning mâtinée d'esprit martial de pacotille où il se bande les yeux avant une course), mais s'exprime également dramatiquement parlant, mélangeant les émotions avec talent (la photo-selfie avec les touristes et le "Pense à désinfecter ton téléphone").
La série est donc au carrefour de plusieurs genres et la double-lecture de pas mal de scènes fonctionne très bien (un combat à mort sur un tournage, auquel des cascadeurs viennent participer pensant que c'est dans le script).

Si la qualité d'écriture est là, elle n'est pas au niveau du film JCVD justement, quelques situations manquant de crédibilité même dans un univers aussi barré. Mais laissons l'équipe (surtout le pool de scénaristes) prendre ses marques au sein de ce projet aussi riche que totalement atypique, car l'énergie et la bonne humeur communicative sont bel et bien présentes tout au long des 6 épisodes.
Le champ des possibles est très vaste, Van Damme tient là un des meilleurs rôles de sa carrière, montrant à nouveau qu'il tient totalement la route en tant que comédien pur. 

edit : quelle tristesse d'apprendre que la série ait été tuée dans l'oeuf par Amazon. C'était un terrain de jeu s'annonçant tellement vaste et réjouissant...

Trailer
https://www.youtube.com/watch?v=ANBdRxOL8tY




BLACK MIRROR, SAISON 4
(créée par Charlie Brooker, Décembre 2017, Netflix)

Le retour tant attendu de cette série de Science Fiction adulte, si crédible et troublante. Une Saison 4 dans la lignée des précédentes, allant du bon au brillant.
HANG THE DJ et CROCODILE rappellent THE ENTIRE HISTORY OF YOU (S01) ou encore HATED IN THE NATION (S03) dans leur conception d'une SF plus discrète, ténue. Dans le premier cité, la thématique des rencontres amoureuses via une application, qui devient de plus en plus invasive et oppressante vis-à-vis du ressenti et de l'instinct des protagonistes. Dans le deuxième, un film noir suivant une femme ayant été témoin d'un meurtre routier et s'étant tu à l'époque... Mais la technologie a évolué et son chemin pourrait bien croiser celui d'une machine à lire les souvenirs. L'étau se resserre... 2 épisodes carrés, aux épilogues plus cyniques et méchants qu'on ne  pourrait le croire.
ARKANGEL s'attaque au contrôle parental, une idée riche et très intéressante qui malheureusement n'aboutie qu'à un final convenu et surtout attendu. Ceux qui ont apprécié WHITE CHRISTMAS (S02) accrocheront à BLACK MUSEUM : même structure narrative avec un personnage contant son passé via des anecdotes qui sont imagées, avant qu'un lien ne soit fait entre les divers protagonistes. Un peu difficile toutefois de croire à cet homme et à l'impunité dont il a pu jouir dans le passé.
Les deux petits chefs d’œuvre de cette saison sont METAL HEAD et le premier épisode, USS CALLISTER.


Un épisode en N&B, trépidant et sans pitié.

METAL HEAD est un post-apo qui prend à la gorge en narrant la traque sans relâche d'une femme par une sorte de robot-chien militaire dangereusement armé et impitoyable, sur le thème de ce qu'il reste à l'humain désespéré. Il rappelle aussi bien TERMINATOR pour l'inexorabilité de sa machine à tuer (que l'apparence rend plus troublante encore) que LA ROUTE, pour le côté nihiliste de cet univers mort et déserté de toute vie. L'épisode est magnifique (entièrement en noir et blanc), épuré à l'extrême dans la narration, un véritable coup de poing mettant en relief la petite flamme d'humanité persistante des survivants sans espoir aucun. Nul doute que l'épisode fera date et autorité dans le genre des films d'anticipation, revenu à la mode depuis une dizaine d'années. 
Une claque également avec USS CALLISTER, dont il est hélas difficile de parler en détails sans en affaisser l'intérêt. Disons que l'une de ses forces est de traiter des geeks, des reclus, et de réussir finement à nous faire éprouver des émotions diamétralement opposées à leur égard. Un épisode sombre, mais également angoissant et anxiogène via son récit dans l'urgence, finissant durement comme ce que BLACK MIRROR sait nous asséner régulièrement en plein museau depuis ses débuts.
Autant dire tout de suite qu'on en redemande.

Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=hFGfzxv9LCQ




PUNISHER, SAISON 1
(créée par Steve Lightfoot, Décembre 2017, Netflix)

Cette première saison du Punisher était attendue, notamment par ceux qui comme moi qui avaient été complètement emballés par l'intronisation du personnage dans la saison 2 de DAREDEVIL. Violent mais aussi attachant, Frank Castle de son vrai nom opposait donc une justice expéditive à base de balles en pleine tête à celle, plus constitutionnelle, de Daredevil et ses petits coups de pieds sautés. 
Cette saison commence cependant assez mal, projetant Castle dans un mauvais B des familles où il corrige des ouvriers malhonnêtes lui manquant de respect et ayant expliqué en plein milieu du chantier leur plan de braquage de la mafia locale ! Pour la subtilité, il faudra repasser. Passé ces 3 premiers épisodes relativement pénibles, médiocres et surtout peu crédibles, la série prend enfin son envol, gagnant en qualité alors que les badguys se dessinent, que les bons remuent ciel et terre pour faire éclater une vérité longtemps larvée. Et qu'un némésis déviant du Punisher, né des affres de la guerre, se créé dans la souffrance psychologique. 
L'adaptation du comics est plutôt bonne ; forcément, Frank n'est plus un vétéran du Vietnam, et il a une implication directe dans le complot dont il est également victime, ce sentiment de culpabilité densifiant son personnage qui cherche bien entendu à se venger.


L'ultime vigilante est lâché dans les rues de New York.

PUNISHER comporte son lot de scènes d'action et de violence particulièrement grâtinée (énucléation, abattage de blessés au sol sans défense, frottage de bobine sur du verre...), en n'oubliant toutefois pas certains exercices scénaristiques des plus galvanisants, comme cet épisode raconté selon plusieurs points de vue différents, façon RASHÔMON de Kurosawa.
Sans pitié ni pardon, c'est le credo de Castle... Du moins dans le comics, où il ne fait jamais montre d'aucune indulgence envers les criminels. Dans la série, la règle n'est pas toujours appliquée, même si c'est parfois pour servir l'évolution du récit (le vendeur d'armes dans le container).

Là où le comics présente un homme froid, une âme morte enfermée dans un corps encore vivant, appliquant mécaniquement ses plans d'éradication à grande échelle de la criminalité (interprétation reprise tel quel avec brio par Lundgren en 89), Jon Bernthal compose un Punisher hargneux et plus humain. Il fait pencher le côté psychopathe du personnage vers le pétage de plomb / extériorisation de son mal-être lors des diverses échauffourées.
Ici on a un Castle qui ressemble davantage à un animal blessé, une bête souffrant qui pourrait éventuellement remonter un peu la pente au contact de la gente féminine, comme le montre les belles séquences avec la journaliste Karen, mais aussi avec la famille de Microship. 
Riche de personnages bien travaillés (Russo, le jeune vétéran ou encore Madani), la saison s'achève sur un cliffhanger finalement assez discret (Jigsaw, méconnu en l'état du grand public), après une débauche d'artifice et de gore faisant honneur au personnage principal, traîné dans la boue des deux dernières adaptations cinématographiques de sinistre mémoire.
Impatient de découvrir où tout ça va nous amener lors de la saison 2.

Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=uaoked-OEys


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Je me suis arrêté à un Top 10, même si d'autres films ont retenu également mon attention : le très "B-movie" à l'ancienne LIFE, le sympathique TOUS EN SCENE, l'éthéré NEMESIS / SAM WAS HERE, l'efficace TUNNEL, l'imparfait mais respectable CA, le bon GET OUT pour ma part un peu sabordé par un twist putassier, ou encore PREMIER CONTACT, ce dernier étant une véritable réussite de Science-Fiction humaniste et poétique.

Arthur Cauras.




mardi 9 mai 2017

TOP CINE 2010's : LE TERRITOIRE DES LOUPS (2011)

LE TERRITOIRE DES LOUPS (2011) :
ET LA MORT N’AURA PAS D’EMPIRE.

par Arthur Cauras, 10.05.2017


Après le crash de leur petit avion en pleine forêt d'Alaska, isolée de tout, une bande de rescapés va tâcher de survivre dans cette nature enneigée autant splendide qu'hostile envers les hommes civilisés. 



Survival violent et sans fioritures, LE TERRITOIRE DES LOUPS est avant tout une véritable réflexion sur la Grande Faucheuse, qui nous attend inexorablement, et comment chacun y fait face.
Solennellement et crédiblement, le film assène la mort sans logique particulière, de manière sordide ou sereine à ses personnages affaiblis, nous laissant y assister objectivement ou depuis le point de vue du mourant qui la subit. La scène du père se remémorant sa fillette aux longs cheveux tandis que des loups le massacre est à ce titre aussi poétique que tétanisante.

La mort est brutale, et arrache à la vie tel le héros extirpé de ses songes réconfortants (un moment suspendu dans le temps, sous les draps blancs avec sa femme) par l’accident soudain frappant le petit avion.
Le film nous flagelle de séquences à glacer le sang (la survivante tremblante au loin en contre-jour… qui est en fait un cadavre en train d’être dévoré par un loup hors de la vue du personnage voulant se porter à son secours), des pics de stress qui nous malmènent en nous sortant de l’état contemplatif dans lequel l’entreprise baigne.

Dans THE GREY, les loups sont très anxiogènes,
et c'est peu de le dire.


La magnifique musique accompagne les personnages sur leur styx neigeux, d’un rythme calme, apaisant, bienveillant, symbolisant tantôt un espoir, tantôt un effort, une pause, un arrêt définitif, un accompagnement plus ou moins violent dans l’au-delà. Le travail de Marc Streitenfeld (habitué du rôle de compositeur chez Ridley Scott, qui est ici producteur) entérine une mélancolie de tous les instants.

On ne juge pas, dans LE TERRITOIRE DES LOUPS. On observe. On peut tout d’abord souhaiter du mal à celui qui est présenté comme le salaud du groupe, puis on se ravise. Chacun a ses failles. Les masques sociaux tombent. Les personnages s’ouvrent durant une accalmie entre deux attaques, entre deux avatars. On parle des choses qui ont compté dans la vie. On se prend d’empathie. On se rend compte que, dans l’absolu, personne ne mérite vraiment de périr. Mais pourtant la vie, ou plutôt la Nature doit poursuivre inlassablement son cycle, que ça plaise ou non, que ça paraisse juste ou non, que ça détruise moralement ou pas, que ça ait des séquelles sur les familles par la suite, ou pas. C’est cette impartialité qui nourrit sa noblesse, c’est ce qui la rend inexorablement fascinante. 

Ce qui fait de nous des hommes pour le réalisateur Joe Carnahan, déjà auteur de l'excellent NARC, c'est de toujours se battre jusqu'au dernier souffle tout en acceptant cette fatalité qu'au bout du chemin, ce soit la même fin qui nous attende tous.
"Vivre et mourir en ce jour…"
Lors de cette histoire quasi-métaphysique où la mort peut frapper à tout instant, l'homme est montré sous son jour le plus viril (combattre des loups avec des armes de fortune, résister à la faim, faire face à la mort) mais également le plus sensible (l'entraide, les réconfortants souvenirs avec les proches, la peur de mourir).
Lier la nostalgie et la survie, tout en proposant un spectacle haletant et immersif au sein de décors grandioses ; voilà l'objectif escompté et atteint par ce transcendantal TERRITOIRE DES LOUPS.

Tout est une question d'instinct, même pour un personnage
aux pulsions suicidaires.


« La peur n’évite pas le danger » dit-on… Ici, la peur n’empêche pas la mort. Parfois, après avoir tout donné, il s’agit tout simplement de la prendre dans ses bras comme une vieille amie.


Arthur Cauras.

ps: une partie de cet article avait été à la base publiée dans le magazine FIGHTSPORT n°101, dans une rubrique où les gens de la communauté des Arts Martiaux pouvaient parler de leurs films préférés. J’y avais participé en tant que réalisateur et monteur dans le milieu des Arts Martiaux.


ps2: Pour ceux qui ne sauraient pas, une très courte séquence survient après le générique de fin... Pas grand chose à voir avec les teasings Marvel, autant vous le dire tout de suite.


Trailer VOST:


Fiche technique 
Réalisateur : Joe Carnahan
Scénario : Joe Carnahan & Ian Mackenzie Jeffers
Avec : Liam Neeson, Frank Grillo, Dermot Mulroney
Année : 2011



mercredi 16 novembre 2016

THE PUNISHER (1989): BURN, MOTHERFUCKERS!



THE PUNISHER (1989):
BURN, MOTHERFUCKERS !

par Arthur Cauras, 16.11.2016


Inutile de tourner autour du pot.
Cette première adaptation cinéma du comics éponyme est également la meilleure existante d'entre les 3, c'est une excellente adaptation tout court, également le meilleur film de Dolph Lundgren (synthétisant toutes les forces de son jeu de comédien et ses performances physiques), l’une des meilleures adaptations de comics qui soit, et tout simplement l’une des meilleures série B de mémoire d’homme. Quelqu'un a t’il quelque chose à redire? 




Non, assurément. 

Validable à tous niveaux (du scénario en passant par la musique, la Direction artistique, jusqu'au générique de début), le film montre un Lundgren irréprochable et incarnant totalement le personnage tourmenté et psychopathe de Frank Castle aka Francis Castiglione aka le Punisher. Traits tirés, tête d'enterrement, Lundgren porte toute l'horreur, la dépression d'avoir perdu ses proches, comme aucun autre de ses interprètes cinéma ne réussira à faire par la suite. 

Le vigilante n'a rien à perdre, dégage une aura de mort, de folie, de suicide, hante les égouts, est sale, se guérit tout seul comme un chien, se bat violemment sans emphase malgré son expertise en close-combat et en armes à feu. 
Son spleen, mêlé à un code de justice ultra-radical, transparaît dans chacune de ses scènes via le brillant scénario, confrontant Castle à des choix moraux (s'allier avec le mafieux qu'il veut crever afin d’en descendre un autre et sauver un gosse), dessinant toujours plus ses traits psychologiques durant l'action et en dehors de cette dernière.

Dolph Lundgren incarne un Frank Castle lessivé
mais déterminé dans sa quête extrémiste.

Les autres personnages ne sont pas en manque et le film est habité par une armada de bad guys hautement charismatiques, qui changent de tous les caves qu'on peut subir dans les films de super-héros de cette dernière décennie, certains pourtant sans beaucoup de temps de présence à l'écran. 
Comme cette frêle adolescente mutique adepte du ninjutsu, qui met à mal Castle lors d’une des nombreuses joutes crédibles du film, le tailladant avec ses gadgets létaux type crochets dans les chaussures et boucle d'oreille tranchante ! 
Jeroen Krabbe, tout droit sorti des films européens de Paul Verhoeven, apporte beaucoup à l’atmosphère souvent pesante du film, campant un vilain à la fois inébranlable dans ses projets et perméable sur certains aspects (via son statut de père, qui fait antithèse avec Castle qui a perdu femme et enfants).
La chef des Yakuzas n'est pas en reste au travers de moments encore très forts actuellement, comme lorsqu’elle éradique des concurrents dans un restaurant italien ou cherche à forcer un mafieux à se suicider afin d’épargner son fils. 

Un des nombreux combats impitoyables de THE PUNISHER : qui vit
par l'épée périra par... la hallebarde !

Les scènes de bravoure s'enchaînent et ne se ressemblent pas, là-encore il faut souligner leur originalité, on peut même y voir les prémices de ce qu'on trouvera dans les très bons films de John Hyams (UNIVERSAL SOLDIER : DAY OF RECKONING) : le héros se tape dans des chorégraphies épurées mais spectaculaires, tout en traînant un spleen prégnant de tous les instants. Soit un mélange atypique mariant série B avec 1er degré bienvenu.

Le rythme du métrage est au cordeau et fait clairement sentir la bouteille de Goldblatt en tant que monteur (il a officié entre autres sur les deux premiers TERMINATOR, STARSHIP TROOPERS... Excusez du peu!) : tout est toujours lisible et monté au millimètre, comme cette scène nocturne sur les quais, quand Lundgren se met à courir en parallèle à un van.
Course / coups de fusils sur le van / coups de fusil sur un agresseur vite giclé / abordage du van / meurtre du conducteur / éjection du véhicule avant qu'il ne sombre / coup de fusil sur un autre assaillant projeté dans une caisse / arrivée de l'élite des Yakusas / blessure par jet de couteau / chute dans l'eau de Castle / mitraillage de la surface... Enchaînement de la séquence suivante, et sans fondu, où le van est extirpé des eaux par la police.
Tout ça en une poignée de secondes, parfaitement intelligibles. On aurait envie de conseiller aux réalisateurs et monteurs actuels de films d'action, trop souvent adeptes du jump-cut gratuit et autres shacky-cams nauséeuses, de régulièrement rejeter un oeil à ce film.


Castle et Franco s'alliant à contre-coeur :
l'hécatombe finale peut commencer.
Tout ce qui se trouve dans le comics se retrouve dans le film PUNISHER ; une ambiance lourde, pesante, dépressive, baignée dans la folie et dans la violence la plus absolue.
A aucun moment on ne sent que le réalisateur a fait de concession, ayant totalement cerné le personnage de Castle.
Impacts de balle pleine boîte, empalements, égorgements, jets de chausse-trappe dans la tronche, fusillades diverses et variées... La boucherie bat son plein, contribuant à décrire un univers sans aucune pitié, comme lorsque Castle transperce un malandrin d'une flèche à laquelle est fixé un câble lui permettant ensuite de descendre d'un point en hauteur !

On a honnêtement peu de chance de revoir de nos jours une séquence comme celle du massacre arbitraire des kendokas au fusil mitrailleur, qui démontre une fois pour toute si besoin était combien Castle se moque éperdument d'avoir un quelconque code d'honneur, tant que le "boulot" est fait !

Le climax du film et les dialogues finaux entre le Punisher et le jeune garçon finissent d'enfoncer le clou de l'extrémisme de ce personnage et d'en faire un véritable croquemitaine urbain dont l'ombre planera à jamais sur la ville.






Durant le générique de fin, on regrette d'ailleurs bien que Lundgren et Golblatt ne soient pas parvenus à l'époque à monter une suite, tant les aventures de ce sombre personnage flingué du bulbe s'y seraient prêtées.

Pour se sustenter, reste la version incarnée pour la télévision par le talentueux Jon Bernthal dans la saison 2 de DAREDEVIL, qui aura droit à sa propre série d'ici 2017 !

A noter la sortie récente chez Ecstasy of Films d'une excellente édition Bluray de PUNISHER, sertie de nombreux bonus, dont des séquences (à juste titre) coupées au montage. 
Mais ces bonus paraissent presque désuets quand on les compare à la mine d'informations que contient le livre fraîchement paru PUNISHER : L'HISTOIRE SECRETE, écrit par Jérémie Damoiseau. Le collaborateur officiel de Dolph Lundgren a fait un véritable travail de titan en recueillant les propos et anecdotes des techniciens et artistes du film, rendant l'ouvrage tout simplement passionnant et surtout, définitif ! Livre dispo sur le site de la Fnac, d'Amazon et BOD.


Arthur Cauras.




Punisher : l'Histoire secrète est LA source d'informations
exhaustive sur le film de Mark Goldblatt. Visuel non contractuel.

ps : J'étais intervenu à travers l'article d'Antoine Katerji pour Rue89, qui parlait des fans-films sur le Punisher :
les Punisher du net



Trailer VO The Punisher 1989

Fiche technique 
Réalisateur : Mark Goldblatt
Scénario : Boaz Yakin
Avec : Dolph Lundgren, Jeroen Krabbé, Kim Miyori
Année : 1989

dimanche 21 août 2016

VAN DAMME : LE POING SUR SA CARRIÈRE



VAN DAMME : 
LE POING SUR SA CARRIERE

par Arthur Cauras, 22.08.2016

Résumer Jean-Claude Van Damme en quelques mots, d’un point de vue français?
Karatéka. Sympathique. Farfelu. Belge. Rêve américain. Drogue. Télévision française. Philosophie barrée mais pas non-sensique. Renaissance. Acteur. Drôle. Imparfait. Nature. Honnête.

Image issue de la série "Jean-Claude Van Johnson",
produite par Ridley Scott (2016).


La carrière de Jean-Claude a connu des (très) hauts et des (très) bas, tout comme sa vie personnelle, ce qui n'empêche pas le belge le plus célèbre d'Hollywood de jouir d'un public de fans toujours aussi nombreux.

A l'heure où les réseaux sociaux permettent aisément de mesurer la cote de célébrité de quelqu'un, la page Facebook de Van Damme compte actuellement près de 18 millions de fans, un peu plus par exemple que Mark Wahlberg, pourtant l'un des 5 acteurs les plus rentables de 2014 (1 milliard de dollars de recette pour TRANSFORMERS 4).

Les films de Van Damme ne sortent pourtant directement plus qu'en vidéo, pour la majorité d'entre eux. 



Mais la force de Van Damme, c'est d'être "L'action-star" de laquelle émane une image d'homme simple et sympathique, imparfait mais ne cachant pas ses défauts. Un acteur et personnage public qui parle alors bien plus aux spectateurs fans d’action que les autres stars dont l’attitude promotionnelle est évidente à chacune de leurs sorties.

Dès ses débuts, il applique la même recette dans BLOODSPORT que Bruce Willis le fera dans DIE HARD (sorti un peu plus tard en 1989) : un héros plus humain pour développer plus d'empathie et donc de sympathie de la part du public.

Le duel final légendaire de KICKBOXER (David Worth, 1989)

Après un court-métrage siphonné qui le met dans la peau d'un karatéka gay (MONACO FOREVER), il décrochera son premier rôle digne de ce nom dans la co-production americano-hongkongaise KARATE TIGER, incarnant le grand méchant russe se dressant face au jeune héros.
Van Damme bouffe l'écran et vole la vedette à tout le monde, ce qui est encore le cas avec BLACK EAGLE (encore un rôle de bad guy russe !) dans lequel il écrase de son charisme le vétéran Sho Kosugi (les posters seront refaits plus tard, avec un Van Damme mis bien plus en avant que son partenaire japonais, pourtant 1er rôle du film)...





BLOODSPORT :
LE RENOUVEAU DES ARTS MARTIAUX

La carrière de Van Damme commence véritablement avec le film-culte BLOODSPORT (1988).
Ce script qui raconte la soit-disante histoire vraie d'un combattant américain prenant part à un tournoi clandestin à Hong Kong, le producteur Menahem Golan ne mise pas grand chose dessus. Aucune star n'est prévue pour jouer le rôle principal de ce projet, et c'est le sympathique cascadeur Jeff Pruit qui est initialement prévu (dixit l'intéressé). Mais celui-ci, blessé à la cheville, est forcé de décliner l'offre.

Entre temps un jeune étranger nommé Van Damme (clandestin dormant à l'époque dans sa voiture, selon ses propres dires) passe son temps à camper devant le bureau du-dit producteur, et de clamer qu'il sera une star. Comme le veut la légende, à force d'abnégation, le jeune Van Damme fini par décrocher un entretien avec le nabab (déjà producteur d'une vingtaine de films) qu'il impressionne avec son fameux grand-écart et quelques coups de pieds sautés le décoiffant.
Se disant qu'il faut bien finir par tourner ce scénario au budget dérisoire, et peut-être ayant encore en tête la frustration d'avoir laissé filé quelques temps plus tôt un inconnu au nom imprononçable qui lui tenait le même discours (un certain Arnold Schwarzenegger), Golan valide Van Damme dans le rôle.
L'énergie et la détermination de Van Damme ont payé, le tournage à Hong Kong débute, durant lequel il s'inspire beaucoup de son maître à penser Bruce Lee dans sa façon de se figer après un coup spectaculaire, mettant en avant ses qualités techniques, éclipsant un manque d'expérience en matière de comédie.
Séquences d'entraînement hardcores, présentation de combattants internationaux aux styles de combats variés, bad-guy bien méchant... Au final du tournage, BLOODSPORT s'annonce vraiment bien.
Malheureusement le film, dans sa première mouture, est mou, peu intéressant et déçoit Golan qui décide de le sortir uniquement en vidéo (ce qui à l'époque est vu comme un échec complet).
Van Damme, stressé, le convainc de le laisser remonter lui-même le film avec l'aide de son ami Sheldon Lettish (co-scénariste). Et c'est sur cette volonté d'optimiser les choses, cette mentalité de ne rien lâcher, que sans le savoir, Jean-Claude va lancer sa carrière et se faire un nom.


Le déclencheur de la carrière de Van Damme a failli rester
dans l'anonymat (BLOODSPORT, Newt Arnold, 1988)


En effet lors de ce remaniement, Van Damme créé un rythme et un style de montage qui seront sa marque pour la décennie à venir. Il fait en sorte que lors des joutes, les coups soient lisibles et spectaculaires, et pour ça il ne se sert non pas du meilleur des axes de caméra, mais les enchaîne tous les uns après les autres à des vitesses différentes. L'action décuplée ainsi s'en voit magnifiée et surtout, contrairement à la majorité des autres films d'arts martiaux de l'époque, elle est également intelligible pour les néophytes. 
Le montage de BLOODSPORT deviendra sa pierre angulaire et lui servira de référence pour la dizaine de films qui suivra dans sa carrière (et donnera naissance à une flopée d'acteurs de seconde zone singeant ce style). Le long-métrage a maintenant son identité et c'est un Golan charmé qui le sort alors en salles. Le triomphe est inattendu et planétaire, notamment en France, ce qui fait dire au belge encore aujourd'hui que ce sont « les français qui l'ont fait ». 

Encore de nos jours, BLOODSPORT reste un film-culte, l’avénement du MMA et ses confrontations d’athlètes venus de différents horizons martiaux contribuant à faire perdurer le charme de l’entreprise. Echange de bons procédés : beaucoup de combattants citent ce film et OPERATION DRAGON comme étant les principaux déclencheurs de leurs vocation pugilistique !


LA MACHINE EST LANCEE

Les gens accrochent au style flamboyant de Van Damme, mais aussi à la candeur qu'il dégage, ce côté « enfant dans un corps d'adulte », à cette image de type droit dans ses bottes et de bonne volonté, lié d'une manière ou d'une autre aux arts martiaux grâce auxquels il éprouve ses personnages.

Durant cette première période, Van Damme va régulièrement jouer la carte du héros mutique à la Alain Delon (autre icône cinématographique qu'il admire), tout en y ajoutant quelques faiblesses ; ses personnages ne sont pas invincibles, pas parfaits mais travaillent sans relâche pour le devenir.

A ce titre, ses films le montrent presque toujours se faire martyriser par ses opposants, avant de revenir plus fort après avoir repris confiance en soi, avec ou sans l'aide de ses proches.

La formule est très efficace et conquiert le public, un parterre de fans qui ne se tarira jamais vraiment.

Van Damme marche sur les traces de Mad Max
dans CYBORG (Albert Pyun, 1989)

Les succès internationaux s'enchaînent.
CYBORG surfe sur la renommée de MAD MAX, proposant une chasse à l'homme trépidante aussi avare en dialogue que généreuse en fight en tout genre. Là encore, Van Damme retravaille le montage des combats du film, les rendant tantôt plus vifs et stressant (coups de couteau et lame sortant d'une chaussure frôlant les corps), tantôt plus épiques (la confrontation finale sous la pluie dans un Atlanta en ruines).
La récente projection du film à la Cinémathèque française a prouvé que le film jouissait encore de nos jours d'un petit statut de film culte, avec son public totalement entraîné dans l'action de cet univers en déliquescence.
"Pour faire un bon film il faut un excellent méchant", disait Hitchcock : la recette est appliquée dans CYBORG avec son cannibale anarchiste au regard d'acier, mais aussi dans le film suivant, KICKBOXER, avec le fameux Tong Po via sa scène de présentation où il égraine un pilier avec son seul tibia. Cette espèce de reboot de BLOODSPORT connaît un grand succès public, exalté devant les prouesses du jeune héros naïf qui se transcende dans la douleur à l'entraînement afin de venger son frère paralysé.

FULL CONTACT est une relecture du BAGARREUR avec Charles Bronson, dans lequel Van Damme déboite un par un les opposants de combats clandestins (une idée récurrente de son début de filmographie, qui reviendra plus tard dans IN HELL), afin de gagner l'argent nécessaire à la survie de la famille de son frère fraîchement décédé.

Il change de registre en s'essayant au thriller carcéral avec COUPS POUR COUPS, le temps de traquer le serial-killer, dévoiler un trafic d'organes et de rosser un malandrin à coups d'haltère, avant de s'attaquer à DOUBLE IMPACT où il joue des frères jumeaux à la personnalité différente défiant de vilains mafieux, parsemant le film de touches d'humour.
Tous ces films mettent bien évidemment en valeur les caractéristiques martiales de Van Damme, sa générosité en terme d'action, et marquent les esprits. Sa réputation croit à travers le monde, il est clairement la nouvelle star du cinéma d'action, au même niveau qu'un Stallone et qu'un Schwarzegger devenus ses amis, ce qui ne sera pas le cas avec le monolithique Steven Seagal qui lui tirera la bourre au box-office.



Une constante dans ses films : Van Damme se fait toujours molester
avant de reprendre la main. Ici dans FULL CONTACT (Sheldon Lettich, 1990)

Son premier film en tant que « simple » acteur, Van Damme le livre à son public via CAVALE SANS ISSUE, choix de carrière assez osé (quasiment pas d'action) qu'il peut se permettre après le carton de son premier film de studio, UNIVERSAL SOLDIER, dont il partage l'affiche avec Dolph Lundgren.
Il va débaucher le réalisateur talentueux du polar culte THE HITCHER, Robert Harmon, pour se faire diriger dans ce drame épuré également mené par Rosanna Arquette. Succès à la clé, confirmant à Jean-Claude qu'il peut varier ses projets et se mettre en danger artistiquement, sans perdre ses fans.

Le firmament de sa carrière est atteint en 1993 et 1994 avec l'actionner CHASSE A L'HOMME, qui permet au père de A TOUTE EPREUVE et de THE KILLER, John Woo, de faire son premier film américain. Rixes, fusillades, poursuites menées tambour battant assurent à cette relecture des CHASSES DU COMTE ZAROFF un énorme succès à sa sortie, qui sera suivi par celui encore plus grand de TIMECOP, inégalé à ce jour dans la carrière de Van Damme.

Qui dit succès dit argent, qui dit argent dit contrat, et Jean-Claude va alors faire l'une des plus grandes erreurs de son parcours, comme il l'avoue lui-même de nos jours.

CHASSE A L'HOMME : l'un des plus grands succès internationaux du belge,
sous la houlette du virtuose John Woo (1993)




STREET FIGHTER :
LE FILM DU DECLIN

Quand le studio Universal propose par téléphone un véritable pont en or à Van Damme (12 millions pour 3 films), celui-ci répond froidement qu'il en veut 20, comme Jim Carrey (une des plus grosses stars Hollywoodiennes de l'époque). Ce à quoi son interlocuteur lui aurait répondu «Amusez-vous bien Monsieur Van Damme…», avant de raccrocher… Tout le monde dans son entourage fait des bonds de 10 mètres en apprenant la nouvelle.
Mais de l'argent, on lui en propose un bon paquet pour tenir le rôle de Guile, personnage emblématique du jeu vidéo mondialement connu « Street Fighter II », et Jean-Claude saute sur cette occasion financièrement très intéressante.
Au contraire du grand public, ses fans ne vont pas accrocher à cette adaptation certes divertissante mais avec trop peu de rapports avec ce qu'il faisait jusqu'à présent et ils vont lui faire payer : c'est le pivot de sa carrière, qui ne sera plus jamais comme avant.

De l'action sans trop de violence, vantait Van Damme à l'époque: STREET FIGHTER
glanera les foules mais brisera un lien entre le belge et ses fans,
ce qui enclenchera le déclin progressif de sa carrière.



DEUXIEME PARTIE DE CARRIERE :
LA QUALITE ET LES DTV

Van Damme redouble pourtant d'efforts, ne cessant de débaucher des réalisateurs de renom pour le pousser dans ses retranchements de comédien et d’athlète.
Il livre ainsi une très belle prestation de héros tourmenté découvrant le passé de son jumeau décédé dans le polar âpre et violent RISQUE MAXIMUM, après avoir monté son ambitieux projet en tant que réalisateur/acteur : faire un « BEN-HUR version arts-martiaux » avec LE GRAND TOURNOI.
Mais les succès très relatifs et les échecs commerciaux commencent forcément à laisser des traces, le moral est bas, et Van Damme sombre dans une période de cocaïne. Ses passages à la TV française faisant le beurre des émissions de divertissement.

Paradoxalement c'est à cette époque qu'il livre certains des films les plus intéressants de sa carrière.

DOUBLE TEAM peut être considéré comme un des meilleurs films d'action des 90's, chatoyant et déjanté, préfigurant même quelque part les films-comics à venir : dirigé par le génie du cinéma asiatique Tsui Hark (IL ETAIT UNE FOIS EN CHINE), Van Damme y incarne une sorte d'agent secret sauce arts martiaux, évoluant dans un monde dégénéré dominé par un père vengeur (Mickey Rourke) détruit par la mort accidentelle de son fils.
L'action y est à son paroxysme, on voyage d'un pays à l'autre façon James Bond, il y a 1000 idées à la minute, jouant sur la thématique du caché et du faux-semblant (une lame dissimulée sous un pied nu, un étui à guitare-mitrailleuse, un couffin-bombe, etc), multipliant les hommages aux références du genre (LE PRISONNIER), dont l'apothéose se déroule dans le Colisée de Rome avec Van Damme, Rourke, Denis Rodman... Et un tigre. 
Résultat : un gros four au box-office, qui n'empêchera pas la même équipe d'aller encore plus loin dans le concept avec la peloche joyeusement fêlée PIEGE A HONG-KONG, dotée d'un scénario aussi jouissif qu'imbitable écrit par Steven de Sousa (DIE HARD mais aussi… STREET FIGHTER), dans lequel Van Damme combat des cuistots karatékas, participe à une course de pousse-pousse durant laquelle il se fait fouetter le fondement avec une anguille, tente de maîtriser un hors-bord projeté dans les airs par des explosions vertes (!), affronte un méchant russe contrebandier dont les verres de lunettes sont des lames... Un fourre-tout bordélique pas possible, qui ne débande jamais et propose un spectacle hautement réjouissant et drôle... Qui laissera à nouveau le public de marbre.

Image tirée de DOUBLE TEAM : un des films les plus déjantés
de sa génération (Tsui Hark, 1997)

LEGIONNAIRE, relecture de IL ETAIT UNE FOIS LA LEGION, permet là encore à Jean-Claude de montrer son évolution en tant que comédien, dans une histoire dramatique, portée par une musique mélancolique animant des scènes de guerre spectaculaires se déroulant dans des décors splendides. Le film connaîtra une sortie salles et un succès mineurs, le poussant à honorer le contrat le liant à la saga UNIVERSAL SOLDIER dont le premier opus reste l'un de ses plus gros cartons en salles.

Avec UNIVERSAL SOLDIER : LE COMBAT ABSOLU (1999), il signe donc ce qui doit être le dernier représentant des films d'action typés pré-années 2000: un scénario totalement occulté par une action omniprésente, montrant son personnage de super-soldat Luc Devreaux combattre d'autres militaires améliorés scientifiquement, afin de retrouver sa fillette.
Cette séquelle honnête dans son concept simpliste (vous voulez de l'action, on vous en donne) ne fonctionne là encore pas en salles, ce qui amène Jean-Claude a céder au chant des sirènes du monde du DTV (Direct-to-video, soit les films ne connaissant pas de sorties cinéma).


C'est ainsi qu'il joue dans le western-métaphysique complètement barré INFERNO, mis en scène par le réalisateur de ROCKY, racontant l'histoire d'un type suicidaire en pleine expiation arrivant dans une bourgade paumée, montant deux gangs l'un contre l'autre, façon YOJIMBO / POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS, à cause d'une histoire de bécane volée (!).
Doté d'un humour assez spécial et de séquences "What the fuck" (Jean-Claude cul nu devant une demoiselle "voulant le remercier", Jean-Claude en marcel faisant de la moto à côté d'un coyote en plein désert, etc), le film est un OVNI parfaitement fascinant, provoquant toutefois les sarcasmes des téléspectateurs (ne parlons même pas de la critique), qui arguent alors que sa carrière est bel et bien terminée.



VAN DAMME
OU LE CHEMIN DE LA REDEMPTION

Mais Van Damme est difficilement calculable et va au contraire continuer à pousser sa carrière vers la qualité, la marquant des thématiques du rachat et de la rédemption.
Il est facilement imaginable que l’écroulement de son confort de super-star et la déchéance connue via la drogue y sont certainement pour beaucoup. Il multiplie alors les projets bien plus personnels dans lesquels ses personnages sont meurtris, déboussolés, tourmentés, brisés ou au bout du rouleau, cherchant à renaître de leurs cendres.


Van Damme dans l'un de ses meilleurs rôles : celui du clone
ingénu dans REPLICANT (Ringo Lam, 2001)

REPLICANT, sorti au cinéma et réalisé par Ringo Lam, est de cette trempe. Affectionnant les rôles de doubles/jumeaux, il interprète un tueur en série sadique qui se voit cloné par le gouvernement pour mieux lui mettre la main dessus.
Le clone est certainement l'une des meilleures performances du belge, totalement investi dans ce rôle. Rien d’étonnant pour quelqu’un désormais obsédé par cette thématique de la rédemption; quoi de plus galvanisant que d’incarner un être « ré-accouché », totalement pur, un véritable nouveau-né dans un corps d’adulte?
Le clone, candide et inoffensif dans un premier temps, apprend en vitesse accélérée à marcher, manger, comprendre le monde, et se heurte à la violence des hommes, lors de séquences aussi simples que poignantes, notamment quand il se fait injustement battre comme un chien par le policier ayant sa garde, qu'il découvre son environnement (la pluie, le verre) ou encore lors de son premier rapport sexuel.
REPLICANT est à n'en pas douter l'une des preuves les plus parlantes du talent de sa vedette, qui se détache définitivement des acteurs mono-expressifs des autres films d'action et d'arts martiaux.




Il continuera dans cette démarche avec l'excellent IN HELL, après un quelconque THE ORDER et un POINT D'IMPACT de sinistre mémoire.
Dans ce film de prison hardcore, signé là-encore Ringo Lam, Van Damme livre l'une de ses meilleures prestations, jouant un honnête citoyen jeté dans une prison russe où les combats clandestins permettent à des geôliers sadiques de se divertir.
Littéralement traîné dans la boue, se laissant mourir de faim, dans un état physique lamentable, mis au mitard où s'écoulent les déjections des détenus (!), l'homme parvient à se rebâtir dans la douleur, mutant bientôt en bête fauve livrant des combats ultra-violents, avant de connaître diverses phases mentales lui permettant d'accepter la disparition de sa femme. IN HELL, injustement sorti directement en vidéo, est clairement l'une des plus grandes réussites de Jean-Claude, à tous points de vue, et peut être vu comme un film très personnel - autant voir plus que le JCVD à venir. En effet, on peut y voir la prison comme une représentation d'Hollywood, avec un Van Damme candide y entrant et s'y faisant concasser, avant de revenir du fond du trou (littéralement) pour s'en échapper. 


Van Damme retrouve le réalisateur Ringo Lam pour une nouvelle
collaboration de qualité, avec l'excellent et masochiste IN HELL (2003)

Il poursuit ses efforts avec une nouvelle composition de héros dépressif dans L'EMPREINTE DE LA MORT (sorti en salles française, réalisé en petite partie par Ringo Lam, encore lui), qui noie son chagrin dans l'alcool avant d'aller dérouiller les mafieux à l'origine du meurtre de sa famille, et se met en danger dans JUSQU'A LA MORT (DTV), dans lequel il campe un personnage de flic pourri qui se dégoûte lui-même, trompant sans conviction sa femme entre deux affaires miteuses, avant de tout faire pour mourir avec les honneurs.
Ces choix de héros particulièrement tristes, donnent l'impression que Jean-Claude cherche à ouvrir une voie "film d'action auteurisant" à sa filmographie.

Et justement, la consécration de ses talents de comédien, Van Damme la connaîtra avec le très bon JCVD, un faux-vrai film sur sa vie, mêlant véritables et fausses anecdotes sur son quotidien (procès, cachetonage dans des DTV, relation avec les fans…), alors qu'il est pris dans le braquage de la Poste de Bruxelles, opéré par une équipe de bras cassés. 
Rien que le faux-trailer sorti à l'époque, montrant un simili-casting pour le rôle de Van Damme durant lequel celui-ci débarque à l'improviste, annonce quelque chose de fort, drôle et original.
Ce film sorti au cinéma, fortement inspiré d’UNE APRES-MIDI DE CHIEN, brille par son équilibre entre humour et drame et séduit à la fois le public et la critique, qui découvrent le belge sous un jour inattendu. 
La scène dite du confessionnal où face-caméra, Jean-Claude revient sur tous ses travers passés en plan-séquence, fera à juste titre parler d'elle et servira en plus de remise des compteurs à zéro concernant les sarcasmes des médias français à son sujet.
Dans JCVD, Van Damme démontre s'il en était encore besoin qu'il est un véritable comédien.


Un Jean-Claude à nu et 100% comédien dans JCVD
(Mabrouk el Mechri, 2008)

Même lorsqu'il poursuit son contrat de séquelles DTV à UNIVERSAL SOLDIER, il reste dans cette optique de livrer des prestations premier degré. Sa rencontre avec le fils de Peter Hyams (OUTLAND), John, est certainement l'une des meilleures choses qui lui arrive.

John Hyams vient des Beaux-Arts et du documentaire, est passionné par le MMA (son docu THE SMASHING MACHINE est l'un des meilleurs du genre), par les films de John Carpenter et David Cronenberg, il a une vision du genre très âpre, qu'il applique à UNIVERSAL SOLDIER 3 : REGENERATION.
Doté d'un petit budget, tourné dans les pays de l'est, le film se voit optimisé par une équipe se démenant (c'est papa Peter à la lumière, et Dolph Lundgren revient très motivé au casting), montrant un Luc Devreaux (Van Damme) en dépression, saturé de drogues, pantin du gouvernement forcé d’aller au carton. La froideur de l'ensemble, la musique sourde et la rudesse des rixes donnent un côté déprimant inattendu pour une production de ce type.
Les 25 dernières minutes sont totalement hypnotisantes, avec force plans séquences de massacres, dans lesquels évolue un Van Damme totalement habité par son rôle de mort-vivant, face auquel un opposant préfère la défenestration plutôt que l’affrontement ! 


John Hyams est l'un des meilleurs réalisateurs avec lequel
Van Damme ait collaboré (ici sur le tournage de DRAGON EYES)

Van Damme continue ses DTV plus impersonnels (SIX BULLETS, ASSASSINATION GAMES) , et après un retour au cinéma via KUNG FU PANDA 2 et surtout THE EXPENDABLES 2 (dans lequel il est l'un des rares à composer un personnage et non à faire des clins d'oeil au public nostalgique des 80’s), il retrouve John Hyams le temps de DRAGON EYES, où il n'a qu'un rôle secondaire de taulard repenti (la rédemption, encore et toujours). Là-encore le duo accouche d'un DTV original, racé et rafraîchissant, rappelant les jeux vidéos comme DEF JAM avec ses batailles entre gangs. 


Le quatrième volet de la saga UNIVERSAL SOLDIER est un des plus brillants
films de Science-Fiction et d'action de ces quinze dernières années.

Mais c'est avec UNIVERSAL SOLDIER : LE JOUR DU JUGEMENT que les deux hommes livrent un des meilleurs films d'action / fantastique des quinze dernières années.
Qui aurait misé un kopeck sur le 4ème volet d'une saga intitulée UNIVERSAL SOLDIER ?
Et pourtant… Mêlant l'univers de Philip K. Dick (et sa thématique de la paranoïa, du doute concernant l'assurance d'être bien ce qu'on croit être) avec celui de Cronenberg (avec ces personnages malsains défigurés, ces troubles liés aux expérimentations sur le cerveau), en bardant son film d'une tonne de moments de bravoure, de plans-séquences spectaculaires, de combats âpres inspirés du MMA, de poursuites en voiture bien méchantes et de fusillades où chaque balle fait très mal, Hyams optimise au maximum et transcende même son budget.
Il permet à nouveau à Van Damme de briller au-delà des frontières du film d'action, malgré le rôle secondaire (sur le papier) qu'a celui-ci. 
Jouant une sorte de Colonel Kurtz désespéré version Science-Fiction, Van Damme, chauve et peinturluré façon tête de mort tribale, traîne son spleen dans les rangs de sa minuscule armée d'insurgés, jouant les objecteurs de conscience via une drogue destinée à rallier les autres super-soldats manipulés par un gouvernement pourri.
La présence de Jean-Claude est prégnante et le film se taille à juste titre une excellente réputation de perle de série B, qui aurait méritée une sortie cinéma (sous le seul titre "Le jour du jugement"?).
Sincèrement, on donnerait cher pour avoir une nouvelle suite de ce calibre-là !




RETOUR DERRIERE LA CAMERA


Si Van Damme répète sans relâche qu'il est heureux de sa carrière d'acteur et d'avoir la famille qu'il a, il se morfond d'un autre côté de "n'avoir rien apporté d'important ni de révolutionnaire sur Terre".
L'apport dont il rêve : un film universel.

Germe alors depuis des années l'envie de revenir à la réalisation, plus de 10 ans après LE GRAND TOURNOI. Il sera question d'un film métaphysique, d'un parcours durant lequel le héros se rachètera de mauvaises actions, le tout entrecoupé de plans de nature et d'animaux (un peu comme ce que fera plus tard Luc Besson avec LUCY). Un film d'action, mais sur l'homme, sur la vie, quelque chose de transcendant.
Ce TREE OF LIFE version coup de savate dans la bouche, Jean-Claude l'écrit et le produit seul, et le film de changer de titre de THE TOWER (référence apparemment à LE JEU DE LA MORT où Bruce Lee gravissait des étages tenus par des adversaires à battre) en FULL LOVE, avant d'être renommé THE EAGLE PATH pour le festival de Cannes en 2010, où il est projeté non terminé. 

Suite aux mauvais retours (aucun acheteur à l'horizon), Van Damme repasse au montage en Chine, simplifie l'histoire, et renomme à nouveau le projet FULL LOVE, qui reste actuellement toujours invisible.
Connaissant le personnage et sa générosité philosophique autant pertinente que régulièrement barrée, ce deuxième film en tant que réalisateur, semblant donc très personnel, donne vraiment l'envie d'être découvert.




PLUS PROCHE DE TOI PUBLIC

Alors qu'il vient de finir quelques pubs ("Coors light" vaut le détour), WELCOME TO THE JUNGLE (un DTV barje lui permettant enfin de jouer dans une comédie comme il le souhaitait depuis longtemps) et ENEMIES CLOSER (où il campe un badguy taré, écolo et végétalien !), Jean-Claude décide de monter sur pied un concours ouvert à tous ses fans.
Pour cela il se fait filmer avec des armes en plastoc sur fond vert, lançant volontairement des répliques éculées et on ne peut plus clichées du cinéma d'action des années 80, ouvrant le feu dans le vide, faisant des têtes d’hurluberlu, envoyant deux-trois coups de pieds…
Les règles du jeu sont simples ; n’importe qui peut se servir de ces images gratuites pour composer un court-métrage, à partir du moment où c'est à but non-lucratif. L'idée est maligne : en plus de donner lieu à des films courts très drôles (cherchez "Jean-Claude Van Damage" sur Youtube), Van Damme montre par le biais de ce concours couronné de succès, à quel point il veut rester proche de ses fans. 




L'honnêteté de l'acteur, s'exprimant souvent par le biais de ses tirades philosophiques dans les médias, est une de ses grandes forces qui l'a toujours lié de près à ses fans.
"Dans ma vie, j'ai perdu de l'énergie car j'étais entouré par les mauvaises personnes. Pas 'mauvaises' dans le sens 'méchantes', mais pas bonnes pour moi." Van Damme a changé de manager, d'agent, a divorcé, s'est remarié, a divorcé à nouveau, et c'est dans un environnement relationnel sain qu'il peut se transcender, il en a conscience et veut montrer tout ça au public.
Dans ce soucis de transparence finalement assez rare chez les stars, il mettra donc en chantier une real-TV de sa personne avec BEHIND CLOSED DOORS, qui montre tout son quotidien le temps de 8 épisodes de 40 minutes, lui permettant de déballer ce qu'il a sur le coeur, sans cacher son côté excentrique, en plus d'ouvrir les portes de ses propriétés au Canada et en Belgique (où il a un refuge pour animaux abandonnés). Si la forme journalistique de l’entreprise est assez putassière, le fond est bien là et représente comme il se doit le comédien; imparfait mais vrai et très attachant.

Image tirée de BEHIND CLOSED DOORS (Jared Wright, 2011)

Alors, pourquoi Van Damme a t'il donc plus de fans qu’un « Marky » Mark Wahlberg pourtant beaucoup plus exposé au cinéma?
Tout simplement parce que Van Damme fait partie de ces derniers titans du cinéma d’action, de ces stars qui faisaient se déplacer les gens. Contrairement à aujourd’hui où le public regarde les films plus pour le spectacle et les effets spéciaux que pour ses vedettes.
Comparez par exemple les résultats au box-office des films de super-héros de Robert Downey Jr avec ses autres films. Les gens vont voir Iron Man et les CGI avant tout.
Tandis qu’à l’époque et encore maintenant, les gens veulent voir Van Damme avant tout, la différence est là!

Dans l'interview donnée à l'occasion de la sortie du film JUSQU'A LA MORT, Van Damme parle du fait que tout le monde mériterait non pas une deuxième chance, mais plutôt plusieurs, afin de voir les échecs de façon plus positive.
Van Damme continue a saisir ces chances, pour proposer régulièrement des projets originaux comme s'annonce l'être son petit dernier, JEAN-CLAUDE VAN JOHNSON, une série bien barrée dans laquelle se mélange à nouveau réalité et fiction façon JCVD !

Chacun de ses nouveaux films sonne comme un nouveau début de sa carrière, après tout comme l'a prouvé récemment le succès de sa pub "Epic split" pour Volvo Trucks (près de 80 millions de vues), sa cote de popularité n’est pas prête de s’essouffler et ses fans sont toujours aux aguets.


Arthur Cauras.

(remerciements à Bertrand Coupey)