vendredi 26 juin 2020

LE SANG DU CHÂTIMENT (William Friedkin, 1987)

LE SANG DU CHÂTIMENT
William Friedkin - 1987 / 1992



RAMPAGE, de son titre original, n'est pas le film le plus connu du réalisateur de FRENCH CONNECTION. Il est pourtant, à l'instar de tout ce qu'a toujours entrepris William Friedkin, très intéressant sur bien des points, et porte à réfléchir.

Après un nouveau four, celui du pourtant magnifique et crépusculaire POLICE FEDERALE LOS ANGELES, Friedkin embraye difficilement avec un téléfilm sympa (LES HOMMES DU C.A.T) et le petit budget de RAMPAGE

Comme à l'accoutumée, il s'intéresse à un projet fort, qui fait écho au documentaire l'ayant lancé sur les rails de la réalisation, THE PEOPLE VS. PAUL CRUMP (1962), documentaire ayant servi à sauver la vie d'un condamné à mort. Friedkin écrit le scénario de ce film partant d'une histoire vraie : celle d'un tueur en série illuminé, Charles Reece, se sentant forcé de tuer des âmes pures pour renouveler son coeur et son sang. Il est appréhendé par la police, et jugé pour définir à quel point il est responsable, s'il sait vraiment distinguer le bien du mal. Un avocat (Michael Biehn) ayant perdu sa fillette auparavant (il a autorisé son euthanasie), se trouve tellement choqué par les crimes de Reece que pour la première fois de sa carrière, il va plaider la peine de mort.



Au-delà du documentaire THE PEOPLE VS. PAUL CRUMP, on pense surtout à l'un des maîtres à penser de Friedkin ; Fritz Lang, et notamment à son chef d'oeuvre M. LE MAUDIT
Ce dernier malmène toujours autant de nos jours (réalisé en 1931, on le rappelle), particulièrement la séquence extrêmement forte où le pédophile, acculé face à un tribunal populaire entièrement constitué de criminels et de voyous, fait éclater sa détresse, nous mettant en tant que spectateur dans une position bien inconfortable.

Comme dans M. LE MAUDIT, RAMPAGE travaille sur la thématique de la démence opposée à la préméditation, sur le plaidoyer de la folie, et sur le fait de laisser un individu hautement néfaste en vie qui, après l'asile / HP, pourra éventuellement remettre la main à la pâte... Ce sont deux films miroirs, qui se répondent sur ces points.
Sauf que chez Friedkin, on voit Reece à l'oeuvre, même si les meurtres sont hors-champ. Et sauf que Reece est clairement montré à plusieurs reprises comme manipulant ses interlocuteurs, jouant la comédie... Mais également capable d'être sincèrement coopératif.
Du coup, lors du monologue final de Reece durant lequel il demande la clémence pour se faire soigner et avoir le temps de se racheter (clairement un hommage à celui du Hans Beckert de Fritz Lang), on est perturbé autant par l'apparente sincérité de ce tueur en série qui semble vouloir faire sa rédemption, que par le fait qu'il puisse jouer avec les émotions des jurés.
Du pur Friedkin.



Friedkin, qui officiera 3 fois dans le registre des "films de prétoire" (RAMPAGE, RULES OF ENGAGEMENT et son excellent remake TV de 12 HOMMES EN COLERE), accable les psychiatres qui sont plus intéressés à sauver leurs culs au sujet de mauvais diagnostiques passés, que de "sauver une vie" comme ils le clament.
Lors de ses recherches, Friedkin s'était rendu à un hôpital où un programme-pilote avait été mis en place, permettant de modifier les pulsions meurtrières de tueurs en série par l'administration de Lybrium, qui les transformait en "oranges mécaniques"... et prouvait selon lui que la psychiatrie n'avait aucune valeur.

Friedkin discute de la valeur de la vie ("Pourquoi est-elle née pour mourir comme ça?" dit une mère à propos de sa fillette décédée à l'hôpital), et appuie sur l'horreur d'un meurtre, simplement via l'idée de faire s'écouler le temps de l'un d'eux lors d'une audience. 
Bien sûr, il utilise des "images parasites"-- comme souvent dans son oeuvre, venant perturber la séquence à laquelle on assiste, représentant la déviance de Reece ou les tourments de l'avocat.
RAMPAGE, selon les propres aveux de Friedkin, peut paraître froid, distant, mais tient ses qualités dans sa recherche du réalisme (une constante de son travail), via sa photo, ses caméras épaule lors de perquisitions et la poursuite entre le tueur et la police, ou encore via l'utilisation des fameux scanners P.E.T montrant que la chimie du cerveau du tueur en série est différente d'une personne lambda.
Baignant dans l'atmosphère dépressive et tragique du score d'Ennio Morricone, le film semble marqué du sceau de la destinée et du fatalisme, particulièrement vis-à-vis de ce qui arrive finalement au personnage de Reece après le verdict du jury, ainsi que pour le ton de la dernière séquence qui nous est montré.



Friedkin avait fait produire ce film par Dino de Laurentis dont les fonds étaient, selon lui, "assez douteux"; après une sortie (en partie) européenne, le producteur fit faillite et RAMPAGE fut bloqué, ne connaissant pas de sortie U.S... Catastrophe. 
Après avoir bataillé comme il sait le faire, Friedkin se rend à l'évidence, la "malédiction de l'Exorciste" comme certains appelle sa lente chute après ce succès faramineux de 1973, continue encore à le frapper.
Il faudra qu'il attende 1992 et la rencontre avec un certain Harvey Weinstein pour que RAMPAGE ait à nouveau une vie. En revoyant son film 5 ans après l'avoir fini, Friedkin enlève certaines scènes (dont le fameux monologue de Reece !), en ajoute d'autres (Reece achète facilement une arme en début de film) ainsi qu'une voix off et une nouvelle fin, changeant la destinée du tueur en série. Il y a donc 2 versions du film : la version de 1987 et celle remaniée de 1992, appelée à défaut "Director's cut", puisque le premier montage était également validé par Friedkin... Un Friedkin contre (ou plutôt moins pour) la peine de mort.

Surtout en Europe, ce nouveau montage fait polémique, car il est annoncé comme étant pro-peine de mort. Toutefois, en regardant l'un après l'autre les deux montages, difficile de ressentir véritablement une volonté forte de prôner la peine de mort -- volonté pourtant clairement assumée par Friedkin. 
Les deux montages dépeignent surtout le côté branlant des administrations (même les policiers escortant Reece sont des tartuffes), particulièrement du milieu des experts en psychiatrie. Mais aussi du fait de parler calmement en costume dans une grande salle d'actes malsains, de massacres ayant eu lieu plusieurs semaines/mois auparavant... Quelque chose semblera toujours un peu clocher.
Dans les deux montages, le cas de Reece est clairement présenté comme relevant de la psychiatrie, même si celui de 1992 le présente comme étant plus conscient de ses actes. 

Le montage initial est déjà plus pro-peine de mort qu’autre chose. Ce n'est parce que dans la nouvelle version, on voit Reece acheter son arme que le meurtre qui suit est plus prémédité que dans la version de 1987 : on débarque rarement chez un inconnu avec une arme pour le tuer, sans que ça n'ait de toute manière été prémédité...

LE SANG DU CHÂTIMENT étant tiré d’une histoire vraie, on peut difficilement critiquer ce qui y arrive à Reece -- qui, au sein d'une fiction pure, serait taxé de « Deus ex machina* ».
[ SPOILERS ] On le sait, dans le cinéma (surtout occidental), un méchant ne peut être impuni ou rester en vie... Il doit payer pour ce qu'il a fait, "question de morale". Alors finalement, dès le montage original, le spectateur avait déjà la satisfaction de savoir que Reece ne pourrait jamais plus perpétrer de meurtres. [ SPOILERS ] 



Le montage original reste plus fort ; son plan d'ouverture vu d'avion (la fameuse "vue de Dieu"), l'arc narratif de Charles Reece, et son puissant monologue.
Reece y a vraiment quelque chose de tragique, et Friedkin arrive à faire croire à sa « déviance subie »; il dégoûte autant qu’il fait pitié. Son acte final en dit encore davantage sur le bordel dans son cerveau.


[ SPOILERS ] 
Voici les différences relevées entre les 2 montages :
- Des indications de temps, de date et une mention "inspiré de faits réels" ont été ajouté.
- Le film ne s'ouvre plus sur un plan aérien, mais directement sur Reece marchant dans la rue.
- Nouvelle scène montrant Reece acheter un pistolet et répondre par la négative à l'armurier quand celui-ci lui demande : "Avez-vous déjà été interné pour des problèmes d'ordre psychiatrique ?"
- 2 scènes montrant l'obsession de Fraser (Michael Biehn) à tuer Reece sont ajoutées dans le nouveau montage. Une où Fraser parle avec un père de famille dont les proches ont été assassinés par Reece, il dit : "Certaines fois, une vie doit être supprimée. Je l'ai fait avec ma fille. Il faut que nous fassions la même chose avec Reece." Et l'autre où Fraser rêve que Reece s'en prend à sa défunte fillette.
- Le juge McKinsey convie Fraser - avocat de la partie civile, et Morse - avocat de la défense, à une réunion de travail avant-procès.
- Une phrase de Fraser est retirée du nouveau montage lors de sa plaidoirie finale : "Je ne veux pas tuer cet homme".
- Fraser, dans la version de 1987, confesse avoir plaidé la peine capitale en partie pour des raisons liées au passé, quand il avait autorisé l'euthanasie de sa fillette cérébralement morte. Ce passage est retiré du nouveau montage.
- Suppression du monologue final de Reece, durant lequel il se confesse.
- Ajout d'une scène où il éclate de rire après avoir téléphoné à Fraser chez lui.
- La fin est totalement revue : Reece ne se suicide plus dans sa cellule après avoir ingéré les médicaments apportés par sa propre mère. A la place, il écrit à l'homme auquel il a tué le fils et la femme, justifiant ses actes par la maladie.
- Nouveau plan où Reece enserre ses barreaux de prison et regarde le spectateur, suivi d'un carton indiquant une possible remise en liberté dans 5 ans.
[ SPOILERS ] 

RAMPAGE reste quoiqu'il arrive déroutant. C'est en cela qu'on peut dire que Friedkin a réussi son entreprise.

Toujours est-il qu'après ce film -- un nouvel échec au box office, William Friedkin sera au fond du trou. Une période très difficile pour lui, durant laquelle il ne se reconnait plus aucun talent, en plus de lutter pour obtenir la garde de son fils. Plus personne de la profession ne l'appelle, son agent lui-même dit qu'il ne retravaillera jamais, et il songe donc à faire autre chose de sa vie.
Heureusement pour lui (et pour nous), il a persévéré : allaient venir plus tard les KILLER JOE, THE HUNTED et autres BUG !

A noter qu'à cause de tous les problèmes de droits, il est de nos jours très difficile de voir LE SANG DU CHÂTIMENT -- il est seulement dispo en VO en DVD en Pologne (montage revu de 1992). Il est visible en 2 parties d'une qualité atroce, en VF, sur Dailymotion (montage original). 
Une édition regroupant les 2 montages serait vraiment la bienvenue, surtout si bardée de suppléments passionnants et sans langue de bois comme Friedkin sait offrir.


- Arthur Cauras.



* Deus Ex Machina : une expression péjorative pour désigner une action, un événement invraisemblable et/ou mal intégré au récit, utilisé par paresse scénaristique ou destiné à provoquer opportunément une fin heureuse sans aucune cohérence avec le récit.

jeudi 28 mai 2020

William Friedkin : documentaire FRIEDKIN UNCUT



FRIEDKIN UNCUT
William Friedkin, cinéaste sans filtre

Dispo gratuitement sur le site de Arte, un documentaire de 106 min de Francesco Zippel.


Très bon documentaire sur le patron, WILLIAM FRIEDKIN (dommage que ce soit Tarantino en vignette pour faire cliquer les djeuns...), on est toujours autant pendu aux lèvres du réalisateur de FRENCH CONNECTION, THE EXORCIST, SORCERER et POLICE FEDERALE L.A qui n'ont absolument rien perdu de leur impact et de leur puissance de nos jours : bien au contraire...
Tout est brillantissime, et me viennent par exemple à l'esprit les nombreuses séquences "façon documentaire" sont toujours aussi fortes : le test de drogue / démontage de la voiture dans FRENCH CONNECTION, la fabrication de faux billets de POLICE FEDERALE L.A, la pose de dynamite dans SORCERER, l'instruction militaire dans THE HUNTED, etc etc...
Son style cherchant à tout prix le réalisme des situations, est le père de bien des films actuels, qui ne lui arrivent que rarement à la cheville.
Billy est toujours aussi captivant, cultivé, drôle et atypique dans sa façon de travailler.

Dommage quand-même justement de ne pas être allé plus avant dans la question de la direction des acteurs, de sa relation particulière avec eux ; ils les manipulait (comme dit dans le docu) mais aussi les brutalisait même parfois, toutefois en réussissant à créer un lien sincère de confiance infaillible qui leur faisait comprendre que c'était pour les aider à sortir le meilleur d'eux-mêmes.

Et très dommage d'avoir fait l'impasse sur THE HUNTED, certainement l'un des meilleurs films d'action des 2000's...
De ne pas avoir évoqué RAMPAGE et ses 2 montages (contre, puis pour la peine de mort), qui aurait pu être mis en perspective avec "The People versus Paul Crump" que l'on voit en ouverture de ce FRIEDKIN UNCUT, qui avait permis au condamné à mort d'être gracié... (au final reconnu comme bel et bien coupable, ce qui avait posé un cas de conscience à Friedkin)...
Egalement aucun mot sur le controversé RULES OF ENGAGEMENT, cas d'école de montage et de point de vue, qui avait créé polémique à l'époque...
Il aurait été également intéressant de revenir sur sa période TV (notamment son épisode de LA QUATRIEME DIMENSION et son excellent remake de 12 HOMMES EN COLERE) ou encore sur sa relation conflictuelle avec ses chefs op. Et de creuser davantage sur l'enfer qu'il a vécu pendant SORCERER en tant que producteur / réalisateur, qui lui a fait péter les plombs et remettre en question sa carrière !
Et pour finir, je dirais : extrêmement dommage que jamais personne n'ait questionné William Friedkin sur la thématique du suicide et de l'auto-destruction, très présente dans son oeuvre !

En l'état, le documentaire reste donc très bon, avec des anecdotes croustillantes, mais il est clairement incomplet... c'est le fan absolu de Friedkin qui parle, et qui en désirerait davantage.




On terminera sur ce qui est l'anecdote résumant le mieux le personnage William Friedkin, racontée par le scénariste Walon Green (LA HORDE SAUVAGE), lorsqu'en 1977, les deux pontes d'Universal ont demandé d'urgence un rendez-vous avec eux après qu'ils aient regardé le premier montage de SORCERER... Sachant que c'était pour les amener à remonter le film, Friedkin avait brieffé Green avant le meeting : il devait rester comme il était habillé (en tenue du dimanche car en train de repeindre chez lui), et regarder les oreilles ou les épaules de leurs interlocuteurs, mais jamais leurs yeux, pour les mettre mal à l'aise et leur faire perdre leurs moyens... Mission accomplie puisque Friedkin a gardé le final cut du film !

Arthur Cauras.


lundi 30 mars 2020

TOP CINE 2010's : BLADE RUNNER 2049


BLADE RUNNER 2049

(Denis Villeneuve - 2017)




A la fois un film se suffisant à lui-même et une suite absolument magnifique, époustouflante. Villeneuve (que le maître William Friedkin estime être son successeur) applique sa patte froide et contemplative, violente et empathique sur cet univers de Science-fiction culte conçu en 1982 par Ridley Scott, d'après Philip K. Dick.

D'une richesse de tous les instants durant ses 164 minutes, d'une beauté à couper le souffle, ce languissant et dépressif BLADE RUNNER 2049 plonge ses personnages tragiques et profonds dans des décors écrasants, dans lesquels, perdus, ils sont à la recherche d'eux-mêmes.
Rixes sèches et fusillades expéditives sont le quotidien de l'agent K (Ryan Gosling) cherchant à savoir s'il ne serait pas autre chose qu'une simple réplique d'humain vouée à traquer ses pairs, les "défectueux" Nexus 6 originaux.

Villeneuve et ses scénaristes ne font pas que respecter la thématique identitaire du grand K. Dick : ils lui rendent un hommage inespéré en en ayant totalement assimilé son essence.
Sans spoiler quelque élément que ce soit du film, on dira juste que les protagonistes vivent des révélations inattendues les rendant plus attachants que jamais, faisant résonner chez nous la crainte universelle qu'on ressent tous au moins une fois, de se rendre compte au final qu'on est personne, tout à fait quelconque.

Le personnage de K finit rapidement par naviguer à vue.

BR 2049 est parcouru de personnages charismatiques, comme la petite amie de K, Joy, qui n'est autre qu'une intelligence artificielle plus rudimentaire que lui, si l'on peut dire.
Montrées comme basiques, les IA Joy sont vendues dans les rues pluvieuses par une publicité holographique colossale omniprésente, précisément sur le fait qu'elles font et disent ce dont l'acheteur a besoin.
Ce que le récit tend à nous faire vicieusement oublier pour mieux nous abattre, quand on prend le temps de réfléchir à nouveau à certains passages mettant en scène le duo ("tu es différent", "Je t'aime", la prostituée, y compris la scène de la pluie car K voit en cette émancipation celle qu'il se souhaite à plus grande échelle).

Un des coups de maître tout en subtilité du film, qu'aurait à coup-sûr applaudit K. Dick, celui de la nouvelle IMPOSTEUR et bien entendu, du roman LES ANDROÏDES RÊVENT-ILS DE MOUTONS ELECTRIQUES ?

Le travail scénaristique des personnages secondaires est de haute volée.


A côté de ça, Villeneuve nous dresse un personnage de bad-girl absolument effrayant, campé par une Sylvia Hoeks d'une crédibilité glaçante. Que ce soit à distance pour un atroce pilonnage d'infanterie, le prompt estropiement d'un garde ou de douloureux combats mano à mano, Luv nous fascine autant qu'on souhaite sa désactivation.

Le travail sonore (musique comme sound design, les deux étant ici souvent entremêlés) termine de parer la quête de K d'une ambiance métaphysique et électrisante digne des plus grands films de Science-Fiction.
Ce qu'est assurément BLADE RUNNER 2049.

- Arthur Cauras.

https://www.youtube.com/watch?v=R-AYlqYzcGc

samedi 28 mars 2020

LE TEMPS DES LUMIERES (Rennie / Harrison)

LE TEMPS DES LUMIERES
(Rennie / Harrison)


Quand tout le monde a laissé tomber l'exploration spatiale, la recherche quantique est devenue le gros truc. La Fédération Européenne espérait pouvoir piller et coloniser d'autres dimensions. Sauf que ce qu'on a récupéré, c'est un accident quantique, la Brèche.
Quand ils ont vu ce qu'il y avait de l'autre côté, ils ont tenté de la refermer, mais même l'arme nucléaire n'a pas suffi. Alors ils ont décidé d'y envoyer des gens. Des armées entières de chair à canon.
Nous passons la brèche et la seule chose à laquelle je puisse penser, c'est : "Comment puis-je hurler si fort, alors que je n'existe plus ? "



BD sortie en 2001, LE TEMPS DES LUMIERES est une des oeuvres du 9ème art les plus hards de l'époque - et encore maintenant. Rarement le concept de "chair à canon" de la guerre n'aura été aussi palpable.
Certes, les stéréotypes de films de bandes sont présents : le vétéran qui conte les secrets de la situation, le fou atteint au dernier degré, le pénitent en rédemption, etc... Mais ils fonctionnent pleine balle, tandis que le scénario de Gordon Rennie est 
prenant, brillamment rythmé et riche de références.
Rennie parvient a bâtir une sorte de "précision dans le flou scientifique" concernant la physique quantique, l'anomalie inter-dimensionnelle et de ce qu'elle a accouché... on est toujours plus secoué par ce qui nous est décrit page après page, qui est dur de chez dur, auquel s'ajoute la philosophie désespérée et résignée des anciens du lieu.

Le début nous met de suite dans le bain via un contexte géo-politique sur Terre qui ne fait pas dans la demi-mesure : la fédération Européenne (et fasciste !) est en guerre avec le "pacte Judeo-Islamique", qui fait des milliers de morts. Tout le monde mange la gamelle, mais les médias couvrent l'ensemble sous un mensonge évoquant le temps de la guerre du Vietnam.


L'une des forces du TEMPS DES LUMIERES : rendre autant incompréhensible
qu'anxiogène la nature et le mode de fonctionnement des "spectres".

Dans la Brèche, la vie vaut encore moins un clou, on y prie pour mourir plutôt de voir son corps souillé et massacré par des entités qu'on ne comprend même pas. A chaque nouveau chapitre, les descriptions d'horreur et de désespérance font chuter encore un peu plus bas le moral de cette troupe de sacrifiables, composée de violeurs, tueurs d'enfants et... opposants politiques.

Le travail graphique de Mark Harrison est stupéfiant, la tâche de dessiner l'indicible a du être particulièrement difficile : de fait, on n'arrive souvent pas à cerner le concept des Spectres, et c'est volontaire. Ils ressemblent tantôt à une forme gazeuse, tantôt organique à la THE THING, ce qui rend leurs massacres d'autant plus choquants et terrifiants... Au passage, une de ces choses est clairement un clin d'oeil au LEVIATHAN de Georges Cosmatos.
La galerie des horreurs et des entités est réellement très marquante et n'a rien perdu de sa superbe. 


Dans la Brèche, l'analogie avec un système immunitaire fait sens, et ne se soucis pas de jouer avec ses proies, comme le dit le héros à un moment-donné : "Je connaissais la terreur, la folie et la joie secrète qui vient avec le meurtre. Mais ici, même ça c'était différent. C'était bien plus primal. De la brutalité à un pur niveau de malveillance." L'objectif est d'annihiler l'intrus, ni plus ni moins, car ce territoire n'est pas le sien.


Une situation venant assez vite à bout de la raison des sacrifiables.

Le titre original, GLIMMER RATS (littéralement : "les rats lumineux") tease mieux le mélange SF / crasse que le titre français... Mais celui-ci rend l'ensemble plus dérangeant encore, car joue pleinement sur de la hard SF, là où finalement, les personnages passent leur courte vie dans la boue, les viscères et la merde, entre deux pétages de plomb de condamnés (le collier d'oreilles qui n'est pas sans rappeler le 1er UNIVERSAL SOLDIER). 
C'est un heureux croisement entre le film STARSHIP TROOPERS et le wargame WARHAMMER 40,000 - deux univers particulièrement hards !

Difficile de comprendre pourquoi cette BD est quasi-inconnue au bataillon, pourquoi personne ne la cite jamais et pour quelle raison elle n'a jamais été ré-éditée depuis ces presque 20 ans...

"Chaque jour ici est une leçon sur les différentes choses
que l'on peut faire subir au corps humain."

LE TEMPS DES LUMIERES est intense et fait autorité en matière de bande-dessinée de Science-fiction pour ados/adultes, et on peut fantasmer sur une adaptation, même d'une vingtaine de minutes... qui aurait tout à fait sa place en animé dans une série du type LOVE + DEATH + ROBOTS.


Arthur Cauras.







dimanche 22 mars 2020

DREDD



DREDD
(Phil Travis / Alex Garland - 2012)



Ce reboot du fameux comics déjà adapté via le médiocre film de 1995 avec Stallone ne fait pas dans la dentelle, tout en sachant judicieusement composer avec un budget serré pour un film de Science-Fiction.

Ainsi, ce scénario implacable dans son efficacité écrit par l'excellent Alex Garland (28 JOURS PLUS TARD, SUNSHINE à son palmarès scénar au rayon SF à l'époque) montre une société futuriste tentaculaire, ayant englobée plusieurs grandes villes US en une seule, dans laquelle les criminels sont traqués et jugés directement par les Juges.

L'un des plus fameux Juges, Dredd, est envoyé en mission dans un gigantesque building de 200 étages et plusieurs km de haut, QG des revendeurs d'une nouvelle drogue. La boss du gang, Ma-Ma, montre très vite qu'elle ne blague pas des masses, et enclenche le processus martial qui fait se verrouiller le bâtiment.
Affublé d'Anderson, une nouvelle recrue à former qui a des dons de télépathe, Dredd se retrouve pris au piège face à des centaines de malfrats armés jusqu'aux dents. La boucherie peut commencer...

Contrairement à ce que disent les crédits de DREDD, ce n'est pas Phil Travis mais bien Alex Garland, également producteur, qui a réalisé cette nouvelle adaptation. Karl Urban a confirmé il y a 1 an que Travis n'avait été crédité que pour raisons juridiques.


L'équipe de DREDD a généreusement dépensé chacun des dollars à l'écran. 

A l'occasion de son 1er film officieux en tant que réalisateur, cet artiste multi-casquettes (romancier, scénariste cinéma, TV et jeux vidéos, et donc réalisateur) nous confectionne une véritable pépite d'actionner, comme rarement on peut voir, où un concept simple ne sombre pourtant jamais dans le simplisme, étayant son univers et l'arc narratif de ses personnages tout au long du déroulement de l'histoire.

Façonner des protagonistes juste ce qu'il faut au gré d'un récit dans l'urgence : on côtoie un mode de fonctionnement proche des scénarios béton d'ALIEN ou encore TERMINATOR.

Finalement, on ne saura rien de Dredd (Karl Urban réussissant, quelque part, à jouer seulement avec sa bouche!). Finalement, on ne saura que 2 petites choses d'Anderson. Finalement, on ne saura qu'un élément du passé de Ma-Ma. Et pourtant, tous ces personnages vivent, fonctionnent, et sont attachants.
Dredd est véritablement une incarnation de la justice, absolument inébranlable, la machine avec un grand M, qui avance en bélier, ne connait pas la peur... Tous les personnages secondaires sont traités de la sorte, sans fioriture (les 4 autres Juges, les petites frappes, la mère dans son appart, etc).
Et tout ça, sans tomber dans la beauferie. Assez intéressant comme cas d'école, d'ailleurs.

Garland, malin, sachant autant ce que veut un amateur de SF qu'un amateur d'actionner, élève l'action via des idées originales dans un milieu de bourrinage avéré comme celui d'une adaptation DREDD, dont les plus intéressantes sont la drogue Slo-mo et les visions télépathiques de sa partenaire.

Anderson peut donc lire dans les pensées, ce qui fait régulièrement avancer l'histoire sans user de Deus Ex Machina (travers scénaristique du "comme par hasard ça se débloque maintenant"), mais aussi créer des moments amusants (l'ascenseur) et donner vie aux fantasmes d'un sale type, pour mieux les retourner contre lui.

La Slo-mo est donc la drogue du moment, faisant défiler le temps 100 fois moins vite pour le consommateur... Vicieux, Garland nous place donc régulièrement du point de vue des drogués, le temps de séquences gores et spectaculaires en extrême ralenti, que ce soit des chutes sans fin, des perforations de balles ou des concassages de faciès qu'on aurait du mal à voir dans des films de studio. Des passages non dénués d'une dose de poésie : les couleurs se saturent, l'image chatoyante se sur-expose et scintille comme dans un rêve, avant que le montage ne retourne à une vitesse normale, soulignant la violence des gunfights.
Macabrement fascinant !

Le concept de la drogue Slo-Mo permet de beaux moments "onirico-glauques".

Dans DREDD, la sensation d'urgence ne faiblit pas, sans non plus nous bassiner, on parcourt captivés ce monde à huis-clos, témoins de la violence des Juges pour parvenir à leurs fins (déboitage de gorge, incinération, coups de feu dans le pied, les multiples types de munitions) et aussi, on s'abstient de l'avalanche de punchlines (Dieu merci) !
Tout ça au sein d'une Direction Artistique aux petits oignons réussissant là-encore la synthèse et l'efficacité, très loin d'être cheap.

DREDD fera peut-être penser à THE RAID qui part du même concept. Normal, puisqu'il paraît que son réalisateur aura lu le scénario du 1er quelques années en amont...

Dégraissé jusqu'à l'os, bien rodé et efficace, le film de Garland est passé inaperçu en salles US et nous est donc arrivé directement en vidéo...

Très injuste pour l'un des meilleurs films d'action / anticipation de cette dernière décennie !


Arthur Cauras.


https://www.youtube.com/watch?v=bCkEA-IeT8k

dimanche 26 janvier 2020

TOP CINE 2010's : THE DIVIDE



THE DIVIDE
(Xavier Gens - 2011)

Après une frappe nucléaire, une poignée de rescapés part s'abriter dans un sous-sol aménagé par Mickey (Michael Biehn), le gardien de l'immeuble ancien pompier. L'isolation, la faim et le désespoir font lentement sombrer tout ce petit monde dans la déchéance.





Après FRONTIERE(s), le survival dans lequel des jeunes de cité étaient confrontés à des Néo-nazis cannibales (!) et HITMAN, film de commande envoyant la sauce niveau action, il était difficile d'imaginer se prendre un tel OVNI en pleine tête à l’occasion du 3ème film de Xavier Gens.


NAISSANCE DANS LE CHAOS

Au départ lui aussi prévu comme un survival, avec kill-count opéré par une créature lors de scènes d'action horrifiques, THE DIVIDE va être tué dans l’oeuf quand ses financiers initiaux lâcheront le film au moment de la préparation. Il renaîtra dans la foulée et dans la douleur, par le biais d’une nouvelle production arrivée pour sauver tout le travail déjà effectué sur les décors et les costumes.
Le tournage en est repoussé et le casting initial drastiquement modifié : exit Melissa George en Eva et Robert Patrick en Mickey, remplacés par Lauren German (MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE) et Michael Biehn (TERMINATOR).
L'équipe change partiellement, le budget se resserre, mais le réalisateur Xavier Gens et ses acolytes sont plus que jamais motivés, surmontant cet obstacle en le transcendant : les mécènes salvateurs ne sont en effet pas regardant sur le ton employé ni sur ce qui sera vraiment narré…

Gens et ses scénaristes se lancent alors dans un véritable nettoyage de printemps ; ils peuvent remanier intégralement le scénario sans risque de censure de la part de la production, le faisant passer du simple slasher se déroulant dans un réseau de caves à... une description aussi juste et sans concession de l'espèce humaine quand elle se retrouve acculée dans une situation sans issue.
Exit la morale bien pensante, le fun ou la préoccupation de ne pas trop secouer le public : le propos de survivance est poussé au bout de son concept, et le portrait sociologique et psychologique qui en resort est d’une noirceur rarement vue sur un écran. 


Le vernis social ne va pas tarder à s'écailler...

Les nouveaux comédiens sont directement mis dans le bain quand Xavier Gens leur donne à voir comme référence SALO OU LES 120 JOURNEES DE SODOME... Ils apportent eux aussi énormément au projet, et s’approprient totalement le script qui est ré-écrit au jour-le-jour.
Recevant les nouvelles pages du scénario la veille de chaque journée de tournage, ils se regroupent, vivent ensemble comme les personnages en suivant la Méthode, et profitent du fait que l’histoire soit filmée dans l’ordre chronologique - fait rare dans l’industrie du cinéma. Perte de poids et sous-nutrition sont de mise pour retranscrire la lente déchéance de cette collectivité de survivants, pour leur donner une véritable densité.


DU DESESPOIR NAÎT LE MAL

Une fois arrivés dans ce sanctuaire inespéré, les personnages voient leurs profils assez lisses et conventionnels voler rapidement en éclats. Les cartes sont redistribuées, et la désespérance va révéler les véritables personnalités : sociopathes sans foi ni loi pour certains, lâches évitant à tout prix les problèmes pour d’autres… Jusque dans sa fin, durant laquelle THE DIVIDE traite de cette thématique de la médiocrité humaine, sous couvert de la volonté de survivre.
Parmi les personnages traumatisant, difficile de ne pas être affecté par Marilyn (Rosana Arquette), la mère de famille privée de son enfant, qui essaye d’atténuer la souffrance de son deuil en cherchant un semblant d’amour auprès de Bobby, homme plus proche du pleutre (voir l’attaque des militaires) que du super-héros… Effet boule de neige ; ça enclenche chez lui la volonté de devenir mâle alpha, lui qui d’autre part se perd sexuellement (maquillage grossier, port de robe montrant également sa domination totale sur la personne à qui elle appartient). 


La déchéance de Bobby (Michael Eklund) l'amenant
sur le terrain très malsain de la domination de groupe.

THE DIVIDE aligne donc aussi des gentils, des soumis, des suiveurs, des empathiques et des dociles… qui sont les premiers à souffrir et/ou à passer à la casserole : la loi du plus fort - du plus sale et sans pitié surtout, même lorsqu’il n’y a plus de lendemain, prédomine. Le groupe est pourtant, quoi qu’on en pense, constitué de battants et de battantes : personne ne cherche jamais à se suicider, quand bien même le contexte est atroce.
Marilyn connait ce rapport dominé/dominant, et cherche à l’expliquer à Eva lors d’un moment de lucidité alors qu’elle est aux prises avec Bobby : « Tu connais les hommes… tu sais ce qui va se passer… ce qui est en train de se passer. »
Les personnalités trop effacées, ne voulant pas le conflit, sont fatalement écrasées, finissant par en mourir. Voir le compagnon d’Eva, Sam, qui devient rapidement une des têtes de turc, littéralement rabaissé au niveau de chien par le duo des Alphas, et qui subit également le délitement de son couple. Eva sent qu’il n’est pas au niveau pour survivre dans cet univers ? Qu’il est trop gentil, tendre et conciliant, d’où la décision de son abandon final ? Très certainement.

« Les autres sont au fond ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes », dira Sartre en préambule à l'enregistrement phonographique de sa fameuse pièce HUIS CLOS en 1965.
Ce qui pourrait également être celui de THE DIVIDE… Et ce qu’on voit est vraiment peu reluisant. Le dernier geste de Bobby envers son « frère » Josh est lourd de signification.





UNIVERS DÉSOLÉ… UN PEU FAMILIER

Devant THE DIVIDE, on se rappelle MALEVIL (1981); même si le film de Christian de Chalonge fait sortir ses rescapés de leur abri… pour retomber dans les clivages bellicistes primaires que l’homme connait depuis ses origines.

Avec ses airs de dégât collatéral - comme si on s’intéressait à un des minuscules groupes de survivants faisant parti d’une vaste catastrophe, THE DIVIDE fait également penser aux chapitres façon « faits divers » du roman-fleuve LE FLÉAU (1978) de Stephen King.
Ces passages aussi inattendus que choquant, lorsque l'écrivain nous dépeint le sort de « figurants » de la vie courante : une vierge effarouchée, un petit garçon de 5 ans, un fervent catholique ayant perdu ses 12 enfants, etc, tous mangeant la gamelle absolument sans aucune pitié, minuscules au sein d’une tragédie d’une ampleur colossale…
Parce que c’est aussi ça, la vie, nous fait comprendre King. Le couperet tombe, sans se soucier sur qui et pourquoi. Ca tombe. Et personne n’en saura d’ailleurs jamais rien ; le cycle continue. De la même manière qu’on ne se soucie pas de la fourmi qui là, dehors, vient de se faire écraser sans raison par une chaussure. Tragédie pour elle, mais grand rien dans l’absolu.




Enfin, difficile de ne pas évoquer la bande-dessinée de Corben / Ennis, PUNISHER - LA FIN (2011), très voisine dans la cruauté, le désespoir et l’absence de concession qui l’habitent, montrant les responsables de la fin du monde, terrés comme des pleutres privilégiés dans leur bunker souterrain, être débusqués par le célèbre justicier extrémiste, en route pour son ultime mission.
Une préquelle / suite de ce goût se prêterait d’ailleurs tellement bien à THE DIVIDE, dans l’optique d’un univers étendu !


LE MIROIR

L’une des séquences les plus marquantes du film est celle où Bobby se fait tondre le crâne en plan séquence. Un moment anodin de prime abord, sur le papier… Sauf que l’excellent acteur Michael Eklund parvient à faire passer l’idée que sa dernière parcelle d'humanité se désagrège en même temps que ses cheveux tombent, appuyé par une musique des plus mélancoliques.
La suite enfonce le clou, bien entendu, lorsque le duo nuisible s’observe dans le miroir : "Look at us... We are the same." (« Regarde-nous… On est pareils »). En nous fixant bien,  nous spectateurs, directement au travers de l’objectif de la caméra.


Une scène aussi déprimante que glaçante.

THE DIVIDE fait réfléchir et met profondément mal à l'aise, implacable, impossible à contredire dans son propos nihiliste. Voir ces individus tomber toujours plus bas moralement ou physiquement (perte de dents, de cheveux) ne peut laisser indifférent. Assister au funeste destin de ceux qui étaient bons et altruistes - qui ont certes au moins la faible compensation d'avoir leur conscience pour eux, est également dévastateur. Le tout dans un endroit qui aurait du leur apporter la sérénité d'une mort retardée et apaisée, à défaut de les sauver ad vitam aeternam...

Revoir le début du film, et ainsi retrouver tous les protagonistes normaux et en bonne santé fuyant instinctivement le feu nucléaire, appuie également le sentiment désespérant de l'entreprise : nul doute que si ces personnages pouvaient voir ce qu'ils sont sur le point de devenir et de subir, ils préféreraient certainement rester périr à la surface... Y compris les abominables Josh et Bobby.




Passant à première vue pour une série B de divertissement, le film de Xavier Gens est aussi captivant que vraiment rude, un huis-clos qui agit insidieusement, infusant le moral du spectateur.

Mais se prendre ponctuellement un coup de barre à mine en plein museau, se faire dresser un miroir disgracieux mais réaliste devant soi, est toujours un mal nécessaire.


- Look at us... Look at us. We're the same.


Arthur Cauras.