jeudi 28 mai 2020

William Friedkin : documentaire FRIEDKIN UNCUT



FRIEDKIN UNCUT
William Friedkin, cinéaste sans filtre

Dispo gratuitement sur le site de Arte, un documentaire de 106 min de Francesco Zippel.


Très bon documentaire sur le patron, WILLIAM FRIEDKIN (dommage que ce soit Tarantino en vignette pour faire cliquer les djeuns...), on est toujours autant pendu aux lèvres du réalisateur de FRENCH CONNECTION, THE EXORCIST, SORCERER et POLICE FEDERALE L.A qui n'ont absolument rien perdu de leur impact et de leur puissance de nos jours : bien au contraire...
Tout est brillantissime, et me viennent par exemple à l'esprit les nombreuses séquences "façon documentaire" sont toujours aussi fortes : le test de drogue / démontage de la voiture dans FRENCH CONNECTION, la fabrication de faux billets de POLICE FEDERALE L.A, la pose de dynamite dans SORCERER, l'instruction militaire dans THE HUNTED, etc etc...
Son style cherchant à tout prix le réalisme des situations, est le père de bien des films actuels, qui ne lui arrivent que rarement à la cheville.
Billy est toujours aussi captivant, cultivé, drôle et atypique dans sa façon de travailler.

Dommage quand-même justement de ne pas être allé plus avant dans la question de la direction des acteurs, de sa relation particulière avec eux ; ils les manipulait (comme dit dans le docu) mais aussi les brutalisait même parfois, toutefois en réussissant à créer un lien sincère de confiance infaillible qui leur faisait comprendre que c'était pour les aider à sortir le meilleur d'eux-mêmes.

Et très dommage d'avoir fait l'impasse sur THE HUNTED, certainement l'un des meilleurs films d'action des 2000's...
De ne pas avoir évoqué RAMPAGE et ses 2 montages (contre, puis pour la peine de mort), qui aurait pu être mis en perspective avec "The People versus Paul Crump" que l'on voit en ouverture de ce FRIEDKIN UNCUT, qui avait permis au condamné à mort d'être gracié... (au final reconnu comme bel et bien coupable, ce qui avait posé un cas de conscience à Friedkin)...
Egalement aucun mot sur le controversé RULES OF ENGAGEMENT, cas d'école de montage et de point de vue, qui avait créé polémique à l'époque...
Il aurait été également intéressant de revenir sur sa période TV (notamment son épisode de LA QUATRIEME DIMENSION et son excellent remake de 12 HOMMES EN COLERE) ou encore sur sa relation conflictuelle avec ses chefs op. Et de creuser davantage sur l'enfer qu'il a vécu pendant SORCERER en tant que producteur / réalisateur, qui lui a fait péter les plombs et remettre en question sa carrière !
Et pour finir, je dirais : extrêmement dommage que jamais personne n'ait questionné William Friedkin sur la thématique du suicide et de l'auto-destruction, très présente dans son oeuvre !

En l'état, le documentaire reste donc très bon, avec des anecdotes croustillantes, mais il est clairement incomplet... c'est le fan absolu de Friedkin qui parle, et qui en désirerait davantage.




On terminera sur ce qui est l'anecdote résumant le mieux le personnage William Friedkin, racontée par le scénariste Walon Green (LA HORDE SAUVAGE), lorsqu'en 1977, les deux pontes d'Universal ont demandé d'urgence un rendez-vous avec eux après qu'ils aient regardé le premier montage de SORCERER... Sachant que c'était pour les amener à remonter le film, Friedkin avait brieffé Green avant le meeting : il devait rester comme il était habillé (en tenue du dimanche car en train de repeindre chez lui), et regarder les oreilles ou les épaules de leurs interlocuteurs, mais jamais leurs yeux, pour les mettre mal à l'aise et leur faire perdre leurs moyens... Mission accomplie puisque Friedkin a gardé le final cut du film !

Arthur Cauras.


lundi 30 mars 2020

TOP CINE 2010's : BLADE RUNNER 2049


BLADE RUNNER 2049

(Denis Villeneuve - 2017)




A la fois un film se suffisant à lui-même et une suite absolument magnifique, époustouflante. Villeneuve (que le maître William Friedkin estime être son successeur) applique sa patte froide et contemplative, violente et empathique sur cet univers de Science-fiction culte conçu en 1982 par Ridley Scott, d'après Philip K. Dick.

D'une richesse de tous les instants durant ses 164 minutes, d'une beauté à couper le souffle, ce languissant et dépressif BLADE RUNNER 2049 plonge ses personnages tragiques et profonds dans des décors écrasants, dans lesquels, perdus, ils sont à la recherche d'eux-mêmes.
Rixes sèches et fusillades expéditives sont le quotidien de l'agent K (Ryan Gosling) cherchant à savoir s'il ne serait pas autre chose qu'une simple réplique d'humain vouée à traquer ses pairs, les "défectueux" Nexus 6 originaux.

Villeneuve et ses scénaristes ne font pas que respecter la thématique identitaire du grand K. Dick : ils lui rendent un hommage inespéré en en ayant totalement assimilé son essence.
Sans spoiler quelque élément que ce soit du film, on dira juste que les protagonistes vivent des révélations inattendues les rendant plus attachants que jamais, faisant résonner chez nous la crainte universelle qu'on ressent tous au moins une fois, de se rendre compte au final qu'on est personne, tout à fait quelconque.

Le personnage de K finit rapidement par naviguer à vue.

BR 2049 est parcouru de personnages charismatiques, comme la petite amie de K, Joy, qui n'est autre qu'une intelligence artificielle plus rudimentaire que lui, si l'on peut dire.
Montrées comme basiques, les IA Joy sont vendues dans les rues pluvieuses par une publicité holographique colossale omniprésente, précisément sur le fait qu'elles font et disent ce dont l'acheteur a besoin.
Ce que le récit tend à nous faire vicieusement oublier pour mieux nous abattre, quand on prend le temps de réfléchir à nouveau à certains passages mettant en scène le duo ("tu es différent", "Je t'aime", la prostituée, y compris la scène de la pluie car K voit en cette émancipation celle qu'il se souhaite à plus grande échelle).

Un des coups de maître tout en subtilité du film, qu'aurait à coup-sûr applaudit K. Dick, celui de la nouvelle IMPOSTEUR et bien entendu, du roman LES ANDROÏDES RÊVENT-ILS DE MOUTONS ELECTRIQUES ?

Le travail scénaristique des personnages secondaires est de haute volée.


A côté de ça, Villeneuve nous dresse un personnage de bad-girl absolument effrayant, campé par une Sylvia Hoeks d'une crédibilité glaçante. Que ce soit à distance pour un atroce pilonnage d'infanterie, le prompt estropiement d'un garde ou de douloureux combats mano à mano, Luv nous fascine autant qu'on souhaite sa désactivation.

Le travail sonore (musique comme sound design, les deux étant ici souvent entremêlés) termine de parer la quête de K d'une ambiance métaphysique et électrisante digne des plus grands films de Science-Fiction.
Ce qu'est assurément BLADE RUNNER 2049.

- Arthur Cauras.

https://www.youtube.com/watch?v=R-AYlqYzcGc

samedi 28 mars 2020

LE TEMPS DES LUMIERES (Rennie / Harrison)

LE TEMPS DES LUMIERES
(Rennie / Harrison)


Quand tout le monde a laissé tomber l'exploration spatiale, la recherche quantique est devenue le gros truc. La Fédération Européenne espérait pouvoir piller et coloniser d'autres dimensions. Sauf que ce qu'on a récupéré, c'est un accident quantique, la Brèche.
Quand ils ont vu ce qu'il y avait de l'autre côté, ils ont tenté de la refermer, mais même l'arme nucléaire n'a pas suffi. Alors ils ont décidé d'y envoyer des gens. Des armées entières de chair à canon.
Nous passons la brèche et la seule chose à laquelle je puisse penser, c'est : "Comment puis-je hurler si fort, alors que je n'existe plus ? "



BD sortie en 2001, LE TEMPS DES LUMIERES est une des oeuvres du 9ème art les plus hards de l'époque - et encore maintenant. Rarement le concept de "chair à canon" de la guerre n'aura été aussi palpable.
Certes, les stéréotypes de films de bandes sont présents : le vétéran qui conte les secrets de la situation, le fou atteint au dernier degré, le pénitent en rédemption, etc... Mais ils fonctionnent pleine balle, tandis que le scénario de Gordon Rennie est 
prenant, brillamment rythmé et riche de références.
Rennie parvient a bâtir une sorte de "précision dans le flou scientifique" concernant la physique quantique, l'anomalie inter-dimensionnelle et de ce qu'elle a accouché... on est toujours plus secoué par ce qui nous est décrit page après page, qui est dur de chez dur, auquel s'ajoute la philosophie désespérée et résignée des anciens du lieu.

Le début nous met de suite dans le bain via un contexte géo-politique sur Terre qui ne fait pas dans la demi-mesure : la fédération Européenne (et fasciste !) est en guerre avec le "pacte Judeo-Islamique", qui fait des milliers de morts. Tout le monde mange la gamelle, mais les médias couvrent l'ensemble sous un mensonge évoquant le temps de la guerre du Vietnam.


L'une des forces du TEMPS DES LUMIERES : rendre autant incompréhensible
qu'anxiogène la nature et le mode de fonctionnement des "spectres".

Dans la Brèche, la vie vaut encore moins un clou, on y prie pour mourir plutôt de voir son corps souillé et massacré par des entités qu'on ne comprend même pas. A chaque nouveau chapitre, les descriptions d'horreur et de désespérance font chuter encore un peu plus bas le moral de cette troupe de sacrifiables, composée de violeurs, tueurs d'enfants et... opposants politiques.

Le travail graphique de Mark Harrison est stupéfiant, la tâche de dessiner l'indicible a du être particulièrement difficile : de fait, on n'arrive souvent pas à cerner le concept des Spectres, et c'est volontaire. Ils ressemblent tantôt à une forme gazeuse, tantôt organique à la THE THING, ce qui rend leurs massacres d'autant plus choquants et terrifiants... Au passage, une de ces choses est clairement un clin d'oeil au LEVIATHAN de Georges Cosmatos.
La galerie des horreurs et des entités est réellement très marquante et n'a rien perdu de sa superbe. 


Dans la Brèche, l'analogie avec un système immunitaire fait sens, et ne se soucis pas de jouer avec ses proies, comme le dit le héros à un moment-donné : "Je connaissais la terreur, la folie et la joie secrète qui vient avec le meurtre. Mais ici, même ça c'était différent. C'était bien plus primal. De la brutalité à un pur niveau de malveillance." L'objectif est d'annihiler l'intrus, ni plus ni moins, car ce territoire n'est pas le sien.


Une situation venant assez vite à bout de la raison des sacrifiables.

Le titre original, GLIMMER RATS (littéralement : "les rats lumineux") tease mieux le mélange SF / crasse que le titre français... Mais celui-ci rend l'ensemble plus dérangeant encore, car joue pleinement sur de la hard SF, là où finalement, les personnages passent leur courte vie dans la boue, les viscères et la merde, entre deux pétages de plomb de condamnés (le collier d'oreilles qui n'est pas sans rappeler le 1er UNIVERSAL SOLDIER). 
C'est un heureux croisement entre le film STARSHIP TROOPERS et le wargame WARHAMMER 40,000 - deux univers particulièrement hards !

Difficile de comprendre pourquoi cette BD est quasi-inconnue au bataillon, pourquoi personne ne la cite jamais et pour quelle raison elle n'a jamais été ré-éditée depuis ces presque 20 ans...

"Chaque jour ici est une leçon sur les différentes choses
que l'on peut faire subir au corps humain."

LE TEMPS DES LUMIERES est intense et fait autorité en matière de bande-dessinée de Science-fiction pour ados/adultes, et on peut fantasmer sur une adaptation, même d'une vingtaine de minutes... qui aurait tout à fait sa place en animé dans une série du type LOVE + DEATH + ROBOTS.


Arthur Cauras.







dimanche 22 mars 2020

DREDD



DREDD
(Phil Travis / Alex Garland - 2012)



Ce reboot du fameux comics déjà adapté via le médiocre film de 1995 avec Stallone ne fait pas dans la dentelle, tout en sachant judicieusement composer avec un budget serré pour un film de Science-Fiction.

Ainsi, ce scénario implacable dans son efficacité écrit par l'excellent Alex Garland (28 JOURS PLUS TARD, SUNSHINE à son palmarès scénar au rayon SF à l'époque) montre une société futuriste tentaculaire, ayant englobée plusieurs grandes villes US en une seule, dans laquelle les criminels sont traqués et jugés directement par les Juges.

L'un des plus fameux Juges, Dredd, est envoyé en mission dans un gigantesque building de 200 étages et plusieurs km de haut, QG des revendeurs d'une nouvelle drogue. La boss du gang, Ma-Ma, montre très vite qu'elle ne blague pas des masses, et enclenche le processus martial qui fait se verrouiller le bâtiment.
Affublé d'Anderson, une nouvelle recrue à former qui a des dons de télépathe, Dredd se retrouve pris au piège face à des centaines de malfrats armés jusqu'aux dents. La boucherie peut commencer...

Contrairement à ce que disent les crédits de DREDD, ce n'est pas Phil Travis mais bien Alex Garland, également producteur, qui a réalisé cette nouvelle adaptation. Karl Urban a confirmé il y a 1 an que Travis n'avait été crédité que pour raisons juridiques.


L'équipe de DREDD a généreusement dépensé chacun des dollars à l'écran. 

A l'occasion de son 1er film officieux en tant que réalisateur, cet artiste multi-casquettes (romancier, scénariste cinéma, TV et jeux vidéos, et donc réalisateur) nous confectionne une véritable pépite d'actionner, comme rarement on peut voir, où un concept simple ne sombre pourtant jamais dans le simplisme, étayant son univers et l'arc narratif de ses personnages tout au long du déroulement de l'histoire.

Façonner des protagonistes juste ce qu'il faut au gré d'un récit dans l'urgence : on côtoie un mode de fonctionnement proche des scénarios béton d'ALIEN ou encore TERMINATOR.

Finalement, on ne saura rien de Dredd (Karl Urban réussissant, quelque part, à jouer seulement avec sa bouche!). Finalement, on ne saura que 2 petites choses d'Anderson. Finalement, on ne saura qu'un élément du passé de Ma-Ma. Et pourtant, tous ces personnages vivent, fonctionnent, et sont attachants.
Dredd est véritablement une incarnation de la justice, absolument inébranlable, la machine avec un grand M, qui avance en bélier, ne connait pas la peur... Tous les personnages secondaires sont traités de la sorte, sans fioriture (les 4 autres Juges, les petites frappes, la mère dans son appart, etc).
Et tout ça, sans tomber dans la beauferie. Assez intéressant comme cas d'école, d'ailleurs.

Garland, malin, sachant autant ce que veut un amateur de SF qu'un amateur d'actionner, élève l'action via des idées originales dans un milieu de bourrinage avéré comme celui d'une adaptation DREDD, dont les plus intéressantes sont la drogue Slo-mo et les visions télépathiques de sa partenaire.

Anderson peut donc lire dans les pensées, ce qui fait régulièrement avancer l'histoire sans user de Deus Ex Machina (travers scénaristique du "comme par hasard ça se débloque maintenant"), mais aussi créer des moments amusants (l'ascenseur) et donner vie aux fantasmes d'un sale type, pour mieux les retourner contre lui.

La Slo-mo est donc la drogue du moment, faisant défiler le temps 100 fois moins vite pour le consommateur... Vicieux, Garland nous place donc régulièrement du point de vue des drogués, le temps de séquences gores et spectaculaires en extrême ralenti, que ce soit des chutes sans fin, des perforations de balles ou des concassages de faciès qu'on aurait du mal à voir dans des films de studio. Des passages non dénués d'une dose de poésie : les couleurs se saturent, l'image chatoyante se sur-expose et scintille comme dans un rêve, avant que le montage ne retourne à une vitesse normale, soulignant la violence des gunfights.
Macabrement fascinant !

Le concept de la drogue Slo-Mo permet de beaux moments "onirico-glauques".

Dans DREDD, la sensation d'urgence ne faiblit pas, sans non plus nous bassiner, on parcourt captivés ce monde à huis-clos, témoins de la violence des Juges pour parvenir à leurs fins (déboitage de gorge, incinération, coups de feu dans le pied, les multiples types de munitions) et aussi, on s'abstient de l'avalanche de punchlines (Dieu merci) !
Tout ça au sein d'une Direction Artistique aux petits oignons réussissant là-encore la synthèse et l'efficacité, très loin d'être cheap.

DREDD fera peut-être penser à THE RAID qui part du même concept. Normal, puisqu'il paraît que son réalisateur aura lu le scénario du 1er quelques années en amont...

Dégraissé jusqu'à l'os, bien rodé et efficace, le film de Garland est passé inaperçu en salles US et nous est donc arrivé directement en vidéo...

Très injuste pour l'un des meilleurs films d'action / anticipation de cette dernière décennie !


Arthur Cauras.


https://www.youtube.com/watch?v=bCkEA-IeT8k

dimanche 26 janvier 2020

TOP CINE 2010's : THE DIVIDE



THE DIVIDE
(Xavier Gens - 2011)

Après une frappe nucléaire, une poignée de rescapés part s'abriter dans un sous-sol aménagé par Mickey (Michael Biehn), le gardien de l'immeuble ancien pompier. L'isolation, la faim et le désespoir font lentement sombrer tout ce petit monde dans la déchéance.





Après FRONTIERE(s), le survival dans lequel des jeunes de cité étaient confrontés à des Néo-nazis cannibales (!) et HITMAN, film de commande envoyant la sauce niveau action, il était difficile d'imaginer se prendre un tel OVNI en pleine tête à l’occasion du 3ème film de Xavier Gens.


NAISSANCE DANS LE CHAOS

Au départ lui aussi prévu comme un survival, avec kill-count opéré par une créature lors de scènes d'action horrifiques, THE DIVIDE va être tué dans l’oeuf quand ses financiers initiaux lâcheront le film au moment de la préparation. Il renaîtra dans la foulée et dans la douleur, par le biais d’une nouvelle production arrivée pour sauver tout le travail déjà effectué sur les décors et les costumes.
Le tournage en est repoussé et le casting initial drastiquement modifié : exit Melissa George en Eva et Robert Patrick en Mickey, remplacés par Lauren German (MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE) et Michael Biehn (TERMINATOR).
L'équipe change partiellement, le budget se resserre, mais le réalisateur Xavier Gens et ses acolytes sont plus que jamais motivés, surmontant cet obstacle en le transcendant : les mécènes salvateurs ne sont en effet pas regardant sur le ton employé ni sur ce qui sera vraiment narré…

Gens et ses scénaristes se lancent alors dans un véritable nettoyage de printemps ; ils peuvent remanier intégralement le scénario sans risque de censure de la part de la production, le faisant passer du simple slasher se déroulant dans un réseau de caves à... une description aussi juste et sans concession de l'espèce humaine quand elle se retrouve acculée dans une situation sans issue.
Exit la morale bien pensante, le fun ou la préoccupation de ne pas trop secouer le public : le propos de survivance est poussé au bout de son concept, et le portrait sociologique et psychologique qui en resort est d’une noirceur rarement vue sur un écran. 


Le vernis social ne va pas tarder à s'écailler...

Les nouveaux comédiens sont directement mis dans le bain quand Xavier Gens leur donne à voir comme référence SALO OU LES 120 JOURNEES DE SODOME... Ils apportent eux aussi énormément au projet, et s’approprient totalement le script qui est ré-écrit au jour-le-jour.
Recevant les nouvelles pages du scénario la veille de chaque journée de tournage, ils se regroupent, vivent ensemble comme les personnages en suivant la Méthode, et profitent du fait que l’histoire soit filmée dans l’ordre chronologique - fait rare dans l’industrie du cinéma. Perte de poids et sous-nutrition sont de mise pour retranscrire la lente déchéance de cette collectivité de survivants, pour leur donner une véritable densité.


DU DESESPOIR NAÎT LE MAL

Une fois arrivés dans ce sanctuaire inespéré, les personnages voient leurs profils assez lisses et conventionnels voler rapidement en éclats. Les cartes sont redistribuées, et la désespérance va révéler les véritables personnalités : sociopathes sans foi ni loi pour certains, lâches évitant à tout prix les problèmes pour d’autres… Jusque dans sa fin, durant laquelle THE DIVIDE traite de cette thématique de la médiocrité humaine, sous couvert de la volonté de survivre.
Parmi les personnages traumatisant, difficile de ne pas être affecté par Marilyn (Rosana Arquette), la mère de famille privée de son enfant, qui essaye d’atténuer la souffrance de son deuil en cherchant un semblant d’amour auprès de Bobby, homme plus proche du pleutre (voir l’attaque des militaires) que du super-héros… Effet boule de neige ; ça enclenche chez lui la volonté de devenir mâle alpha, lui qui d’autre part se perd sexuellement (maquillage grossier, port de robe montrant également sa domination totale sur la personne à qui elle appartient). 


La déchéance de Bobby (Michael Eklund) l'amenant
sur le terrain très malsain de la domination de groupe.

THE DIVIDE aligne donc aussi des gentils, des soumis, des suiveurs, des empathiques et des dociles… qui sont les premiers à souffrir et/ou à passer à la casserole : la loi du plus fort - du plus sale et sans pitié surtout, même lorsqu’il n’y a plus de lendemain, prédomine. Le groupe est pourtant, quoi qu’on en pense, constitué de battants et de battantes : personne ne cherche jamais à se suicider, quand bien même le contexte est atroce.
Marilyn connait ce rapport dominé/dominant, et cherche à l’expliquer à Eva lors d’un moment de lucidité alors qu’elle est aux prises avec Bobby : « Tu connais les hommes… tu sais ce qui va se passer… ce qui est en train de se passer. »
Les personnalités trop effacées, ne voulant pas le conflit, sont fatalement écrasées, finissant par en mourir. Voir le compagnon d’Eva, Sam, qui devient rapidement une des têtes de turc, littéralement rabaissé au niveau de chien par le duo des Alphas, et qui subit également le délitement de son couple. Eva sent qu’il n’est pas au niveau pour survivre dans cet univers ? Qu’il est trop gentil, tendre et conciliant, d’où la décision de son abandon final ? Très certainement.

« Les autres sont au fond ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes », dira Sartre en préambule à l'enregistrement phonographique de sa fameuse pièce HUIS CLOS en 1965.
Ce qui pourrait également être celui de THE DIVIDE… Et ce qu’on voit est vraiment peu reluisant. Le dernier geste de Bobby envers son « frère » Josh est lourd de signification.





UNIVERS DÉSOLÉ… UN PEU FAMILIER

Devant THE DIVIDE, on se rappelle MALEVIL (1981); même si le film de Christian de Chalonge fait sortir ses rescapés de leur abri… pour retomber dans les clivages bellicistes primaires que l’homme connait depuis ses origines.

Avec ses airs de dégât collatéral - comme si on s’intéressait à un des minuscules groupes de survivants faisant parti d’une vaste catastrophe, THE DIVIDE fait également penser aux chapitres façon « faits divers » du roman-fleuve LE FLÉAU (1978) de Stephen King.
Ces passages aussi inattendus que choquant, lorsque l'écrivain nous dépeint le sort de « figurants » de la vie courante : une vierge effarouchée, un petit garçon de 5 ans, un fervent catholique ayant perdu ses 12 enfants, etc, tous mangeant la gamelle absolument sans aucune pitié, minuscules au sein d’une tragédie d’une ampleur colossale…
Parce que c’est aussi ça, la vie, nous fait comprendre King. Le couperet tombe, sans se soucier sur qui et pourquoi. Ca tombe. Et personne n’en saura d’ailleurs jamais rien ; le cycle continue. De la même manière qu’on ne se soucie pas de la fourmi qui là, dehors, vient de se faire écraser sans raison par une chaussure. Tragédie pour elle, mais grand rien dans l’absolu.




Enfin, difficile de ne pas évoquer la bande-dessinée de Corben / Ennis, PUNISHER - LA FIN (2011), très voisine dans la cruauté, le désespoir et l’absence de concession qui l’habitent, montrant les responsables de la fin du monde, terrés comme des pleutres privilégiés dans leur bunker souterrain, être débusqués par le célèbre justicier extrémiste, en route pour son ultime mission.
Une préquelle / suite de ce goût se prêterait d’ailleurs tellement bien à THE DIVIDE, dans l’optique d’un univers étendu !


LE MIROIR

L’une des séquences les plus marquantes du film est celle où Bobby se fait tondre le crâne en plan séquence. Un moment anodin de prime abord, sur le papier… Sauf que l’excellent acteur Michael Eklund parvient à faire passer l’idée que sa dernière parcelle d'humanité se désagrège en même temps que ses cheveux tombent, appuyé par une musique des plus mélancoliques.
La suite enfonce le clou, bien entendu, lorsque le duo nuisible s’observe dans le miroir : "Look at us... We are the same." (« Regarde-nous… On est pareils »). En nous fixant bien,  nous spectateurs, directement au travers de l’objectif de la caméra.


Une scène aussi déprimante que glaçante.

THE DIVIDE fait réfléchir et met profondément mal à l'aise, implacable, impossible à contredire dans son propos nihiliste. Voir ces individus tomber toujours plus bas moralement ou physiquement (perte de dents, de cheveux) ne peut laisser indifférent. Assister au funeste destin de ceux qui étaient bons et altruistes - qui ont certes au moins la faible compensation d'avoir leur conscience pour eux, est également dévastateur. Le tout dans un endroit qui aurait du leur apporter la sérénité d'une mort retardée et apaisée, à défaut de les sauver ad vitam aeternam...

Revoir le début du film, et ainsi retrouver tous les protagonistes normaux et en bonne santé fuyant instinctivement le feu nucléaire, appuie également le sentiment désespérant de l'entreprise : nul doute que si ces personnages pouvaient voir ce qu'ils sont sur le point de devenir et de subir, ils préféreraient certainement rester périr à la surface... Y compris les abominables Josh et Bobby.




Passant à première vue pour une série B de divertissement, le film de Xavier Gens est aussi captivant que vraiment rude, un huis-clos qui agit insidieusement, infusant le moral du spectateur.

Mais se prendre ponctuellement un coup de barre à mine en plein museau, se faire dresser un miroir disgracieux mais réaliste devant soi, est toujours un mal nécessaire.


- Look at us... Look at us. We're the same.


Arthur Cauras.









mercredi 11 décembre 2019

TOP CINE 2010's : UNIVERSAL SOLDIER - DAY OF RECKONING


12 Films m'ayant fortement marqué durant la décennie 2010-2019.

---



UNIVERSAL SOLDIER : DAY OF RECKONING
(John Hyams - 2012)

La place de ce film était clairement au cinéma, et chanceux sont ceux qui ont pu, comme moi, le découvrir lors de festivals ici et là. C’est une expérience hors-norme ne ressemblant à rien de ce qui se fait dans le cinéma actuel…
Malheureusement, UNIVERSAL SOLDIER : DAY OF RECKONING a contre lui d’être le 4ème volet d’une saga d’action initiée dans les 90’s. Ce qui ne vend pas du rêve.
Alors forcément, dans l’esprit des cinéphiles / distributeurs, ça fait apparaître les notions de pompe à fric, de séquelles désincarnées et de fait inintéressantes, de concept (déjà pas transcendant de soldats-zombies) pressé jusqu’à la dernière goutte, de DTV pour les beaufs, etc, etc… Ca bloque toute envie, et on peut le comprendre.

Pourtant le précédent, REGENERATION, déjà écrit et réalisé par John Hyams (fils de Peter), donnait un indice de la qualité à venir. Le réalisateur parvenait à transcender son petit budget via des idées marquantes comme l’assaut final en plan séquence, des combats âpres au possible, la magnification d’un décor pourtant vu et revu (une usine désaffectée !), le tout dans une ambiance dépressive dans laquelle se traînait Deveraux (Van Damme) au fond du trou psychologiquement, se forçant à aller au front…
Plus qu'un film de baston basique et jouissif.

Le deuxième indice de bon présage était le Redband trailer du film, qui ne mentait pas une seconde sur DAY OF RECKONING : de l’action totalement atypique, plongée dans de l’expérimental façon Gaspar Noe, dans un univers désenchanté, touchant aussi bien au fantastique, qu'au road-movie et au film d'horreur.

Le budget de 8-9 millions de dollars, banal pour ce type de « produit » a apparemment permis à Hyams d’avoir les coudées franches comme jamais.
Suivant la direction de REGENERATION, DAY OF RECKONING transpire une atmosphère complètement délétère, finie, terminée, mettant en scène ce groupuscule piteux de quelques super-soldats abusés par le gouvernement, qui tentent tristement de monter une armée de clones afin de se venger…


Un final à la hauteur des enjeux et de l'ambiance précédemment campés.


Personne n’aurait pu s’attendre à un résultat aussi barré, cru et crade, sans pitié et également aussi flippant par moments, totalement immersif. On peut souligner la violence assez ahurissante de l’entreprise : mutilations, meurtre d’enfant, trépanation, extraction cérébrale, cassage de membre, décapsulage de crâne à coup de batte, shootage de nanas, scènes de sexe craspec… Tous ces éléments nourrissent l’atmosphère dérangeante de DAY OF RECKONING.
Van Damme y interprète le personnage le plus glauque et désespérant de sa carrière, traînant son mal de vivre à chacune de ses apparitions, même lors des scènes de combats, également habitées de cette espèce d'anéantissement, de désespérance.

Dans le cahier des charges UNIVERSAL SOLDIER, il faut de l’action, et le spectateur est plus que servi : c’est brut de décoffrage, ça cogne et ça laisse des traces comme nulle part ailleurs.
Hyams, monteur en plus d'être réalisateur depuis qu'il fait des documentaires, utilise avec subtilité certains artifices de montage pourtant souvent casse-gueule, comme les variations de vitesses dans un même plan. Ou le stroboscope.
Ainsi par exemple, lorsque les personnages se font injecter une drogue, le temps se dilate, le son mue en quelque chose d'étourdissant et l'image est parasitée par un effet stroboscopique simulant le mal de la victime, voyant apparaître l’objecteur de consciences qui les appelle à lui : Devereaux, joué par Van Damme.

Hyams fait parler ses plans-séquences régulièrement, notamment dans l'un des ultimes actes de bravoure du héros, lorsqu'il se défait de nombreux adversaires par tous les moyens possibles. Un soin considérable est apporté à ces passages, où plusieurs actions fugaces sont visibles dans un même moment (mitraillages / impacts / cascades).
Difficile de ne pas citer aussi la séquence d'ouverture totalement hallucinée en plan-séquence du point de vue du héros, collant au plus près à la réalité (clignement d’yeux, respiration haletante), nous faisant vibrer avec lui.
On l'avait déjà vu dans ses précédents travaux, Hyams apporte en plus un soin hallucinant au sound design et à la musique de ses films.
Ici, certaines scènes de rixe sont dénuées de musique, laissant les sons de la destruction les rythmer. Et quand musique il y a, elle est tout sauf mélodique... Le film ne cesse de troubler.


La séquence d'ouverture donne le ton.

Aussi étrange cela puisse paraître avant d’avoir pris ce quatrième volet en plein museau, on peut dire que DAY OF RECKONING a le droit de se réclamer de l'école Friedkin (THE HUNTED, FRENCH CONNECTION) mais aussi de celle de Noe (IRREVERSIBLE, ENTER THE VOID) et de l’écrivain Philip K. Dick, via sa thématique du doute des protagonistes vis-à-vis de leur identité, et d’où se situe le fantasme/rêve/souvenir implanté par rapport à la réalité.
DAY OF RECKONING est un film on ne peut plus premier degré, pas drôle du tout dans ses passages de violence, qui en sont d’autant plus spectaculaires.
On est sincèrement essoufflé à la fin du film car malmené depuis la scène d'ouverture... Même si certains clins d'oeil discrets (la porte cassé par la hache de SHINING, le repaire caché à la APOCALYPSE NOW et Van Damme en mode Kurtz) et autres traits d'humour (le personnage de Lundgren, le coup de batte) viennent alléger de temps à autre la tension… un tout petit peu.

Enchaînant les séquences de bravoure assez impressionnantes (à ce titre, la baston du magasin et le massacre dans la maison close sont des références), l'histoire en elle-même est très cortiquée, et il est difficile d'en parler sans déflorer son intérêt.

Il n’est pas du tout nécessaire de connaître les premiers films pour s’y retrouver, et cet UNISOL 4 aurait certainement gagné à ne s’appeler que DAY OF RECKONING, afin d’attirer un plus large public…
Les producteurs de la franchise UNIVERSAL SOLDIER peuvent vraiment se réjouir d'avoir eu John Hyams à la barre : un homme de talent, doté d’un vrai point de vue (et d’un cerveau), dont on surveille la suite de la carrière avec grand intérêt.

Arthur CAURAS.





—

>>> ATTENTION !!! SPOILERS <<<
Interprétation de UNIVERSAL SOLDIER - DAY OF RECKONING

Le film de John Hyams mérite un coup de projecteur… Notamment pour mettre en exergue son scénario complexe, digne des plus grandes oeuvres de Science-Fiction.

>>>> Spoilers
Le gouvernement US crée officieusement des répliques d'excellents soldats au lieu d'attendre que certaines élites meurent et qu'il ne les récupère, comme il le faisait à l’origine des films de la saga.
Deveraux (Jean-Claude Van Damme), qui faisait parti des tous 1ers super-soldats, devient dissident de cette entreprise (il fuit et reprend sa liberté à la fin du 3, après avoir rempli sa mission).
Connaissant ses qualités, le Gouvernement U.S tient à lui remettre la main dessus, d'autant qu'il attire dans son giron d'autres super-soldats, ainsi qu'un Scientifique à l'origine du projet, à qui il manque un élément pour pouvoir fabriquer à la chaîne des répliques dissidentes de super-soldats, qui formeraient donc le cœur de l'armée de Luc Deveraux.

Sur ce, le Gouvernement se focalise sur une réplique plutôt douée, John (Scott Adkins). On découvre John en début de film, assistant à la tuerie de sa famille par… Luc Deveraux, sinistre au possible.
John, laissé pour mort, se réveille à l'hôpital et n'a qu'une idée en tête; le retrouver pour se venger. Ce qu'il ne sait pas, c'est que le meurtre de sa famille, et sa famille elle-même, sont totalement fictifs : c'est un implant de souvenirs incorporé dans son cerveau par le Gouvernement. Une initiative fort intelligente qui va pousser John a vouloir retrouver Deveraux via une hargne que n'avaient pas ses précédentes répliques, qui ont échoué.

Mais en parallèle, Deveraux et le scientifique ont travaillé sur un sérum qui modifie l'implant que tous les super-soldats ont reçu du Gouvernement. En effet, au lieu de subir le signal faisant d'eux une simple marionnette, il reçoivent des images stroboscopiques de Deveraux, les guidant vers l'espace secret où se trouve son Q.G. C'est ce qui arrive par exemple à Magnus (Andrei Arlovski), à la fin de la scène du massacre dans le bordel.

Habitué à recevoir les visites des répliques de John, qui finissent toujours par le trouver, Deveraux lui envoi justement à plusieurs reprises le super-soldat nouvellement converti Magnus, en vain. John lui éclate la tête, mais se fait injecter le fameux sérum, ce qui ne l'empêche pas de nourrir toujours cette envie de vengeance vis à vis de Luc Deveraux.




John finira par tomber sur sa précédente réplique en proie à un trouble existentiel, esseulée dans un trou perdu, au bout du rouleau. Elle finira par se suicider, car elle a prit conscience de la vacuité de sa (non) vie, de la manipulation de l'état, et donc a refusé d’aller tuer Deveraux, mais aussi de faire parti de sa pathétique minuscule armée (dont même le bras droit de Deveraux, Andrew Scott, semble énormément douter juste après en avoir harangué les maigres troupes).
Deveraux lui-même fait le ménage dans les rangs de ces super-soldats sans passé ni avenir, n'hésitant pas à abattre les plus faibles, montrant son autorité supérieure en faisant baisser les regards face à lui.

Lorsqu'il apprend et comprend au Q.G que ses souvenirs sont totalement factices, John suit les conseils du scientifique dissident qui lui propose de lui enlever cet implant mensonger.

Mais John devient fou au moment de la trépanation, refusant de perdre ces souvenirs, aussi faux soient-ils... Il se met à dessouder tous les soldats lui barrant la route l'amenant à Deveraux (dont la nouvelle réplique à nouveau imparfaite d'Andrew Scott).
Lors de ce combat final, le très "Colonel Kurtz-ien" Deveraux ne cesse de vouloir faire comprendre à John qu'il se trompe de cible : "Tu ne fais que tuer ton propre père", tout en se défendant... Car ce n'est pas la première fois qu'il vit cette situation.

Acculé contre un mur, Luc finit par laisser John le tuer après avoir soupiré un "Il n'y aura jamais de fin...".
En effet, Deveraux comprend qu'il aura beau tuer ou amener à la raison chaque nouvelle réplique de John, ça n'empêchera pas le Gouvernement d'en refaire encore et encore. La seule solution à ses yeux est de mourir, afin que John reprenne la tête de la modeste armée (quitte à être recloné par la suite quand ils auront récupéré l'élément manquant au scientifique).




La réplique de John, totalement schizophrène (il sait que ses souvenirs sont faux, mais tue quand-même Devraux qui n'a rien à voir là-dedans, car l'idée d'être une coquille vide lui est insupportable), devient le nouveau chef des super-soldats (le peu de survivants baisse le regard devant lui), et abat l'agent Gouvernemental à qui il a donné rendez-vous.
Il est intéressant de noter qu'avant de mourir, l'agent confirme que ses souvenirs sont faux, ce à quoi John répond qu'ils ont créé ces souvenirs (qui sont sa seule famille), et qu'ils les ont tués. L'agent rétorque que ce n'est pas eux mais Deveraux qui les a tué (dans le souvenir falsifié), ce à quoi John dit que c'est eux qui ont forcé la main au faux Deveraux (dans le souvenir falsifié, toujours)...
On est donc bel et bien en pleine schyzo d'un clone humain qui se raccroche au peu de choses qu'il a : du virtuel, une mémoire factice et des émotions s’appuyant sur un vide abyssal.

Un clone au service de John prend immédiatement la place de l'agent (John et ses nouveaux soldats ont donc bien récupéré l'élément permettant le clonage), et celui-ci reprend le volant de son van, avec à son poignet le bracelet offert par sa fillette (qui n'a jamais existé, bracelet-accessoire que le gouvernement a du lui trouver et lui mettre pour aider à faire prendre la supercherie)...
<<< Spoilers

Preuve, s’il en est besoin, du travail incroyable de John Hyams sur son script, aussi complexe et ludique que généreux en action en tout genre ! Une date dans le cinéma Action/SF/Horreur, on vous dit.

Arthur CAURAS.